Lundi 20 février 2012 1 20 /02 /Fév /2012 10:51

La Canée, ancienne capitale de la Crète, est aujourd'hui la deuxième plus grande ville de l'île avec 90 000 habitants. Elle est considérée comme la plus belle des villes crétoises.

 

 

 

q01LaCanee

 

 

 

 

 

qCartCrete09

La Canée : Losange rouge à l'Ouest de la Crète

 


 

Pour s'imprégner de son atmosphère particulière, il faut se promener dans le dédale de ses ruelles et visiter le marché couvert.

 

 

 

q02LaCanee

 

 

 

La Canée est située sur l’ancien emplacement minoen de Kydonia.

En 69 av. J.-C., le consul romain Metellus défait les Crétois et conquiert Kydonia à qui il accorde les privilèges d’une cité-État indépendante. Kydonia eut le droit de frapper sa propre monnaie jusqu’au IIIe siècle après J.-C. Elle fait ensuite partie de l'Empire Romain d'Orient.

 

 

 

q03LaCanee

 

 

 

Les armées musulmanes prennent possession de l’île en 824, reprise par les Byzantins en 921, qui commencent alors à fortifier la ville pour empêcher sa reconquête par les Musulmans.

 

 

 

q04LaCanee

 La cathédrale Saint Nicolas au centre de La Canée

 

 

Après la quatrième croisade et le démantèlement de l’Empire byzantin, en 1204, la Crète est donnée à Boniface, marquis de Montferrat, qui choisit de la revendre aux Vénitiens. En 1252, les Vénitiens parviennent à s'imposer aux Crétois, mais, en 1263, les Génois conduits par le comte de Malte, Henrico Pescatore, avec l’appui de la population, prennent la ville. Ils la conservent jusqu’en 1285, date de sa reconquête par les Vénitiens.

 

 

 

q05LaCanee

 

 

 

La Canée est alors le siège administratif de la région, et devient un centre de commerce ainsi qu’une région agricole fertile. Des fortifications sont construites tout autour de la ville pour la protéger des invasions et des pirates, donnant à la cité la forme qu’elle a aujourd’hui.

Cependant, les murs n’empêchent pas les Turcs de conquérir la ville le 2 août 1645 au terme d'un siège sanglant de deux mois.

 

 

 

q07LaCanee

 

 

 

La conquête de la Crète par l'Empire ottoman s'achève en 1669 par la prise de Candie (actuelle Héraklion). La Crète devient alors une province ottomane jusqu'en 1897. Après l'indépendance de la Grèce en 1821, la Crète aspire à une union avec la Grèce et la population se révolte à plusieurs reprises contre l'occupant turc. Elle connaît une période d'autonomie de 1897 à 1913 sous la protection des grandes puissances européennes.

 

 

 

q08LaCanee

 

 

 

La statue d'Elefthérios Venizélos, né le 23 août 1864 à Mourniés, en Crète, et décédé le 18 mars 1936 à Paris, domine la ville de La Canée sur la presqu'île d'Akrotiri. Il a été le principal acteur de la réunion de la Crète à la Grèce et le fondateur de la Grèce moderne.

 

 

 

q09LaCanee

 

 

 

 

q10LaCanee

 

 

 

Le 14 février 1913, les drapeaux de la Turquie et des grandes puissances sont remplacés par des drapeaux grecs hissés sur la forteresse de La Canée (devenue capitale) en présence du roi Constantin Ier de Grèce et d'Elefthérios Venizélos. Le Traité de Londres du 30 mai 1913 stipule que le Sultan abandonne ses droits sur l'île de Crète.

 

 

 

q11LaCanee

 

 

 

 

q12LaCanee

 

 

 

Plus tard, la bataille de Crète oppose les troupes britanniques et alliées (néo-zélandaises, australiennes et grecques) aux parachutistes allemands pendant 10 jours, du 20 au 31 mai 1941.

 

 

 

q13LaCanee

 Chapelle du monastère de la presqu'île d'Akrotiri

 

 

Le matin du 20 mai 1941, le IIIe Reich lance une invasion aéroportée sur la Crète sous le nom de code « Opération Merkur ». 17 000 parachutistes allemands sous les ordres du général Kurt Student sont largués sur trois points : Maleme, Héraklion, et Réthymnon. Leur but est de s’assurer de ces trois aérodromes pour permettre l'arrivée de renforts aérotransportés par la Luftwaffe qui dispose alors de la maîtrise du ciel, alors que la Royal Navy est encore maîtresse des mers et empêche tout débarquement.

 

 

 

q14LaCanee

 

 

 

Pendant deux semaines, la bataille fait rage ; au moins 4 000 paras allemands sont tués, et 500 capturés. Les troupes britanniques et néo-zélandaises du général Bernard Freyberg ont eu 3 500 tués, 1 900 blessés, et une grande partie des troupes sera capturée (12 000 hommes). Malgré la victoire, aucune autre opération aéroportée d'envergure ne sera lancée par les Allemands jusqu'à la fin de la guerre et les parachutistes allemands seront employés comme troupes d'élite sur tous les fronts.

 

 

 

q15LaCanee

 

 

 

Par Jean Yves - Publié dans : Crete - Communauté : images du monde
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Lundi 13 février 2012 1 13 /02 /Fév /2012 09:36

Pour terminer ma "saga" sur la pêche, et donc pour aller du producteur au consommateur en passant par les intermédiaires, après les deux articles précédents, je vous livre, dans le plus grand secret, ma recette du poisson cru tahitien, souvenir de mes "jeunes années" passées en Polynésie.

 

 

 

D 01PoissonCru

Au premier plan, le village de Tapuamu (en polynésien, le "u" se prononce "ou") sur l'île de Tahaa située à environ 350 Km au N.O. de Tahiti. A gauche du village, le dernier bâtiment avec un toit long au bord du lagon, c'est l'école.

Au centre de la photo, le récif avec le motu Tau Tau.

Au fond, l'île de Bora Bora.

 

 

Voici donc une recette parmi d'autres, mais sans lait de coco.

 

Choisissez un beau lieu jaune de ligne (la chair sera plus ferme que celle d'un poisson pêché au chalut).

 

 

 

D 02PoissonCru

 

 

 

Demandez à votre poissonnier de le mettre en filets.

 

 

 

D 03PoissonCru

 

 

 

1) Préparez la sauce :

 

Le jus de 5 citrons verts.

1 cuillerée à soupe d’huile.

1 cuillerée à café de sucre en poudre.

Sel, poivre.

Ail.

Gingembre frais.

 

 

 

D 04PoissonCru

 

 

 

Moulinez ensemble (moulin électrique) 5 grosses gousses d’ail et un morceau de gingembre frais gros comme le pouce ; ajoutez à la préparation.

 

 

 

D 05PoissonCru

 

 

 

2) Découpez le poisson en cubes.

 

 

3) Légumes :

 

 

 

D 06PoissonCru

 

 

 

1 gros oignon coupé en fines lamelles.

1 concombre dont les graines ont été enlevées. Enlevez une lanière de peau sur deux. Découpez-le en très fine lamelles.

½ poivron vert et ½ poivron rouge découpés en très petits dés.

1 carotte râpée.

 

 

 

D 08PoissonCru

 

 

 

4) Préparation :

 

Mettez le poisson dans un saladier creux, ajoutez la sauce.

Ajoutez les oignons.

Remuez pour que tous les morceaux de poisson s’imprègnent de cette sauce.

Laissez reposer environ 5 minutes.

 

 

 

D 07PoissonCru

 

 

 

Ajoutez le concombre, les poivrons et la carotte râpée.

Mélangez bien.

Rectifiez l'assaisonnement (sel, poivre) et c'est prêt pour la dégustation.

 

 

 

D 09PoissonCru

 

 

 

 

D 10PoissonCru

 

 

 

5) Décoration :

 

Sur un plat ayant un peu de creux, disposez des feuilles de laitues sur le pourtour. Versez le poisson cru. Décorez avec des tomates coupées en rondelles, des œufs durs découpés en quartier et / ou en rondelles.

 

 

 

D 11PoissonCru

 

 

 

Vous pouvez accompagner ce poisson cru avec du riz parfumé thaïlandais :

 

 

 

D 12PoissonCru

 

 

 

 

Bon appétit. S'il vous en reste, vous pourrez en manger le lendemain, le poisson sera un peu plus cuit, mais tout aussi bon. Les Tahitiens en mangent au petit déjeuner pour se remettre en forme après une nuit de "bringue".

 

 

 

D 13Tahaa

 

 Sur le motu Tau Tau en 1983. Ci-dessous, ma fille à la même époque.

 

 

D 14Maeva

 

 

 

Par Jean Yves - Publié dans : Polynésie - Communauté : images du monde
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 10:39

Cet article fait suite à celui de la semaine dernière.

 

Chargée dans des camions frigorifiques à la criée de Poulgoazec (Audierne), une partie du poisson est acheminé vers Rungis. Une petite visite du pavillon de la marée de Rungis s'imposait donc. Mais ici, on vit surtout la nuit et tous les poissonniers et les chefs de restaurant de la région parisienne s'y retrouvent vers 2 ou 3 h du matin.

 

 

 

B01Rugis

 

 

 

Il ne se passera pas plus de 24h entre le débarquement de la pêche au port, l’arrivée à Rungis et la mise en place sur l’étal du poissonnier ou dans la cuisine du chef d’un restaurant.

 

 

 

B02Rungis

 

 

 

Le transfert vers Rungis des anciennes halles centrales de Paris, devenues trop exiguës, a été décidé le 14 mars 1960. Celui-ci fut effectué entre le 27 février et le 1er mars 1969. Ce nouveau site a ouvert officiellement ses portes les 3 et 4 mars 1969 après 5 ans de travaux.

 

 

 

B03Rungis

 

 

 

Inauguré en 2004, le nouveau Pavillon de la Marée est le phare du Marché de Rungis et une référence mondiale tant pour ses infrastructures que pour la qualité et la diversité de ses produits. Des technologies innovantes ont été utilisées pour l’hygiène, la sécurité et le respect de la chaîne du froid :

 

- Déchargement "sous froid" pour que la glace ne fonde pas avant l’entrée dans la zone de vente.

- Systèmes de refroidissement et de traitement de l’air jumelés : le froid est "stratifié" du sol jusqu’à 5m de hauteur.

 

Le pavillon de la marée de Rungis est une plate-forme d’éclatement : 30% du poisson du marché français y vient avant d’être réexpédié à l’échelle de tout le pays.

Pour autant, avant de se décider pour un achat, le poissonnier vérifie la qualité des lots qu'il convoite :

 

 

 

B04Rungis

 

 

 

Pour certaines "niches", Rungis est sans concurrent en France : ainsi le "capitaine", poisson de l’Atlantique africain et plat national sénégalais est-il acheté à Rungis par la communauté sénégalaise de toute la France.

 

 

 

B05Rungis

 

 

 

Parmi les caisses de poisson frais et les produits rares comme le foie de lotte, on remarque de plus en plus de produits élaborés : filets, conserves, plats préparés.

 

 

 

B06Rungis

 

 

 

Avec près de 165 000 tonnes de poissons et crustacés commercialisées par an, le secteur de la marée de Rungis est l’un des plus importants ports de France en terme de volume. On peut y dénombrer 768 grossistes et 68 courtiers de sociétés d'import-export.

Mais tous les produits font l'objet d'âpres marchandages, pouvant traîner en longueur.

 

 

 

B07Rungis

 

 

 

Une fois l'accord conclu…

 

 

 

B08Rungis

 

 

 

Il ne reste plus qu'à passer à la caisse…

 

 

 

B09Rungis

 

 

 

Puis à embarquer la marchandise dans la camionnette et prendre la direction du marché Henri-Barbusse de Levallois Perret.

 

 

 

 

B10Rungis

 

 

 


 

Le 30 Juin 1866, Napoléon III promulgue la loi de création de la commune de Levallois-Perret. Le premier maire de la ville, Paul Caillard, est nommé administrativement et ce n'est qu'en 1871 que Jean-Baptiste Codur sera élu maire de la commune par la population. L'année même de la création de la commune, Gustave Eiffel y installe ses ateliers où seront fabriqués tous les éléments qui formeront ensuite la célèbre Tour.

Le dimanche 27 mars 1898, l'Hôtel de Ville, l'un des plus beaux de France, construite par l'architecte Léon Jamin (alors âgé de 25 ans), est inauguré.

(Cf site : http://fr.topic-topos.com/hotel-de-ville-levallois-perret)

 

 

 

 C01Levallois

 

 

 

Commencée à deux heures du matin pour se retrouver vers les trois heures à Rungis, la journée vient à peine de débuter. Il est 7 heures du matin et il faut maintenant préparer l'étal dans un marché encore vide :

 

 

 

C02Levallois

 

 

 

 

C03Levallois

 

 

 

Tout le monde s'active dans la bonne humeur :

 

 

 

C04Levallois

 

 

 

 

C05Levallois

 

 

 

Il est maintenant 8 h 30 du matin, l'étal, haut en couleurs, et composé comme un tableau de maître est prêt à recevoir ses premiers clients :

 

 

 

C06Levallois

 

 

 

 

C07Levallois

 

 

 

En attendant ceux-ci, il convient quand même de préparer quelques filets pour éviter toute bousculade :

 

 

 

C08Levallois

 

 

 

Mais la journée ne sera vraiment terminée que vers 15 heures dans l'après-midi, une fois le marché fini le matériel et le stand nettoyés.

 

 

 

C09Levallois

 

 

 

Ci-dessous, l'étal à 7 heures du matin (à gauche) et à 8 heures 30 (à droite) :

 

 

 

C10Levallois

 

 

 

Merci à Jean-Jacques de m'avoir conduit à travers le labyrinthe de la région parisienne, et de m'avoir ouvert, avec beaucoup de patience, les portes d'un monde pour moi inconnu.

 

Par Jean Yves - Publié dans : Route pêche - Communauté : Les Bretons sont dans la place
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 11:27

Il est cinq heures, le Cap Sizun dort encore, mais déjà des feux verts et rouges quittent les quais du port et se dirigent vers le large. Pas de lune, l'obscurité de la nuit est épaissie par une couche de brume.


A01PecheurIroise



Le Sirocco, bateau de 11 m, équipé d'un moteur de 250 cv, consommant en moyenne 1,5 tonne de gasoil par semaine, taille sa route à travers la houle du large vers ses lieux de pêches avec ses trois hommes d'équipage et son patron. On ne voit rien dans cette nuit noire, seul le logiciel de navigation (sorte de GPS) et le radar permettent de suivre le chenal et de sortir du port.



A02PecheurIroise


A l'arrière du bateau, les filets sont disposés dans de grands bacs, attendant d'être mis à l'eau. La marée ne sera pas bonne car nous sommes en période de vives eaux, mais il faut sortir et ramener du poisson, question de survie.

                                  "L'homme est en mer.
                                Depuis l'enfance matelot,
                     Il livre au hasard sombre une rude bataille.
               Pluie ou bourrasque, il faut qu'il sorte, il faut qu'il aille…"



A03PecheurIroise

 

 

 

 

 

A04PecheurIroise



Les premiers filets vont être relevés. La bouée "crochée", l'orin est passé sur le treuil, et ses 100 ou 200 m doivent être lovés proprement, prêts à resservir.



A05PecheurIroise




A06PecheurIroise




A07PecheurIroise



Le filet suit.  2 fois 5 Km de filet à amener sur le pont, brassée après brassée…

 



A08PecheurIroise

 

 

 

 



A10PecheurIroise

 

 

 

 

 

A09PecheurIroise




A11PecheurIroise

                                                       Ici, une lotte, la gueule grande ouverte,  prise dans le filet



Lottes, lieus, cabillauds, araignées et homards, sont arrachés des entrailles de la mer et échouent sur le pont où il ne "reste plus qu'à" les libérer des mailles du filet.



A13PecheurIroise

 

 

 

 

 

A12PecheurIroise

 

 


A14PecheurIroise



Une fois les filets entièrement remontés, il faut maintenant défaire à la main les plus gros nœuds qui se sont formés pendant la pêche…



A15PecheurIroise



Puis passer le filet dans une machine que les marins appellent la "démêleuse"…



A16PecheurIroise




A17PecheurIroise



… Pour que le filet rejoigne son bac à l'arrière du navire, prêt à servir une autre fois.



A18PecheurIroise



Les filets seront remis à l'eau plusieurs fois par jour et leurs positions rentrées en mémoire dans le logiciel de navigation en utilisant une couleur différente selon le jour de la pose.



A19PecheurIroise




A20PecheurIroise



Le travail ne s'arrête pas : on met un filet à l'eau, on file relever le suivant, et on recommence ainsi de suite toute la journée, à peine le temps de grignoter un sandwich. Sur la route du retour, on nettoie le pont…



A21PecheurIroise



… On vide et on lave les poissons…



A22PecheurIroise




A23PecheurIroise



… Sans oublier de retirer les foies des lottes qui seront vendus à part :



A24PecheurIroise




A25PecheurIroise



Environ 800 marins pêcheurs sont recensés actifs en Iroise, ce qui représente près de 350 navires de moins de 12 m dont 220 à 260 peuvent être présents simultanément selon la période de l’année.



A26pecheurIroise



Les bateaux les plus présents en Iroise ont leur port d'attache à Brest, Camaret, Douarnenez et Audierne. On côtoie également des navires issus des ports plus lointains comme Le Guilvinec ou Morlaix dont les zones de pêche très vastes englobent la mer d’Iroise.



A27PecheurIroise



Si la faune et la flore de la mer d’Iroise sont très riches et diversifiées, cela s'explique par le fait qu’elle est perpétuellement réoxygénée par l’action de ses puissants courants marins. Il n'est pas rare d'y rencontrer des dauphins.



A28PecheurIroise



D'autres espèces marines y vivent, entre autres le poisson lune et des phoques qui peuplent l’archipel de Molène.



A29Pecheuriroise                                                                                                 Poisson lune



Retour vers 16 heures au port, où la pêche est débarquée à la criée. Chaque année, la production de la mer d’Iroise s’élève à plus de 50 000 tonnes débarquées avec, approximativement, 40 000 tonnes de laminaires, 11 000 tonnes de poissons et 1 500 tonnes de crustacés. Une partie est achetée par les mareyeurs locaux, une autre partie est acheminée par camions vers Rugis.



A30PecheurIroise

                                                                                   Bars de ligne du Raz de Sein




A31PecheurIroise                                                                                                Criée de Poulgoazec

 

 

 

Merci à Roland et à tout son équipage de m'avoir accueilli à bord de leur bateau, le Sirocco.

 


 

 

Par Jean Yves - Publié dans : Route pêche - Communauté : le Finistère
Ecrire un commentaire - Voir les 11 commentaires
Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 10:33

Le monastère d’Arkadi  est un monastère orthodoxe situé sur un plateau à 23 km au sud-est de Rethymnon. Il est le symbole de la Résistance Crétoise contre les Turcs. Il fut fondé par un moine nommé Arkadios au début du XIIIème  siècle.



P01Arkadi



PCartCrete08                                                    Arkadi : petite étoile près du carré rouge (Réthymnon)



Bien que la Crète se soit soulevée contre l'occupant ottoman lors de la guerre d'indépendance grecque (1821/1830), le protocole de Londres de 1830 ne permet pas à l'île de faire partie du nouvel État grec. D'où la révolte crétoise de 1866/1869.



P02Arkadi



Arkadi fut un centre actif et un des hauts lieux de la résistance contre l'occupation ottomane, ce qui fit sa célébrité. Entouré d'épaisses et hautes murailles et situé sur un plateau difficilement accessible, le monastère est une véritable forteresse.



P03Arkadi

 



P04Arkadi



Le 7 novembre 1866, de nombreux habitants des environs, et en particulier des femmes et des enfants, trouvent refuge au monastère. Ce jour-là, le monastère abrite 964 personnes : 325 hommes dont 259 sont armés, le reste étant des femmes et des enfants.



P05Arkadi



Au matin du 8 novembre, une armée de 15 000 Turcs avec 30 canons, dirigée par Suleyman arrive sur les hauteurs du monastère.

Il est impossible pour des renforts crétois d'arriver jusqu'au monastère dans la mesure où toutes les routes d'accès sont bloquées par les Turcs.



P06Arkadi



Après trois jours de combat, alors que des centaines de Turcs sont désormais entrés dans le monastère, les derniers Crétois survivants se réfugient dans la poudrière.



P07Arkadi




P08Arkadi



Les Turcs se pressent à l'entrée de ce refuge, mais, sur les ordres du supérieur du monastère, l'higoumène Gabriel, les Crétois font sauter les barils de poudre, préférant se sacrifier plutôt que de se rendre.



P09Arkadi




P10Arkadi



Tous, sauf une centaine, sont morts lors de l'assaut. Sur les 964 personnes présentes au début du combat, 846 sont tuées. 114 hommes et femmes sont capturés, trois ou quatre parviennent à s'échapper.



P11Arkadi



À l'extérieur du monastère, à une soixantaine de mètres à l'ouest, se trouve un bâtiment (l'ancien moulin du monastère) commémorant le sacrifice des Crétois morts en 1866. Les ossements de nombreux chrétiens furent recueillis et placés dans ce moulin transformé en ossuaire en hommage aux héros d'Arkadi.




P12Arkadi




P13Arkadi



Les Ottomans considérèrent la prise d'Arkadi comme une grande victoire et la célébrèrent solennellement en tirant des coups de canon. À l'inverse, ailleurs, les évènements d'Arkadi provoquèrent émotion et indignation, chez les Crétois, mais aussi en Grèce et dans le reste du monde.



P14Arkadi




P15Arkadi



Le monastère est devenu aujourd'hui un sanctuaire national en l'honneur de la Résistance crétoise. Le 8 novembre est désormais le jour de fêtes commémoratives à Arkadi et à Rethymnon. L'explosion ne mit pas un terme à l'insurrection crétoise, mais attira l'attention de l'Europe sur ce peuple qui se battait pour son indépendance.



P16Arkadi



La Guerre d'Indépendance grecque avait déjà soulevé un courant de sympathie en Europe, surtout après le massacre de Chios.
Chios était une des îles les plus riches de la mer Égée. En mars 1822, le Sultan partit à la reconquête de l'île avec une troupe de 30 000 hommes.



P17Arkadi



La résistance des Grecs fut brève. Repoussés, ils finirent par évacuer l'île tandis que la population commença à être systématiquement massacrée et les otages exécutés. Une bonne partie de la population fut réduite en esclavage et vendue sur les marchés. Les estimations les plus courantes sont de 25 000 morts et de 45 000 personnes réduites en esclavage.



P18Arkadi



Une immense émotion face aux horreurs commises traversa l'Europe.



P19Arkadi



Le recueil Les Orientales de Victor Hugo, comprend un poème, "L'enfant grec", consacré au massacre de Chios. Extraits :


                                          L'enfant grec

                Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
                 Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
                 Courbait sa tête humiliée ;
                 Il avait pour asile, il avait pour appui
                 Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
                 Dans le grand ravage oubliée.



 P20Arkadi



                     Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner
                     Pour rattacher gaîment et gaîment ramener
                     En boucles sur ta blanche épaule
                     Ces cheveux, qui du fer n'ont pas subi l'affront,
                     Et qui pleurent épars autour de ton beau front,
                     Comme les feuilles sur le saule ?



P21Arkadi



                          Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
                          Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
                          Plus éclatant que les cymbales ?
                    Que veux-tu ? Fleur, beau fruit, ou l'oiseau merveilleux ?
                          Ami, dit l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus,
                         Je veux de la poudre et des balles.


                                                              Victor Hugo, Les Orientales, 1829



P22Arkadi



Par Jean Yves - Publié dans : Crete - Communauté : images du monde
Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires
Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 11:20

Spinalonga est un îlot forteresse et une presqu’île situés en Crète à l’entrée ouest du golfe de Mirabello, face à la ville d’Elounda.

L'île est également appelée Kalydon, tandis que la presqu'île est appelée presqu'île de Kolokitha.



N01Spinalonga

 

 

 

NCarte9



Spinalonga vient de l’italien spina longa "la longue épine".



N02Spinalonga

 

 



NCartCrete09

                                             Situation : Spinalonga : triangle rouge ; étoile : Golfe de Mirabello

 

 

 



La longue presqu'île aride et inhabitée était rattachée jadis à la côte par un isthme : l'Isthme de Poros, qui fut percé en 1897 par des marins français [un contingent de 170 marins français stationnait à Elounda pendant la période d'autonomie de la Crète (1897/1913)].



N03Spinalonga

 

 

 

 

 


N04Spinalonga



Les Vénitiens construisirent en 1579, sur les ruines d’une acropole antique, une puissante forteresse destinée à protéger le port d’Elounda. Les hauts murs et les deux bastions circulaires, sur le dessus de la colline, permettaient à l’artillerie de commander l’entrée du port d’Elounda.



N05Spinalonga

 

 





N06Spinalonga
 


Cette forteresse était l’une des places fortes des plus importantes et des mieux défendues de la Crète. Elle fut l’une des seules de toute la Crète, avec les forteresses de Souda (près de La Canée), de Graboussa (au nord-ouest de la Crète et de Kastelli (Kissamou), à ne pas tomber aux mains des Turcs, quand ceux-ci conquirent la Crète en 1669 après le siège de Candie.



N07Spinalonga



Tout au long du XVIIe siècle, la forteresse est restée dans des mains vénitiennes et était un refuge pour les chrétiens se sauvant des Turcs. Après avoir résisté près d’un demi-siècle à la suprématie turque, et après un ultime siège de 3 mois, les Vénitiens, durent finalement céder la place forte aux Turcs en 1715.



N08Spinalonga



En juin 1715 les Turcs assiégèrent la forteresse de Spinalonga. Après un blocus de trois mois, pendant lequel tous les approvisionnements alimentaires furent épuisés, le 4 octobre 1715, le commandant Vénitien Zuan Francesco Giustiniani remit la forteresse au Kapudan Pasha (Grand Amiral Ottoman).



N09Spinalonga



En vertu du traité de la reddition, tous les habitants, étrangers ou grecs, de l'île étaient libres soit de quitter l'île avec leurs affaires, ou de rester là comme sujets du sultan.



N10Spinalonga



Le traité de la reddition a été observé en ce qui concerne le retrait des vénitiens, mais les habitants de l'île, qui étaient des réfugiés de Crète, sous domination ottomane, ont été emprisonnés, puis vendus sur le marché des esclaves.



N11Spinalonga



Des documents, provenant des archives turques d'Héraklion, racontent les destins des prisonniers : 120 hommes "se sont adaptés pour ramer" et ont été envoyés à la station navale impériale, alors que 230 hommes "incapables de ramer" et les 240 femmes et enfants furent vendus comme esclaves.



N12Spinalonga



Les Turcs s’y installèrent donc jusqu’au début du XXe siècle, quant à leur tour, ils furent chassés de Crète.
Et là, on décida de parquer dans l'îlot les personnes atteintes de la lèpre qui auparavant se cachaient dans les nombreuses grottes que compte la Crète.



N13Spinalonga



La léproserie, la dernière en Europe, se trouvait dans le fort vénitien, restauré par les lépreux qui y vécurent de 1903 à 1957. Il y eut jusqu'à 400 personnes vivant en communauté, avec les corps de métiers qu’on trouve dans n’importe quel village grec, du coiffeur au pope. Le dernier habitant, un prêtre, y aurait vécu jusqu’en 1962.



N14Spinalonga


Aujourd’hui l’île est inhabitée. Elle reste toutefois un site touristique principal de la région. On peut y accéder très facilement par bateau en 15 mn à partir d’Elounda



N15Spinalonga




N16Spinalonga



ou en 5 mn à partir du village de Plaka.



N17Spinalonga



L'île est une zone protégée.

 

 

 

 

N18Spinaloga

 

 

 

 

Par Jean Yves - Publié dans : Crete - Communauté : images du monde
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Lundi 9 janvier 2012 1 09 /01 /Jan /2012 10:58

La Mer d’Iroise est le nom de la partie de l’océan Atlantique s’étendant de l’île de Sein à celle d’Ouessant, en Bretagne. Dangereuse et très fréquentée, c'est l'endroit du monde où la densité de balises et de phares est la plus importante au m2.
De nombreux phares parsèment la côte et les îles. On y trouve les phares les plus mythiques isolés en pleine mer, appelés les "enfers": Armen, la Vieille, Thévennec, la Jument, Kéréon, les Pierres Noires.
Ses courants sont aussi réputés pour leur violence : le passage du Four et le Fromveur au nord (dicton marin : nul n'a passé le Fromveur sans connaître la peur), le Raz de Sein au sud.

[Quand on fait remarquer aux femmes de l'île de Sein combien leur cimetière est étroit, elles vous répondent par le dicton suivant :
                                               Etré an Enez ha ar Beg
                                               Eman berred ar gwazed.
                                          (Entre l'île et la Pointe [du Raz]

                                           est le cimetière des hommes.)
 (Anatole le Braz, la Légende de la Mort chez les Bretons Armoricains)]



E23 ND DesNaufragés                                                               Le raz de Sein, statue de Notre Dame des Naufragés



Et sur cette mer de tous les dangers, un remorqueur de haute mer veille… Ci-dessous, un extrait du roman de Roger Vercel (*) : "Remorques"



E01 Remorque



"Dès l'entrée du goulet, le remorqueur se heurta vraiment pour la première fois, cette nuit-là, à la mer et au vent. La passe ouvrait devant lui un large torrent d'écume qui accourait contre son étrave. Il régnait, dans ce détroit, une effervescence chaotique de déversoir, et un immense bruit d'eau bouillante l'emplissait. A l'avant, les premiers coups de mer s'ouvrirent en hauts éventails blêmes, les premières lames s'écrasèrent en tonnant contre les tôles.



E02 la Vieille                                                                                          La Vieille, au fond : Thévennec



Le capitaine n'apercevait de son remorqueur qu'une île noire qu'il poussait devant lui : son gaillard d'avant, vaguement distinct et qui émergeait seul. L'eau clapotait avec force sur le pont, jetée au tangage contre le gaillard et le château.



E03 Remorque



Et cette eau, intérieure que le bateau emportait, secouait, qui se ruait partout, contre les pavois, les capots, les portes des coursives, cette eau-là était la seule que l'on pût surveiller de la passerelle.



E04 SNSM



A chaque pointe que l'on doublait, le suroît, devant qui tombait une barrière, renforçait son attaque. Il frappait maintenant les tôles et les visages comme un projectile ininterrompu. Il arrivait à ce degré de force et de ténacité où son appui, ses  poussées sont ressentis comme le choc d'un poing et le coup d'une arme. Il devenait impossible, sur la passerelle, de croire que ce ne fût simplement qu'un souffle.



E05 Tempete



Les quatre hommes qui étaient là, debout, pour voir, pour guetter les feux, et qui devaient y rester, sous le ciel noir, sous les coups de l'ouragan, sous le fouet des embruns plus cinglant que les jets dont les dompteurs martèlent les fauves quand ils se battent à mort, ces hommes, capitaine, second, timonier, homme veille, comprirent tous les quatre à la fois, que la partie serait une des plus dures de toutes celles qu'ils avaient jouées.



E06 Tempete



Mais ils gardaient, tous les quatre, une assiette que les cabrades incohérentes du bateau n'avaient point encore surprise. Ils collaient aux planches comme des mouches.



E07 SNSM



Le vent, lui, secouait des tôles aux oreilles, ces crépitements, métalliques qui tambourinent seulement aux plus grandes vitesses des tempêtes, les jours où les anémomètres semblent délirer. Il songea :
Qu'est-ce que ce sera par le travers de Saint-Mathieu ?



E08 Tempete



Car chaque sortie était graduée. Une mer plus creuse les attendait sur trois seuils : à l'entrée du Goulet, à sa sortie, et enfin à la pointe extrême du monde, quand la dernière terre abandonne à cette Pointe Saint-Mathieu, où commence l'Iroise : c'est entre deux sinistres îles, Sein et Ouessant, le corridor Manche-Atlantique, tout plein de courants d'air et d'eau. Le sens des lames s'y renverse deux fois par jour, au flux et au reflux, oscillant entre deux barrières de brisants, la chaussée de Sein au sud, au nord les Pierres Noires, Ouessant et ses nébuleuses d'écueils. C'était l'ordinaire du champ de bataille du Cyclone.



E09 PtDuRaz                                                            Le Raz de Sein quelques instants avant la tempête



Cependant, on sentait que l'on n'avait plus les flancs couverts par aucune terre protectrice, qu'on était désormais livré au déchaînement des espaces, à l'enveloppement de la nuit furieuse. Car le vent avait débordé le bateau et se refermait derrière lui. Ce n'était plus seulement son appui dur sur le visage, son passage brutal sur les joues et les oreilles qu'il collait à la tête. Il frappait maintenant de dos comme de face et les lames jaillissaient le long du bateau tout entier. Le CycIone titubait dans des chutes soudaines de l'avant, retombait à contre-temps dans la mer comme dans un mur ; des chocs dangereux l'ébranlaient.



E10 Tempete



C'était comme l'attaque générale du bateau…
Deux panneaux d'écoutilles avaient été arrachés sur le pont avant. Le hauban tribord arrière avait cassé son ridoir, et, faisant fouet, cinglait dangereusement. Une autre ruée avait brisé les carreaux de la claire-voie, et faussé les batayoles avant. On eût dit le dépeçage du bateau par un tir réglé, dont toutes les slaves portaient. Le cyclone sonnait, fumait sous les coups à le défoncer. Des trombes le parcouraient de l'avant à l'arrière. Les lames ne se cabraient plus pour s'assener de tout leur poids. C'était à présent des volées obliques et basses, qui semblaient dirigées par une volonté féroce de détruire tout ce qui dépassait de ce bateau. L'air et l'eau sifflaient, crissaient, comme une colossale chaudière crevée et crachant sa vapeur.



E11 Tempete



Vers onze heures du matin, les grains s'espacèrent, mais la mer n'avait rien cédé ; les tempêtes sont longues comme des maladies, elles épuisent les vigueurs et les patiences. On n'y résiste que grâce à l'épuisement qui rend les hommes insensibles comme elles.
Il connaissait trop la mer pour ne pas deviner qu'elle préparait un sale coup. Il s'en apercevait à une amollie trop brusque, à un silence où l'on entendit tout à coup avec une étrange netteté le battement de la machine, mais surtout à la danse large de la mer.



E12 BaieTrepasses                                                                   La Pointe du Raz  vue de la Baie des Trépassés



C'était devenu, sous le Cyclone, un large creux lisse et froid qui oscillait. Les eaux se déhanchaient, se balançaient d'est en ouest comme lorsqu'on secoue un baquet à demi plein. Renaud savait que ce balancement était un élan, celui que prennent les eaux pour frapper…



E13 Baie Audierne                                                             Début de tempête sur la Baie d'Audierne



Le cri de l'ouragan le fit taire... Il sentit sous lui le remorqueur trembler. Puis une force glacée emplit d'un coup la passerelle crevée, hésita un fragment de seconde et se rua. Renaud avait accroché ses deux mains à une épontille : le passage de la cataracte lui arracha les pieds du sol… La lame lui tapait dans le ventre, des tonnes d'eau lui passaient le long des oreilles ; il se sentait battre de tout le corps, comme une flamme à une tête de mât.



E14 Tempete



A l'ouest, on apercevait Sein, un seuil plat, une dalle gercée et noire, basse sur l'eau comme un radeau échoué, si basse que ses mille habitants se réveillent, la nuit, tous ensemble, avec de l'eau le long du ventre, Sein tellement usée par les lames, que cette île de roc a pris les courbes molles, allongées, des bancs de sable, qu'elle apparaît sur les cartes avec une figure inquiétante d'ectoplasme.



E15 IleDeSein                                                                                 L'Ile de Sein vue du Grand Phare



Ses prolongements enserrent des lagunes bouillantes et seules les maisons s'y élèvent un peu au-dessus du flot.



E16 IleDeSein



Renaud, à force de la doubler, en était devenu curieux. Il avait tenu à la visiter un jour, à descendre chez les femmes à coiffes noires…



E17 FemmeIleSein                                                                             Femme en costume de l'Ile de Sein



Yvonne, sa femme, l'accompagnait. Il l'avait photographiée, debout entre les "Causeurs", les deux grands menhirs qui se font face à la pointe extrême de l'ancien monde.



E18 Les Causeurs Sein                                                                          Ile de Sein : les menhirs appelés "Les Causeurs"



Il se souvint d'être monté au phare et d'en avoir reçu une grande satisfaction. En tournant autour de la lanterne, n'avait-il pas aperçu, pour la première fois, dans la lumière vibrante, de ce dimanche de juillet, tout l'ensemble de cette Chaussée de Sein contre laquelle il se battait dans le noir, dans les embruns, dans les brumes et qu'il n'avait vraiment jamais vue, même quand il allait chercher les navires jusque dans ses crocs.



E19 PhareIleSein                                                                                    Le Grand Phare de l'Ile de Sein

 

 

Il revoyait, avec une précision parfaite, le tableau : une chaussée, oui, une route remplie d'écume, une avenue cahoteuse, large de quatre milles et hérissée de milliers de cailloux noirs. Et là-dedans, les entrelacs incohérents des courants et des remous, une sorte de foisonnement de l'eau, d'enchevêtrements absurdes, de retours, de repentirs.



E21 ChausséeSein                                                                         La Chaussée de Sein par beau temps



Sur les bords de cette route, deux rangées de geysers, des arbres d'écume sans cesse renaissants et retombés. Les cailloux, il les avait nommés comme un vainqueur dénombre une armée vaincue : la Tête du Chat, Dentock, Penbara, Nerroth, à l'ouest et au nord ; Gouelvanic, Forock, Men Mankik à l'ouest. Et tout le semis des autres qui portent des noms celtiques de sens farouche ou grotesque. Le gardien du phare lui avait dit :
"Il y a là-dedans encore plus d'épaves que de cailloux".



E22 Tempête



Un grain creva, noyant tout. Quand le nord redevint clair, les brisants surgirent si proches que Renaud en reçût un choc, comme de retrouver présente, au réveil, la menace d'un cauchemar.



E25 PointeDuRaz                                                                              La Pointe du Raz dans la toumente



Un moutonnement furieux y courait, d'est en ouest, et les recouvrait. C'était quelque chose de prodigieusement vivant, une galopade d'avalanche, des crinières démesurées qui échevelaient. Les roches, parfois, pointaient sous l'écume comme des engins difformes crachant à d'extraordinaires hauteurs des explosions tonnantes.



E24 Tempete



Et leur immobilité, sous la formidable ruée qui les parcourait, semblait miraculeuse et presque méritoire."



E26 PointeDuRaz


        
(*) Roger Vercel, de son vrai nom Roger Cretin est né le 8 janvier 1894 au Mans et mort le 26 février 1957 à Dinan.


 

Roger Vercel  


Remorques, écrit en 1935 est adapté au cinéma en 1941 par Charles Spaak et André Cayatte, avec entre autres, Jean Gabin et Michèle Morgan. Le scénario et les dialogues sont de Jacques Prévert, la musique d'Alexis Roland-Manuel.



E27 ND DesNaufragés



Ses souvenirs de guerre inspirent quelques-uns de ses premiers livres (Notre père Trajan, Capitaine Conan, Léna) mais c'est le monde maritime qui est au cœur de son œuvre. Roger Vercel était passionné par la mer et la vie des marins et bien que n'ayant pratiquement jamais pris la mer lui-même, la plupart de ses romans se dérouleront dans un cadre maritime, comme la trilogie "La fosse aux vents".
Au Large de l'Eden lui vaut le Prix du Comité Fémina France-Amérique en 1932. Il obtient le prix Goncourt en 1934 pour Capitaine Conan.



E28 Thévennec                                                                                                      Thévennec



Le 19 novembre 1976, les cendres de Jean Gabin (1904/1976) sont immergées depuis LA JEANNE en mer d'Iroise, à 20 nautiques de Brest, au sud de la chaussée des Pierres-Noires, selon les dernières volontés du défunt.


                          A voir cette vidéo sur You Tube, le remorqueur Abeille Flandre



Par Jean Yves - Publié dans : Tempêtes - Communauté : Photos de Bretagne
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 11:59

Photos prises sur le "spot" de "l'Ile aux vaches" près de la station de la SNSM à Esquibien, Baie d'Audierne.

 

Bulletin Météo Marine, prévisions pour la journée du 3 janvier 2012 :

 

"Vent de Sud-ouest fraîchissant 8 à 9, avec fortes rafales en matinée et début d'après-midi, virant au secteur Ouest, 6 à 7 avec rafales ensuite.

Mer devenant très forte à grosse.

Sur Pointe de Bretagne : grande houle de secteur Ouest 4 à 5 m, s'amplifiant 5 à 6 m dans l'après-midi.

Temps pluies gagnant par l'ouest.

Visibilité 5 à 10 milles, s'abaissant 1 à 3 milles sous précipitations, et parfois inférieure au mille sous brouillards à la mi-journée".

 

Petit problème : le "petit" bonhomme sur sa planche mesure 1,80 m. Sachant que sa voile fait au moins deux fois sa taille, quelle est la hauteur des vagues derrière lui ?

 

Cliquer sur l'image ci-dessous pour télécharger le diaporama.

 

 

ImageTempete2

 

 

 

Par Jean Yves - Publié dans : Diaporamas PPS - Communauté : le Finistère
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Mercredi 28 décembre 2011 3 28 /12 /Déc /2011 11:01

A tous ceux qui passent par ce blog, je vous souhaite une bonne et heureuse année 2012. Que cette année vous apporte bonheur et surtout le bien le plus précieux : la santé.

 

Une pensée particulière pour ceux qui sont abonnés à mes articles, et une plus particulière pour Maëlle qui veille à mon orthographe.

 

Télécharger le diaporama "Vœux 2012" en cliquant sur l'image ci-dessous :

 

 

 

 

ImageVoeux12

 

Par Jean Yves - Publié dans : Diaporamas PPS - Communauté : le Finistère
Ecrire un commentaire - Voir les 14 commentaires
Vendredi 23 décembre 2011 5 23 /12 /Déc /2011 10:43

La souche de Noël

 

 

Les gens du pays l'appelaient Ni. Elle avait eu un autre nom, mais il serait perdu en route, au fur et à mesure qu'elle escortait au cimetière les membres de sa famille et, à chaque fois, il se perdait un peu plus. Voilà qu'ils étaient tous partis piquer des poireaux à Saint-Nic, façon de dire qu'ils étaient morts jusqu'au dernier.

 

 

 

D01

 

 

 

Maintenant, la femme restait seule dans sa maison avec sa vache et son tricot. La vache lui tenait chaud, n'étant séparée d'elle que par une cloison à mi-hauteur.

 

 

 

D02

 

 

 

Le tricot lui servait à venir à bout de ses journées, rien de plus. Elle n'en tirait ni bas, ni gilet, ni châle, ni écharpe, rien que des choses informes à défaire aussitôt avant de les recommencer. Jamais elle n'ouvrait la bouche la première. Quand on lui adressait la parole, elle faisait toujours la même réponse : "Ni rien".

"Le temps est beau, n'est-ce pas!

- Ni rien.

Vous allez au bourg ?

- Ni rien."

 

 

 

D03

 

 

 

Si elle avait d'autres ni dans la tête, personne n'en a jamais rien su. Mais ce Ni lui était resté. Son nom de baptême était Marie-Josèphe et ses parents s'appelaient Sauveur. Si je vous le dis, c'est parce que c'est marqué sur le registre de la mairie.

 

 

 

D04BaieTrépassés

 

 

 

Le chemin creux qui menait à sa maison était bordé de deux grands talus sur lesquels se dressaient à la file, de place en place, des têtards de chêne. Chaque année, à la fin de l'hiver, Ni déracinait l'un deux pour le mettre à sécher dans l'appentis.

 

 

 

D05

 

 

 

La nuit de Noël venue, elle le faisait rouler dans le foyer, sur une couche de bois menu et d'aiguilles de pin. Elle y mettait le feu mais se gardait  bien de laisser le morceau de chêne brûler trop longtemps.

 

 

 

D06

 

 

 

La souche de Noël, en vérité, passait pour éloigner la foudre. On la choisissait de bonne taille pour pouvoir la garder tout au long de l'année. Chaque fois qu'éclatait un orage, on s'empressait de la rallumer et l'on était sûr d'éviter tout mal. Et maintenant, vous savez à quel propos cette Ni avait le cœur faible : elle redoutait beaucoup le feu du ciel.

 

 

 

D07

 

 

 

Or, une veille de Noël, la femme se trouvait dans son champ avec sa vache et son tricot. II était à peine 4 heures de l'après-midi. Soudain, la nuit tomba autour d'elle, ses aiguilles jetèrent des éclairs bleus.

 

 

 

D08PorsPoulhan

 

 

 

Et Ni de laisser choir son tricot dans l'herbe, d'arracher le pieu qui attachait sa vache au pré, d'enrouler la corde et de chasser la pauvre bête vers la maison à force de clameurs.

 

 

 

D09Penhors

 

 

 

Un éclair fendit le ciel sur la gauche. La femme se boucha les oreilles avec les poings. Mais le bruit du tonnerre la traversa de pied en cap. Heureusement, elle n'était pas loin de sa maison. Elle y poussa sa vache et courut au foyer. Elle avait disposé d'avance, pour la nuit à venir, la souche de Noël sur un lit de petit bois.

 

 

 

D10PhareMillet

 

 

 

Ni se hâta de frotter une allumette, mais le petit bois refusa de prendre feu. Il avait plu le matin et, en raison de la direction des vents, la cheminée avait pris de l'eau.

 

 

 

D11

 

 

 

L'orage se déchaîna, épouvantable. La maison tremblait d'un bout à l'autre sous les coups de tonnerre. Ni avait beau arranger le bois de son mieux, présenter ses allumettes de tous les côtés, rien à faire pour enflammer la souche de Noël.

 

 

 

D12StTugen

 

 

 

Soudain, la foudre s'abattit sur la cheminée. Le pignon de la maison se trouva fendu de haut en bas par une lézarde aussi large qu'une main, si bien qu'on voyait, à travers elle, fumer le verger comme l'enfer.

 

 

 

D13PorsPoulhan

 

 

 

Quelque part, un chien aboyait à la mort. La tête perdue, Ni s'efforçait toujours d'allumer le feu. A la fin, la flamme pris dans le petit bois et se mit à lécher la souche. Et alors, croyez-moi si vous voulez, la lézarde se referma bellement et l'orage tomba jusqu'à rien.

 

 

 

D14

 

 

 

Pour une fois, Ni trouva bon de parler pour conter le miracle. Après quoi, elle devint aussi avare qu'avant de ses paroles.  Mais elle avait changé sa réponse :

"Il fait beau, n'est-ce pas ?

– Ni le tonnerre.

Vous allez au bourg ?

- Ni le tonnerre."

 

Ni Le Tonnerre, voilà le nom qui lui resta jusqu'à la fin.

 

 

Pierre Jakez Hélias

(Les autres et les miens)

 

 

 

D15PtDuVan

 

 

 

Par Jean Yves - Publié dans : Légendes bretonnes - Communauté : Photos de Bretagne
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Lien

Présentation

Recherche

Créer un Blog

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés