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Audierne Polynésie Bretagne : Contes et légendes, Histoire. Minorités ethniques : Thai, H'mongs, Boni, Saramaca Civilisations disparues : Angkor (Camboge),Minoenne (Crète), Mayas et Aztèques (Mexique). Sud Maroc, Thaïlande

Diên Biên Phù : Un peu d'Histoire

Erwan


1 - La bataille



Novembre 1953 / Novembre 2008…

Il était une fois, il y a de cela bien longtemps, 55 ans exactement, Diên Biên Phù…

Si Waterloo sonnait le glas du 1er Empire, Diên Biên Phù sonna celui de l’Empire colonial français. Qu’aurait écrit Victor Hugo s’il avait été là ?

 

 « Waterloo Diên Biên Phû ! Diên Biên Phû ! Diên Biên Phû ! Morne plaine !

Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,

Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons,

La pâle mort mêlait les sombres bataillons ; »


 

Cet article, un peu spécial, ne veut être qu’un petit et modeste rappel historique.

 

 

Ðiện Biên Phủ se trouve à proximité de la frontière laotienne, en plein pays Thaï, dans la province de Laï Chau.  La région autour de Diên Biên Phû se présente comme une petite plaine de 16 Km de long sur 9 de large, couverte de rizières et de champs, avec la ville proprement dite, et une rivière (La Nam Youn) qui la traverse.

 




 

 

 

Diên Biên Phû n’est plus le petit village de paillotes de 1953, c’est devenu une capitale de province. Elle s’est développée sur l’ancien champ de bataille, entre et sur les collines qui furent des points d’appui français. Seule, la colline Eliane 2 a été préservée de justesse pour rappeler le souvenir de ce qui fut la plus célèbre des batailles de l’Indochine car elle concrétisa son Indépendance.

 



 

 

 



Après quelques opérations réussies qui écartent la menace que le Viêt-minh fait peser sur le delta (dont la victoire de Vinh Yen en 1951 avec le Maréchal De Lattre), le commandement français décide d'attirer les troupes ennemies sur un terrain de son choix en vue de les détruire de toute la force de son artillerie et de son aviation.

 

 



 

 

 

Voulant s’inspirer du succès du camp retranché de Na San, en décembre 1952, où l'artillerie du camp et les avions d'assaut furent les éléments déterminants de cette victoire, il choisit pour cela la cuvette de Diên Biên Phû, située près de la frontière laotienne.

Le 20 novembre 1953, deux bataillons de parachutistes (6e BPC du commandant Bigeard et 2/1er RCP) sautent sur Diên Biên Phù et en chassent le régiment du Viêtminh qui l'occupait. C’est l’opération Castor placée sous les ordres du général Gilles. D'autres unités sont parachutées dans l'après-midi du 20 novembre et dans les jours suivants. Un bulldozer est largué sur la position pour permettre la rénovation de la piste d'atterrissage, construite par les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale.

 




 

 





 




Les photos suivantes sont prises sur la colline Éliane 2.

 



 


 

Les raisons du choix de Diên Biên Phù :

 

Ø      Le commandement français voulait contrôler une voie de passage essentielle de l'adversaire via le Laos vers le delta du Mékong et le Triangle d’Or (Diên Biên Phû est la porte du Laos et la route qui traverse la ville est encore de nos jours la route de tous les trafics)

 




 


 

Ø      Il voulait également créer un abcès de fixation et un solide point d'amarrage en pays Thaï, en  attirant les insaisissables forces vietminh pendant que se déroulait l’opération Atlante en Annam (opération marquée par l’embuscade d’Ankhé le 24 juin 1954 qui  aura coûté à elle seule aux Forces Françaises du GM 100, près de mille morts ou disparus en trois heures de combat).

 



 


 



Ø      Son but était aussi de créer l'insécurité sur les arrières Vietminh, de rechercher des renseignements en capturant des prisonniers, et de détruire des installations ennemies.

 




 



Ø      L’opération Castor avait également pour objectif de récupérer la garnison de la ville de Laï Chau encerclée par des régiments Vietnimh (opération Pollux). Mais l'évacuation de la base de Laï Chau prend une tournure dramatique. Le troisième et dernier élément de la garnison, fort de 2.000 partisans, s'est dispersé en petits groupes pour échapper à l’ennemi. Le 10, une compagnie commandée par le sergent Blanc est assiégée à Muong Pon, à 18 kilomètres à peine de Diên Biên Phù. Quand les légionnaires du 1er BEP atteignent Muong Pon, le 13 en fin de matinée, les derniers défenseurs sont tombés.

 





 



Et l’encerclement de Diên Biên Phù se précise :

Le 5 décembre, un groupement parachutiste (8ème BPC, 1er BPC et 2/1 RCP) s'engage sur la RP 41 à moins de 5 Km au Nord Est du centre de Diên Biên Phù. Il est sévèrement accroché et subit de lourdes pertes.

 





 

 


Le 13 décembre, sur la piste Pavie, nouvel accrochage sérieux pour un groupement parachutiste (1er BEP, 5ème BPVN) qui s'est porté en recueil des éléments de Laï Chau évacué. Les pertes sont encore importantes.

 





 


Le 20 décembre, un autre groupement composé du 8ème BPC et du 1er BEP part vers le sud ouest tendre la main à un groupement mobile venant de Luang Prabang (Laos). Le but de cette opération est de prouver que la garnison de Dien Bien Phu conservait toujours sa liberté de mouvement et que ses éléments pouvaient se rendre où ils voulaient quand ils voulaient. La marche est épuisante et longue. La liaison se fait cependant dans la région de Sop Nao (Laos). Mais le retour sera plus harassant et semé d'embûches car le Vietminh a repéré l'axe de progression de la colonne française. Cette dernière, et à l’initiative du capitaine Tourret, pour déjouer les traquenards et les embuscades, choisira la piste des sommets. Malgré quelques accrochages, le groupement ralliera Diên Biên Phù après avoir passé la nuit de Noël sur les crêtes sous une bruine froide et tenace.

 



 


 



Entre le 6 décembre 1953 et le 24 janvier 1954, cinq divisions vietminh convergeront vers Diên Biên Phù et prendront position sur les hauteurs dominant le centre de résistance. La 316 arrivera la première. Les divisions 308, 351 (la division lourde) et 312 s'y installeront entre le 24 et le 28 décembre 1953. La division 304 y parviendra le 24 janvier 1954 :  à ce moment-là, le camp retranché est définitivement encerclé. Son évacuation est peu probable, à moins de réitérer le désastre de Cao Bang en octobre 1950. (La garnison de Cao Bang, ville à la frontière N.E du Tonkin, en se repliant sur Langson, tomba dans une embuscade sur la R.C.4, avec la colonne de secours venue à sa rencontre.  Bilan désastreux : près de 5 000 morts du côté français).

 






 

 

Les centres de résistance de Diên Biên Phû furent, pour des raisons pratiques, baptisés de prénoms féminins correspondant à l'alphabet :

Anne-Marie, Béatrice, Claudine, Dominique, Éliane, Françoise, Gabrielle, Huguette, Isabelle, Junon.

 

 

Carte :

 






 




L'assaut est déclenché le 13 mars contre le point d'appui « Béatrice » tenu par la 13e demi-brigade de Légion étrangère commandée par le commandant Pégot. Le point d'appui est écrasé par les obus de canons et de mortiers lourds. Pendant plusieurs heures il reçoit des milliers d'obus. Les abris, n'étant pas conçus pour résister à des projectiles de gros calibre, furent pulvérisés. La surprise fut totale dans le camp français.

 

 




 


 

« La mêlée en hurlant grandit comme une flamme.

La batterie anglaise  vietminh écrasa nos carrés.

La plaine où frissonnaient nos drapeaux déchirés

Ne fut plus, dans les cris des mourants qu’on égorge,

Qu’un gouffre flamboyant, rouge comme une forge ;

Gouffre où les régiments, comme des pans de murs,

Tombaient, où se couchaient comme des épis mûrs…. »

 







 

En une nuit, c'est une unité d'élite de la Légion qui est supprimée. Nul n'a imaginé un tel déluge d'artillerie. La contre-batterie française se révèle inefficace. Constatant cet échec, le Colonel d'artillerie Piroth se suicide quelques jours après le début de la bataille.

 

 


 

 

Eliane 2

 

 

 

 

« Derrière un mamelon, la Garde était massée,

La Garde, espoir suprême et suprême pensée !

- Allons ! Faites donner la Garde, cria-t-il.

Et lanciers, grenadiers aux guêtres de coutil,

Dragons que Rome eût pris pour des légionnaires,

Cuirassiers, canonniers qui traînaient des tonnerres,

Portant le noir colback ou le casque poli,

Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli,

Comprenant qu’ils allaient mourir dans cette fête,

Saluèrent leur dieu, debout dans la tempête. »

 



 


 

 

Dans la nuit du 3 mai 1954, la 2ème compagnie du capitaine Marcel Edme est parachutée sur Dien Bien Phu. « Le courage de la goutte d'eau, c'est qu'elle ose tomber dans le désert (Lao She) ».

Elle part relever les légionnaires du commandant Coutant qui tiennent Eliane 2 depuis le 30 mars. Au sein du corps Vietminh, cette colline a une sinistre réputation, car depuis le 30 mars tous leurs assauts s’y sont brisés, les légionnaires n’ont pas lâché un mètre.

 

« Puis, à pas lents, musique en tête, sans fureur,

Tranquille, souriant à la mitraille anglaise vietminh,

La garde impériale entra dans la fournaise ».

 

 

 




 

La 3ème compagnie du capitaine Pouget vient également en renfort dans la journée et se positionne sur la partie Sud de la colline.

 







 

Le capitaine Edme et ses hommes couvrent la partie Est.

 




 




Mais une sape est creusée par les soldats Vietminh sous cette partie de colline. A 23 heures, le 6 mai, la terre se soulève brutalement comme le couvercle d’une marmite : deux tonnes de TNT viennent de faire exploser le sommet Est d’Eliane 2. Le capitaine Edme, se trouvant à 15 m de là, voit sa compagnie disparaître sous ses yeux.

 





 

 

 

« Hélas ! Napoléon, sur sa Garde penché,

Regardait ; et, sitôt qu’ils avaient débouché

Sous les sombre canons crachant des jets de souffre,

Voyait, l’un après l’autre, en cet horrible gouffre,

Fondre ses régiments de granit et d’acier,

Comme fond une cire au fond d’un brasier ».

 







 

Mais les parachutistes du Capitaine Pouget continueront à se battre jusqu’au matin, où, à court de munitions, ils seront submergés par le nombre des assaillants.

 

"Ils allaient, l’arme au bras, front haut, graves, stoïques,

Pas un ne recula. Dormez, morts héroïques ! "

 

Victor Hugo

 

 

Le 7 Mai à 17 h 30, le camp fortifié de Diên Biên Phù, sombrant sous le nombre, cessait le combat sans hisser le drapeau blanc.
 


 

 

 

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Cet article est dédié à Yvette et à la mémoire de son père, sous-officier au 8° Choc, tué à Diên Biên Phù, sur le point d'appui Claudine, le 20 avril 1954.



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A suivre...






Commentaires

franck 18/07/2010 10:40


Bravo pour les photos.il serait juste souhaitable d'inserer un petit commentaire sous ces belles photos.MERCI D AVANCE
fg


bellamy 19/12/2009 12:59


Ancien du premier et de la BAP/AFN mon émotion est intense en relisant ton reportage .
Nous étons prévus pour l'Indo . La chute de Dien Bien Phu a été un coup d'arrèt . Mais échappant a l'Indochine nous ignorions a ce moment là que les Aures nous attendaient . Toussaint 54 , début de
la guerre d'Algérie .
Merci de ce document .
Amicalement .
Jean.


Michel LAURENT 06/12/2009 00:53


pourquoi avoir effacé la réponse du général Bigeart?????


Michel LAURENT 06/12/2009 00:48


Au cours de mes études universitaires j'ai fait un exposé en 1984 sur Dien Bien Phu, je suis allé voir les archives au fort d'Ivry, je me suis servi des livres de Fall et de Rocolle qui sont très
complet.J'ai eu l'occasion de rencontrer le Gnal Bigeart et je lui ai posé la question : quel est le meilleur livre sur le sujet ? Réponse :< sans hésité Le livre de Fall...> donc pour ceux
qui veulent connaître l'histoire de cette "grande bataille" (sens de l'honneur)voilà ce qu'il faut lire puis compléter par tous les autres qui sont une vision plus particulière des auteurs (mais
qui sont aussi de qualité)


Michel LAURENT 06/12/2009 00:34


merci pour les photos.Quand j'étais tout gamin nous allions chanter la Marseillaise le 14 juillet et le 11 novembre et un ancien combattant lisait la liste des morts inscrit sur le monument au
morts.Un était mort pour la France,mort au champ d'honneur et mort à Dien Bien Phu.Cela m'a donné le goût de l'histoire et je suis devenu prof d'histoire.