Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /2010 18:26
On quitte momentanément les chemins de Guyane pour prendre un petit bol d'air marin en Bretagne. Audierne, petite ville du Sud Finistère d'environ 2 300 habitants, nichée à l'embouchure d'une rivière, le Goyen, est surtout connue pour sa baie (la Baie d'Audierne), pour son port et ses plages. Ci-dessous, le Finistère, très facile à localiser, est tout au bout de la France, côté Ouest. Le point rouge, c'est Audierne.

 

 

 

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Voici un petit diaporama PPS que je vous ai préparé pour une vue d'ensemble de l'embouchure du Goyen vers la Plage. En cliquant sur la photo ci-dessous, vous accèderez au téléchargement du diaporama.

 

 

 

 

0001Audierne

 

 

 

Battue par la houle et ouverte aux vents dominants d'Ouest/Sud-Ouest, la baie d'Audierne est un immense croissant de lune…

 

 

 

 

001BaieAudierne

 

 

 

 

 

 

 

 

002BaieAudierne

 

 

 

 


…hérissée d'écueils à ses extrémités : elle est fermée au Nord par la redoutable chaussée de Sein…

 

 

 

 

003PteDuRaz

 

 

 

 

 

…et, au Sud, par la Pointe de Penmarc'h.

 

 

 

 

 

004PtePenmarch

 

 


 

Sur ce littoral, l'estuaire du Goyen constitue le seul véritable havre naturel. L'abri formé par le premier méandre de l'estuaire du Goyen est en mesure d'offrir un refuge aux navires basés à Audierne ou y relâchant.

 

 


 

 

005portAudierne1

 

 

 

 

 

 

Au Haut Moyen-âge débarquent les Bretons d’Angleterre : en témoignent encore les "plou" ou "plo" et les "tré" si nombreux dans les toponymes actuels de Bretagne.

Au XIème siècle, un terme nouveau se répand en Bretagne : le "Ker" ou "Kar" venus du Gallois "Kaer", la forteresse. Il désigne une petite agglomération.

 

 

 

 

006Goyen1

 

 

 

 

 

A la même époque, un prénom féminin fait un véritable succès : Hodierna, nom primitif d'Audierne. En l’an 1050, la première abbesse de Locmaria (quartier de Quimper) porte le nom d’ Hodiern.

 

 

 

 

007kas

 

 

 

 

 

Le terme "Kaer Hodiern" apparaît par écrit à Esquibien en 1294.

Dans les cartes marines du cartographe Génois Pétrus Vesconte de 1321, on relève le nom d'"Odierna". Sur une carte hollandaise de 1580 on peut lire :"Odjern".

Jean Baptiste Ogée (ingénieur géographe à Nantes, 1728 - 1789) donne pour étymologie d'Audierne, Aod thiern, "grève du thiern ou du prince".

 

 

 

 

 

 

008 2Cordages008poulie

 

 

 

 

 

 

Audierne doit son origine au port établi à l’entrée de la rivière appelée Goyen.
La plus ancienne pièce trouvée parlant d'Audierne est fournie par Pierre-Hyacinthe Morice de Beaubois dit dom Morice (bénédictin, auteur d'une histoire de Bretagne – 1693 - 1750 -), au sujet d'une enquête faite en 1410 sur "les droits de coutume ou d'imposition du port de Goezian que aulcuns appellent Odierne"

 

 

 

009Goyen3

 

 

 

 

 

A propos d'Audierne, on rencontre donc les appellations suivantes : Odierna (en 1313 et en 1339), port de Goezian (1410-1411), Trefgoazien (en 1507), Treffgoazien (au XVIIème siècle).

 

 

 

 

010PortAudierne2

 

 

 

 

 

Au XIVème siècle, les bateaux ne s’aventurent pas au-delà des Pays-Bas au Nord, et de la Galice au Sud. A l’aller, le sel occupe la majeure partie des cargaisons, tandis qu’au retour arrivent textiles et céréales, et surtout le vin.

 

 

 

 

 

011PortAudierne3

 

 

 

 

Les XVème et XVIème siècles furent une période de prospérité extraordinaire, grâce au développement des pêcheries et sècheries. Des navires marchands quittaient Audierne avec du poisson et ramenaient divers produits (vin, tissus, épices, bois…).

Les "pilotes" d’Audierne étaient alors réputés pour leurs connaissances maritimes ; ils furent parmi les premiers pionniers à découvrir les bancs de morues à Terre-Neuve (où on trouve une île d’Audierne anglicisée en Oderin).

 

 

 

 

012PortAudierne4

 

 

 

 

 

Au XVIème le port d’Audierne et celui de Penmarc'h étaient alors les deux principaux ports de commerce bretons.

Les nations voisines affrétaient les navires bretons pour assurer leurs propres transports. Un quasi monopole breton commence : on relève à Arnemuiden aux Pays-Bas, en 1499,  80 % de navires bretons (180 unités), et en 1521, 426 bateaux représentant 74 % des entrées. En 1533/34, on en dénombre toujours 815 navires bretons sur 995 entrées, soit 81%.

 

 

 

 

 

013portAudierne5

 

 

 

 

 

Tous ces navires sont équipés de voiles faites en Bretagne, plus exactement en Cornouaille, dans le Sud Ouest du Finistère. Et la petite ville qui les fabrique se nomme Locronan, près de Douarnenez. Voici ce qu'écrit Irène Frain dans son livre "Quand les Bretons peuplaient les mers " :

"La Cornouaille est le paradis du lin. On réclame de partout les toiles de Locronan. Elles sont devenues si célèbres qu'on les appelle du village du nom où on les produit, ou du port d'où on les expédie. Les Zélandais, qui en importent des cargaisons entières, finissent même par oublier que Pouldavid (ancien port de Douarnenez) est le port Breton d'où partent les voiles de Locronan, et appellent toute voile un "poldavy". Les écus pleuvent à Locronan".

 

 

 

014BateauCapSizu

 

 

 

 

 

Cette période dura jusqu’aux désordres de la Ligue (guerres de religion). A cette époque, La Fontenelle, brigand de grand chemin et opportuniste politique, pille la région. Les industries ferment leurs portes et ne les rouvrent qu’après la signature de l’Edit de Nantes en 1598.

Les commerçants, armateurs et maîtres de barque, retrouvent alors leur richesse d’antan. Une grande partie des monuments, églises, maisons de maîtres de barque, des armateurs, des négociants date de cette période.

 

 



015MaisonAudierne1

 

 

 


 

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Au XVIIème siècle, très riches, ils font sculpter des bateaux sur les façades des églises pour rappeler que l'église a pu être construite par leurs dons. On dit aussi que ces navires avaient pour objectif d'accorder la bienveillance de Dieu aux armateurs et d'assurer des pêches fructueuses. On peut en voir sur les façades de l'église St Nonna de Penmarc'h et sur celles de St Raymond d'Audierne :

 

 

 

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L'église de saint Raymond d'Audierne (XVIème/XVIIème siècle) fut construite sur les douves d'un ancien château grâce en partie aux dons des maîtres de barques :

"Les maîtres de barques et de navires naviguant par mer de ce lieu et environs, au retour de chaque voyage, remettaient un don de bonne traversée. Ce don était le plus souvent de 10 livres tournois".

 

 

 

 

 

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Deux bateaux sont sculptés sur la façade Sud, et un au-dessus du porche Ouest de l’église : un bâtiment à hune, une barque de pêcheurs et un langoustier.

 

 

 

 021StRaymond4023StRaymond6

 

 

 

 

 

022StRaymond5

 

 

 

 


 


A la fin du XVIIIème siècle, le port d'Audierne est décrit en ruine par plusieurs témoins. De 2 300 habitants au XVIIème siècle, Audierne ne compte plus que 1 080 habitants en 1790. La concurrence des grandes compagnies maritimes anglaises et hollandaises et les incessantes guerres de la monarchie française depuis la fin du XVIIème siècle ont miné l'activité de cabotage des marins audiernais.

 





024CarcasseBateau



 

 

Sous la Révolution, le 16 thermidor an VII, la Direction Générale des Ponts et Chaussées approuve le projet d’ensemble d’aménagement du Port. En un demi-siècle, 798 mètres de quais et cinq cales sont construits. Le vieux môle, long de 990 mètres est opérationnel depuis 1766.

 

 

 

 

025PortAudierne6

 

 

 

 

 

Audierne demeure une trève d'Esquibien jusqu’en 1801, date du Concordat qui marque aussi la création de la paroisse. En 1804, on y comptait 1 017 habitants.

 

L’invention de Nicolas Appert en 1804 concernant la méthode de conservation des substances alimentaires par chauffage, favorise les conserveries et le renouveau de la ville. On y comptera jusqu'à 18 usines.

   

La construction du môle du Raoulic, de 1847 à 1852, fixe la position du chenal, jusqu’alors incertaine. Audierne revît autour de son port. La ville est alors à son apogée : 4706 habitants en 1906.

 

 

 

 

026Raoullic1

 

 

 

 

 

 

Nouveau déclin à partir de 1930 du à la concentration des usines de conserve de sardines.

 

 

Une autre pêche (langoustes et crustacés) prend, à la fin du XIXème siècle, une importance considérable. Grâce à la mise au point de nouvelles techniques de pêche (casiers) et de conservation (viviers : dans les navires et à terre), la commercialisation se développe rapidement. Jusqu’aux années 1960, Audierne sera, avec Camaret, l’un des deux plus grands ports langoustiers français.

 

 

 

 

 

027BateauCapSizun2

 

 

 

 

 

 

Aujourd'hui au port de pêche qui compte encore une cinquantaine de bateaux, partagés entre fileyeurs et ligneurs, s'ajoute le port de plaisance :

 

 

 

 

 

 

Aud020

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

028Fileyeur

 

 

 

 

 

Tous les jours, les 4 ou 5 hommes d'équipage d'un fileyeur calent leurs filets sur les fonds de la mer d'Iroise et les relèvent chaque nuit. Leurs prises sont constituées de lottes, de barbues, de saint-pierre, de turbots, mais aussi de homards et de langoustes.

 

 

 

029Ligneurs1

 

 

 

 

 

Petites et puissantes embarcations, les ligneurs sont l'outil d'une pêche sportive, technique et dangereuse.

 

 

 

 

 

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Une main sur la ligne, l'autre sur la manette des gaz et l'œil à l'affût des paquets de mer et des déferlantes, le pêcheur travaille dans le Raz et la chaussée de Sein au milieu des forts courants, de brisants et d'écueils innombrables.

 

 

 

 

031PtDuRaz

 

 

 

 

 

Les poissons ainsi pêchés sont différenciés du poisson d'élevage par un étiquetage "bar, dorade ou lieu de ligne".

 

 

 

032Etiquettes

 

 

 

 

 

033LieuJaune

 

 

 

 

Au dos de ces étiquettes, un numéro vous renseignera sur le lieu de pêche, sur le nom du pêcheur et de son bateau et sur la façon dont le poisson a été pêché.

Pour information, le poisson en photo ci-dessus est un lieu jaune dont l'estampille porte au dos le numéro :


L 00655

 

 

Toutes les informations (et recettes pour le cuisiner) sur le site suivant où vous pourrez taper ce numéro (n'attendez pas trop longtemps).

 

 

 

http://www.pointe-de-bretagne.fr/

 

 

 

 

Ci-dessous, le "terrain de jeux" des ligneurs :

 

 

 

 

 

034PhareLaVieille

 

 

 

 

Sources :

 

 

Irène Frain : Quand les Bretons peuplaient les mers.

 

 

http://www.infobretagne.com/audierne.htm

 

http://www.audierne.info/

 

http://www.capsizun.com/

 

Site officiel de la Mairie d'Audierne : http://www.audierne.fr/

 

Office du tourisme : http://www.audierne-tourisme.com/

 

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Lundi 1 février 2010 1 01 /02 /2010 10:31

Oiapoqué, 20 282 habitants, est une ville de l'Etat d'Amapa dont la capitale est Macapa. C'est un des états les plus pauvres du Brésil. Le ton est donné lorsqu'on arrive à Oiapoqué : bien qu'elle compte plus de 20 000 habitants, seule la rue menant au fleuve vient d'être récemment goudronnée. Toutes les autres rues sont en terre battue.

 

 

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Le drapeau brésilien a un grand losange jaune sur un fond vert. Le vert représente les champs fertiles et les forêts du Brésil. Le jaune représente sa richesse en or. Au centre du losange, se trouve une sphère bleue qui symbolise le ciel bleu marin qu'on retrouve d'habitude dans les régions tropicales du globe terrestre.

 

 

DrapeauBrésilien

 

 

Dans ce ciel, on retrouve 27 étoiles qui représentent la capitale du pays et les 26 États fédérés. Au milieu de la sphère, il y a une bannière blanche avec l'inscription « Ordem e Progresso », qui signifie « ordre et progrès ». La disposition des étoiles du drapeau reflète celle du ciel de Rio de Janeiro le 15 novembre 1889 à 20h30, date de l'inauguration de la République. (Source : Wikipédia)

 


 

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Oiapoqué est, depuis le Brésil, la ville d'entrée dans le territoire guyanais.

Cette ville-frontière brésilienne vit du trafic de l'or. Depuis le début des années 1990 et la nouvelle ruée vers l'or en Guyane, des milliers de garimpeiros (chercheurs d'or) sont passés par Oiapoqué, au nord de l'Etat brésilien d'Amapa, qui partage une frontière avec la Guyane sur sept cents kilomètres (voir carte, article précédent). En vingt ans, la population de la ville frontière a triplé.

 

 

 


 

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Au bord du fleuve, à Oiapoqué, des comptoirs achètent l'or extrait - illégalement ou non - dans la forêt guyanaise. L'or est déclaré auprès des cinq comptoirs d'Oiapoqué autorisés par la banque centrale du Brésil. A partir de là, la marchandise devient officielle.

 

 

 


 

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Sur les documents fournis par les comptoirs, l'origine de l'or déclaré est "Oiapoque", une commune où, pourtant, il n'y a pas d'orpaillage. Au passage, l'Etat fédéral prélève une taxe de 1 %.

 

 

 

 

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Pratiquement tout l'équipement pour les chantiers clandestins part d'Oiapoqué. La majorité du matériel franchit la frontière sans documents officiels en toute illégalité.

 

 

 


 

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D'après le WWF, "Les quantités d'or vendues à Oiapoque peuvent être multipliées par deux ou trois si l'on tient compte de l'or non déclaré. Il peut donc y avoir chaque année entre 2 et 6 tonnes d'or produites en Guyane, et exportées illégalement vers le Brésil, où elles sont blanchies".

 

 


 

 

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Lors de la visite officielle de Nicolas Sarkozy à Brasilia, le 7 septembre, la question de l'orpaillage clandestin n'a pas été abordée publiquement. Un accord de lutte conjointe sur l'Oyapock a été signé, en décembre 2008, à Rio de Janeiro, par les présidents Français et Brésilien, mais il n'a toujours pas été ratifié par les parlements.

 

 

 


 

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Outre les profits rapportés par l'or, les nombreux touristes guyanais boostent aussi l'activité commerciale de la ville. Attirés par cette ville frontalière réputée offrir de meilleurs prix qu'en Guyane, (notamment pour les alcools, le tabac, la viande brésilienne), ils y passent généralement une journée et une nuit, histoire de se mettre dans l'ambiance brésilienne. Par exemple, dans les restaurants, après s'être servi en garnitures et viandes grillées, on pèse l'assiette pour en déterminer le prix.

 

 

 


 

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La plupart des magasins acceptent les paiements en euro et les vendeurs parlent français. Au cas où vous voudriez payer en réals, le change se fait dans la rue. Au débarcadère des pirogues, vous serez abordés par des personnes vous proposant des réals. Les taux proposés sont corrects.

 

 

 

 

 

 

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Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /2010 10:16

La ville (3 419 habitants en 2006) est située à 60 kilomètres de l'embouchure, sur la rive gauche de l'Oyapock, qui constitue la frontière avec le Brésil.  L'Oyapock, 370 km, prend sa source au Brésil, État d'Amapá, au Nord des Monts Tumuc-Humac. La ville brésilienne la plus proche est Oiapoqué sur l'autre rive, à une quinzaine de minutes en pirogue.

 



CartGuyane04



 

 

 

 

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Le nom de la commune provient d'une part de la présence de l'Oyapock, et d'autre part d'une référence à la construction de l'église. Lors du creusement des fondations par des bagnards, ceux-ci découvrirent une pièce de monnaie hollandaise représentant Saint Georges.

 

 

 


 

Oyapock003

 

 

 

 

Actuellement en réfection, la route de Régina à Saint Georges est jalonnée de loin en loin par des carcasses de voitures calcinées : voitures volées par les orpailleurs clandestins, abandonnées sur le bas-côté de la route et brûlées.

Il est d'ailleurs recommandé de ne pas parcourir la route de Régina à St Georges de nuit : de nombreux cas de braquages de véhicules sont  signalés la nuit ou au petit matin. Evitez d'y prendre des auto-stoppeurs, et de s'y arrêter sans raison impérieuse. Et surtout, ne tombez pas en panne la nuit sur cette route, personne ne s'arrêtera pour vous aider.

A Saint Georges, des parkings privés surveillés ont été mis en place par des particuliers (10 € la nuit; tarifs dégressifs pour longs séjours).

 

 



Oyapock004

 

 

 

 

 

Pourquoi se rendre à Saint Georges ? Tout simplement parce que c'est la ville frontière avec le Brésil. Après une petite promenade d'une quinzaine de minutes en pirogue, pour un montant de 4 €, vous débarquerez à Oiapoqué, dans l'état d'Amapa, l'un des 26 états du Brésil.

 

 



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En cours, la construction d'un pont qui doit relier d'ici 2010 les rives française et brésilienne du fleuve entre les communes de Saint-Georges de l'Oyapock, côté français, et Oiapoqué dans l'état d'Amapa, coté brésilien.

 

 

 

 

Oyapock007

 

 

 

 

 

Le projet de construction de ce pont routier sur le fleuve Oyapock est lancé lors d'une rencontre entre les deux chefs d'Etat, les présidents Jacques Chirac et Fernando Henrique Cardoso.

Le projet est concrétisé par la signature d'un accord par les présidents Chirac et Lula da Silva. Cette nouvelle voie de communication sera financée à part égale par la France et le Brésil.

 

 



Oyapock008





 

Mais cette frontière, sur l'Oyapock, fut longtemps contestée et seulement fixée définitivement en 1900 : les Français revendiquaient en effet la souveraineté sur le territoire entre Oyapock et Amazone. Un morceau d'Histoire de France très peu connue.

 

 

 

 

 

Oyapock009

 

 

 

 

 

 

Louis XIV décida que l'Amazone devait lui appartenir. En 1713, le traité d'Utrecht, qui mettait fin à la guerre de succession d'Espagne, établissait la limite officielle entre les possessions françaises et portugaises  sur  le fleuve "Japoc". Il reconnaissait la souveraineté portugaise sur le Cap Nord en interdisant l'entrée de l'Amazone aux navires venant de Guyane Française.

 

 



 

Oyapock010

 

 

 

 

 

 

Le problème est que ce fleuve “Japoc” ne fut pas localisé avec précision. Pour les Portugais, c'était l'Oyapock, pour d'évidentes raisons phonétiques et parce que la possession du Cap Nord leur était reconnue. Pour les Français c'était l'Araguari, un fleuve se jetant au nord de l'estuaire de l'Amazone.

 

 



Amapa2

 




Oyapock011


 

 

Quand le Régent du Portugal se réfugia au Brésil pour fuir son pays envahi par les troupes napoléoniennes, il fit occuper, de 1809 à 1817, la Guyane française par les troupes portugaises.

 

 



 

Oyapock012

 

 


 

Après la chute de Napoléon Ier les Portugais consentirent, lors du Traité de Vienne de 1815, à restituer la Guyane aux Français à condition que l'Oyapock fût reconnu comme la frontière qui avait été définie à Utrecht.

 

 

 

 

Oyapock013

 

 

 


 

Cependant ce contesté Franco-Brésilien continua. En 1886, La République indépendante de Guyane fut crée par les habitants de Counani, sous la direction du haut fonctionnaire Jules Gros, avec quelques aventuriers français et des esclaves fugitifs, sur une immense zone contestée de 350 000 km² entre la France et le Brésil. Cette république se serait mise sous la protection de la France. Mais elle ne fut reconnue ni par la France, ni par le Brésil. Elle disparut au bout d'un an.

 

 


 

 

Oyapock014

 

 

 

 


 

En 1900, la France accepta la proposition brésilienne d'un arbitrage suisse pour régler définitivement le problème du territoire contesté. L'arbitrage rendu par la Suisse est défavorable à la France. En effet, le territoire brésilien se trouve augmenté d'un coup de près de 260.000 km2. Le baron de Rio Branco, ministre plénipotentiaire choisi par le gouvernement brésilien pour le représenter, avait soigneusement préparé son dossier.

 

 

 


 

Oyapock015

 

 

 

 


 

Si la frontière sur l'Oyapock ne fait plus de doute, les multiples sauts, méandres et îlets sur la rivière compliquent sa désignation précise, qui est sensée se situer à égale distance des deux rives. Mais les Guyanais redoutent la colonisation pacifique par l'immigration clandestine.

 

 





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Les communautés Amérindiennes vivant sur l'Oyapock, acceptent difficilement les réalités de la frontière et leurs contraintes : certains sont Français, d'autres Brésiliens. Demeurant prioritairement au sein de leur groupe ethnique d'origine, ils vivent indifféremment sur la rive droite ou la rive gauche du fleuve. (C'est un problème que l'on retrouve également sur l'autre fleuve frontière, le Maroni).

 

 


 

Oyapock017




 

Du côté français, ils sont bénéficiaires de la protection sociale (revenu minimum d'insertion, allocations familiales…), qui leur est versée s'ils envoient leurs enfants à l'école.

 

 

Sources sur les territoires contestés :

 

Stéphane GRANGER

Professeur d'histoire - géographie - collège Eugène Nonnon – Cayenne

 

Et :

 

http://www.terresdeguyane.fr/index2.asp

 

 

 

Oyapock018

 

 

 

 

 

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Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /2010 09:52

La première rencontre avec des êtres animés, après environ une heure de navigation sur l'Approuague, c'est cette pirogue pleine de légionnaires. Un camp d'entraînement de la Légion, le CEFE du 3è REI (Régiment Etranger d'Infanterie), est établi en bordure de l'Approuague.

 

 

 

 

01Légionnaires

 

 

 

 

 

Son objectif est de former les militaires aptes à se déplacer, à vivre et survivre en jungle, et à commander des hommes dans la conduite d'actions de combat de haute intensité. C'est un des stages les plus difficiles car il se déroule intégralement en forêt pendant toute sa durée. Il est ouvert à toutes les armées du monde.

 

 

 

 

02Légionnaires

 

 

 

 

 

 

 

 

03Légionnaires

 

 

 

 

D'autres rencontres sont un peu plus surprenantes pour qui vient de la métropole. Au détour d'un coude du fleuve, au passage d'un saut, une pirogue semblait être en difficulté. Prendre quelques photos en cet instant devient un réflexe. Mais lorsque les piroguiers en difficulté  ont aperçu les appareils photos, ils sont devenus très menaçants. On a vite compris qu'il fallait ranger les appareils, si on ne voulait pas qu'ils s'en prennent à notre pirogue. Vu le contexte, certaines photos sont un peu floues ou mal cadrées.

 



04Approuague




 

 

Explications : C’est en juillet 1855 qu’un Amérindien d’origine brésilienne, Paoline, découvrit une quantité importante d’or dans la région de l’Approuague. C'est à ce moment qu'une fièvre de l'or, comparable à celle de Californie, déferla sur la région de l'Approuague. Pour pénétrer à l'intérieur de la Guyane, les pirogues d'orpailleurs illégaux venus du Brésil, passent par la mer et remontent le fleuve.

 

 

 

 

05Approuague

 

 

 

 

 

Longues d'une vingtaines de mètres, elles peuvent transporter jusqu'à 15 tonnes de matériel : vivres, bidons d'essence, moteur pour les pompes d'extraction… Les exploitations illégales des sites d'orpaillage sont la source d’un énorme trafic de carburant, de nourriture, de matériel en tout genre et d’humains entre le Brésil et la Guyane française. De plus, les Amérindiens, les habitants au bord du fleuve et les responsables des camps touristiques, se plaignent de l’insécurité et des vols réguliers de pirogues et moteurs.

 

 

 

 

06Approuague

 

 

 

 

 

Les activités sur les sites d'orpaillage et le trafic sur le fleuve engendrent l’exploitation de mains d’œuvre travaillant dans des conditions misérables, exposés à la violence (règlements de compte, prostitution…) et à la maladie (dengue, paludisme, fièvre jaune, leishmaniose, sida).

 

 

 

 

07Approuague

 

 

 

 

 

Quant à l'utilisation du mercure (qui sert à amalgamer l'or), un simple alambic permettrait d'en récupérer une grande partie pour le réutiliser. Dans le cas de l'orpaillage illégal, l'opération se fait au chalumeau et à l'air libre. Les vapeurs de mercure sont alors inhalées par les orpailleurs et surtout libérées dans l'environnement proche. Les chercheurs d'or utilisent 1,3 kg de mercure pour produire 1 kg d'or. Au moins 10 tonnes de mercure sont rejetées chaque année dans l'environnement. Les orpailleurs brésiliens, employés dans des conditions proches de l'esclavage, sont les premières victimes des vapeurs de mercure.

 

 

 

 

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L'interdiction par arrêté préfectoral (8 juin 2004) de l'utilisation du mercure à partir de 2006 ne résout qu'une partie du problème : selon les experts, toute érosion des sols à travers l'activité minière, les routes, les barrages, favorise la remise en suspension du mercure piégé dans les sols et sa transformation dans la forme la plus toxique : le méthylmercure.

 

 

 

 

 

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Mais c'est aussi une destruction organisée de la forêt guyanaise :

 

- Par  une déforestation qui résulte du remaniement des sols, par l’utilisation du mercure et le lessivage de la terre  qui entraîne vers les fleuves tous les produits toxiques utilisés (mercure, cyanure). De 2000 à 2005, les déboisements des orpailleurs sont passés de 4.000 à près de 11.500 hectares.

 

- Par la trop grande pratique de la chasse pour approvisionner ces communautés d’humains.

 

- La faune aquatique aussi est touchée : absorbé par les poissons, le mercure se retrouve dans les assiettes des habitants du fleuve, et déjà de nombreuses intoxications au mercure ont été décelées. Oublié aussi que l'eau de nombreuses rivières de Guyane est utilisée par les Amérindiens et autres habitants des forêts comme eau potable, pour la toilette, le lavage et la cuisson des aliments.

 

 

 

 

 

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  Pirogue de clandestins surgargée passant difficilement le saut

 

 

 

 

 

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La production déclarée par les orpailleurs légaux est de 2,693 tonnes déclarées en 2006 soit environ 0,1 % de la production mondiale.  Officiellement, 149 permis d'exploitation sont en cours.

 

S'agissant de la quantité illégalement extraite, les estimations les plus réalistes donnent un chiffre entre sept et dix tonnes. Elle est exfiltrée vers les comptoirs frontaliers du Brésil principalement et du Surinam. En 2003, 3,2 tonnes d'or ont été déclarées à la Direction régionale de l'industrie mais 6 tonnes ont été exportées, selon les douanes.

 

A l’heure actuelle, l’or produit illégalement en Guyane peut aisément intégrer la filière française légale avant l’expédition vers la métropole. Ainsi, entre 2000 et 2008, plus de 22 tonnes d’or exportées de Guyane avaient une origine douteuse.

 

 

 

 

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Que fait l'Etat diriez-vous ? Deux séries d'opérations ont été montées :

l'opération Anaconda et l'opération Harpie.

 

En 2005, le bilan des opérations Anaconda est le suivant :

107 opérations (22 en 2002, 37 en 2003 et 73 en 2004),

1252 étrangers en situation irrégulière interpellés, destruction de 300 motos-pompes, 80 groupes électrogènes, 130 pirogues et 30 véhicules.

 

 


 

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Le dispositif « Harpie 2 », appelé aussi « Harpie renforcé » a été mis en place à la mi-avril 2009, avec 450 hommes venus en renfort (120 gendarmes et 330 militaires), qui se sont ajoutés aux 500 hommes déjà engagés dans la lutte contre l’orpaillage clandestin.

 

 

 


 

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Le bilan officiel de « Harpie 2 » fait état de 284 opérations menées (avril-octobre) au cours desquelles ont été détruits ou saisis 153 pirogues et 118 quads, 2400 carbets, 187 tonnes de nourriture, 137 mille litres de carburants, 70 kg de mercure et 5 kg d’or. Par ailleurs, 1.432 clandestins ont été appréhendés.

 

Voir le site du ministère de la défense sur la lutte contre l'orpaillage clandestin  :


 http://www.defense.gouv.fr/defense/webtv/les_operations/lutte_contre_l_orpaillage_en_guyane

 

 


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Mais actuellement, l'opération Harpie est mise en veille pour ménager la susceptibilité du gouvernement Brésilien.

 

Sur une chronique de Gérard Police concernant l'opération Harpie :

 

www.blada.com/chroniques/2008/3457-Les_causes_de_la_consequence_pourquoi_Harpie_est_remise_en_cage.htm

 

 

 

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Malgré le courage des militaires engagés dans ces opérations et le peu de moyens qui leur sont donnés, ces opérations ne répondent pas à la situation. Au total 700 gendarmes, et un seul hélicoptère, pour surveiller 730 km de frontière avec le Brésil, 520 km avec le Surinam, et 95% de forêt inaccessible par la route, bref, un territoire grand comme le Portugal.

 

Les militaires (les légionnaires) ne disposent d'aucun pouvoir de police et n'ont pas le droit, selon la loi, d'intervenir. Seulement de "renseigner".

 

 

 

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Pourtant, ces opérations ne sont pas sans risque, comme le témoigne le document ci-dessous (source blada.com, le marron -Petit Journal de Kourou- rubrique "Chroniques") :

 

 

Requiem pour un adjudant


par Michel Redon


Substitut du procureur de la République en Guyane jusqu'en janvier 2005
et notamment chargé des opérations Anaconda

 

 

"Quelque part en Guyane, sur la Mana à Saut-Sabbat, un coin que je connais bien, un adjudant de la gendarmerie nationale est mort noyé après avoir été précipité à l’eau par l’homme qu’il venait d’arrêter… un gendarme, père de famille, arrivé en Guyane depuis peu, quelques mois à peine après que j’eus moi-même quitté ce département si lointain de la France d’Amérique du Sud.

 

Un homme que je ne connaissais pas. Il était en opération de police judiciaire, comme nous en ordonnons chaque jour, en lutte contre l’orpaillage clandestin qui détruit et ruine cette partie de la forêt amazonienne dont la République a la charge. A peine un article d’un correspondant local dans un grand quotidien du soir, et pratiquement rien d’autre… Pas de une dans les journaux télévisés, rien dans la plupart des autres quotidiens français, ni de déclaration officielle. Il était pourtant en service. Depuis trois jours je scrute la presse sur le net : rien. Une mort sans importance, inaperçue. Je reçois quelques messages, on sait mon attachement à la Guyane, la nouvelle court de mail en mail et tous me disent leur solidarité et leur colère, voire leur écœurement.

 

 

 

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On venait il y a peu de métropole voir les opérations Anaconda et nos gendarmes sur le terrain dans la forêt vierge et la boue, tenter d’éradiquer l’orpaillage illégal, la prostitution et les règlements de comptes. Il y avait souvent avec eux le substitut du procureur de Cayenne que j’étais jusqu’il y a quelques mois. Je savais pour les avoir partagés, que ces moments d’action étaient parfois placés sous le signe du risque maximum. Pirogues de gendarmerie éperonnées, tirs sur notre hélicoptère, menaces de mort… Ils faisaient malgré tout leur boulot, parce que c’était leur devoir et qu’ils croyaient que c’était pour le bien de la justice dans un pays qu’ils aimaient. D’un pays et d’un peuple que nous aimons même après les avoir quittés. Rien de ce qui est guyanais ne peut plus nous être indifférent. Et surtout pas la mort injuste d’un combattant de la loi.

 

L’Anaconda est en deuil".

Michel REDON

Janvier 2006

 

 

 

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Pour une vision plus "moderne" de cet article, vous accédez à une vidéo édifiante faite par le WWF en cliquant sur leur logo ci-dessous :

 

 

 

WWF
 

 

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Par Jean Yves - Publié dans : Guyane - Communauté : images du monde
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Lundi 11 janvier 2010 1 11 /01 /2010 10:53

En partant de Régina, après une navigation d'environ une heure trente, on arrive en vue du Campement Athanase. Plusieurs "carbets bungalows" avec vue sur le fleuve, vous accueillent. Pas de salle d'eau "privative" : ils ne servent que pour passer une bonne nuit, bercé par les bruissements de la forêt et le chant du fleuve. Au choix, vous pourrez y dormir dans un hamac ou dans un lit. Plus loin, un carbet-dortoir où sont attachés une quinzaine de hamacs.

 

 

 

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 Régina : la rue principale

 



Un bloc sanitaire, rare en forêt, et d'une extrême propreté, est construit à l'écart des bungalows. Le tout est complété par un carbet qui fait office de salle de rencontre et d'un autre ensemble comprenant la salle à manger et la cuisine. A conseiller pour une première approche de "l'enfer vert" de la Guyane : on est encore proche de la civilisation avec électricité et eau courante. Ci-dessous, les photos du Camp accompagnées d'une légende amazonienne.

 



 

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Makali et l'Anaconda

 

 

De nombreuses légendes des Indiens Wayanas mettent en scène l'anaconda, considéré comme un animal sacré, l'ancêtre de tous les hommes.

 

Une fille nommée Makali venait d'entrer dans l'âge adulte. Ses parents décidèrent de lui faire passer l'épreuve du maraké (épreuve initiatique du passage de l'enfance à l'adolescence chez les Indiens Wayanas).

‑ Cette épreuve est la plus importante de la vie d'une jeune fille Wayana, lui dit sa mère. Tu devras subir la piqûre des fourmis ilaks (fourmi flamme à la piqûre très douloureuse),  puis tu resteras enfermée pendant cinq jours sans boire ni manger.

 

 

 

 

 

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Makali avait déjà assisté à l'épreuve. Elle avait lu la souffrance sur le visage de ses aînées, quand les crochets et les dards des fourmis lacèrent la peau. Elle les avait vues s'évanouir à cause des piqûres cuisantes. Elle se souvenait d'Akaïwaïpin, qui ne s'était réveillée qu'après quatre jours de fièvre...

Malgré cela, elle avait hâte que le jour du maraké arrive, à cause des danses, des fêtes, des jeux et des cérémonies qui l'accompagnaient.

 

 

 

 

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La veille de l'épreuve, sa mère lui coupa les cheveux. Le village dansa toute la nuit. Makali eut un sommeil agité. Dans ses rêves, un gigantesque anaconda entrait sous son carbet et se glissait dans son hamac. Ce cauchemar se répéta trois fois dans la nuit, la réveillant en sursaut.

À l'aube, son grand-père entonna un chant kalau :

‑ Kayayamanané !

 

 

 

 

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 Le carbet "dortoir"

 

 

Makali frissonna, l'épreuve allait commencer. Elle se dirigea vers la place de la cérémonie. Sa grand-mère lui enleva ses colliers de perles et de dents. Elle l'encouragea d'une parole gentille. Puis le chef du village appliqua contre sa peau la veste kunana dans les mailles de laquelle se trouvait emprisonnée une cinquantaine de fourmis ilaks.

La douleur immédiate fut insupportable, mais Malaki ne broncha pas.

Le soir même, la jeune fille s'isola dans son carbet, où elle devait rester cinq jours sans boire ni manger.

 

 

 

 

 

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Carbets individuels. Au fond, salle à manger et cuisine.

 

 

 

Vers le milieu de la nuit, une ombre gigantesque se faufila sous le toit de palmes. Une voix douce la réveilla :

‑ Qui es-tu ? demanda Malaki effrayée.

‑ N'aie pas peur, Malaki. Je viens du village voisin et je vais te réconforter.

Dans la pénombre, Malaki entrevit un garçon d'une très grande beauté. De toute sa personne rayonnait un charme sans pareil. Elle posa la main sur son cœur pour en contenir l'affolement.

‑ Je peux rester avec toi ? lui demanda le garçon.

 

 

Ils passèrent donc la nuit ensemble.

 

 

 

 

 

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 Le carbet "bar-salle de réunion"

 


 

À l'aube, le père de Malaki s'approcha du carbet de sa fille. Il lui demanda :

‑ J'ai entendu des voix, cette nuit. Tu n'étais pas seule, sous ton carbet ?

‑ Tu te trompes, j'étais bien seule, lui rétorqua Malaki d'une voix tremblante.

‑ Tu en es sûre ? Insista son père.

‑ Tu as peut-être entendu le bruit des tatous qui grattent la terre près de la rivière.

Le père tourna les talons, mais il n'était pas dupe !

 

 

 

 

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La nuit suivante, Malaki reçut de nouveau la visite du garçon.

À l'aube, ses parents se présentèrent à l'entrée de son carbet.

‑ Dis-moi avec qui tu as passé la nuit, se fâcha son père.

Makali ne put mentir plus longtemps :

‑ C'est un garçon du village voisin...

‑ Comment s'appelle-t-il ? lui demanda sa mère.

‑ Il ne m'a pas dit son nom.

 

 

 

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Le bloc sanitaires

 

 

 


Au coucher du soleil, voulant en apprendre plus long sur ce garçon effronté, les parents de Makali s'installèrent près du carbet de leur fille.

Au milieu de la nuit, un gigantesque anaconda sortit de la forêt et se dirigea lentement vers le carbet. Sous le regard ébahi des parents, il glissa ses anneaux dans le hamac de Makali.

 

 

 

 

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 Carbet individuel au bord du fleuve

 

 


Le père de la jeune fille comprit aussitôt ce qui s'était passé. L'anaconda possède la magie, et pour tromper leur fille, il s'était transformé à ses yeux en un charmant jeune homme.

Le reptile prit sa voix humaine :

‑ Tes parents ne se doutent de rien ?

 

 

 

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Makali n'eut pas le temps de lui répondre. Son père surgit, armé de son arc. Il cribla aussi sec le serpent de ses flèches.

Le ventre de Makali grossit au fil des mois. Un soir, elle donna naissance à une dizaine de petits anacondas. Puis elle mourut peu de temps après.

Craignant d'être tués par l'homme qui avait assassiné leur père, les serpenteaux s'enfoncèrent dans les eaux tumultueuses de la rivière.

On raconte que c'est depuis ce jour-là que l'homme et l'anaconda sont devenus des ennemis.

 

 

 

 

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Yves-Marie Clément

 

L'auteur est né en 1959 à Fécamp en Normandie. Après des études universitaires à Rouen, il devient enseignant et découvre le monde en compagnie de sa femme. Après l'Europe, l'Afrique, la Chine, c'est en Guyane française qu'ils décident de poser leurs valises en 1989. Il vient de rentrer en France métropolitaine où il s'est installé à Privas, en Ardèche.

 

 


 

Ciel d'orage sur l'Amazonie :

 

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Par Erwan - Publié dans : Guyane - Communauté : images du monde
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Lundi 4 janvier 2010 1 04 /01 /2010 09:46

Quatrième fleuve de Guyane par son importance (270 km de long), il prend sa source dans le Massif Central Guyanais au sud de Saül. Le point de départ de toute aventure sur le fleuve se situe à Regina.

 

 

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Régina : le bord du fleuve et son église.

 

 

 

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Comme tous les fleuves de Guyane, il est entrecoupé de rapides plus ou moins violents, plus ou moins hauts, que l'on appelle des "sauts". Chaque saut a son nom propre : Saut Athanase, Saut Grand Canori – le plus grand de Guyane avec ses 19 m de dénivelé -, Saut Grand Machicou - 5 grandes chutes et 10m de dénivelé -…

 

 

 

 

 

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Au passage de certains sauts, il faut décharger passagers et bagages, et contourner la difficulté en passant par la forêt. Ci-dessous, un saut vu du ciel sur le Haut Maroni : il barre toute la longueur du fleuve :

 

 

 

 

 

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Le passage des sauts est assez technique : pendant la saison sèche, les rochers cachés à quelques centimètres sous l'eau sont bien plus durs que l'hélice du moteur ; lors de la saison des pluies, le débit d'eau important génère un courant très violent qui peut conduire à la casse sur les rochers affleurants.

 

 

 

 

 

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Mais il faut avouer que les piroguiers possèdent un sens du pilotage hors du commun. A l'avant, le "takariste" (ou encore appelé "bossman"), armé d'une longue perche souple (appelée takari), a la charge de repérer les passages entre les rochers, d'indiquer par gestes précis la direction et la nature du danger. Avec sa perche, il doit également écarter la pirogue des roches dangereuses où elle pourrait se fracasser et couler. A l'arrière de la pirogue, le motoriste, toujours debout, a une main sur la manette des gaz et l'autre prête à relever le moteur dès qu'un rocher à fleur d'eau est signalé.

 

Ci-dessous, piroguiers sur le Maroni :

 

 


Maroni003

 

 

 

 

L'Approuague :

 


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Il faut être né près du fleuve (ou dans le fleuve) pour pouvoir se repérer dans ce dédale d'embranchements, de bras morts, de sauts à contourner, de criques à éviter.

Cette voie fluviale fut empruntée au siècle dernier par les aventuriers de l'eldorado.

 

 

 

 

 

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Les sauts constituent l’un des rares endroits où une importante végétation aquatique se développe, en particulier à la saison des pluies. La forte oxygénation de ces zones turbulentes favorise l’installation d’une famille particulière de plantes adaptée à ces conditions de courants forts : la salade kumaru. Pour de nombreux animaux, la présence de ces végétaux ménage des abris contre le courant mais aussi contre les prédateurs.

 

 

 

 

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Mais parfois, le fleuve se divise aussi en plusieurs bras entourant des îles couvertes de végétation laissant apparaître de petites plages.

 

 

 


 

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Le soir, dans ces bras du fleuve, on se laisse glisser avec un faible courant qui ne trouble pas la surface de l'eau. On passe dans cette saignée de la forêt vierge entre deux murailles vertes. Pas un souffle de vent, un silence de cathédrale, comme si la forêt retenait son souffle devant la présence d'intrus.

 

 


 

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Il arrive parfois qu'un serpent traverse ces bras du fleuve :

 

 

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Le silence de la forêt est seulement troublé de temps en temps par le chant de l'oiseau sentinelle, le paypayo.

 


 

paypayo

 

En cliquant sur l'image, vous serez dirigé sur un site où vous pourrez entendre son chant, comme si vous étiez sur le fleuve ci-dessous.

 

 

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Par Erwan - Publié dans : Guyane - Communauté : images du monde
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Lundi 28 décembre 2009 1 28 /12 /2009 14:43

Comme tous les ans à Noël, à la Pointe de Brézellec, juste au-dessus du petit port-abri, le village de Bethléem fait face à la mer. Le 25 décembre au matin, voici le panorama que découvre les yeux émerveillés de cet enfant qui vient de naître :

 

 

 

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Ce village et cette crèche a été réalisée avec beaucoup de patience par Monsieur Pennamen de Plogoff. Quelques photos accompagnées d'un conte breton du Jour de l'An de Pierre Jakez Hélias.

 

 

 

 

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LE JOUR DE L'AN DE JOB AR CHORD

 

Job ar Chord avait souvent été pris de court pendant sa vie de pauvre diable, mais jamais autant que cette année-là. Lui, sa femme et ses cinq enfants vivotaient sur une vache, deux cochons et trois champs. Ils n'étaient pas les plus mal lotis sur la palud. Mais voilà que la vache était morte sans crier gare à la fin de novembre. Elle avait dû vouloir se purger elle-même avec certaines herbes qui poussent autour des étangs d'eau saumâtre. Les vaches, vous savez...

 

 

 

 

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Il avait fallu vendre les deux cochons au galop pour payer quelques dettes ici et là. On ne fait plus crédit à quelqu'un qui n'a même plus de vache. Depuis, on vivait surtout de pommes de terre sèches et de bouillie d'avoine. Le jour de Noël, la mère était tombée malade sur son lit. La peau des enfants prenait la couleur du trognon de chou. Job était descendu avec eux sur la grève, à la recherche de coquillages maigres, comme faisaient ses premiers ancêtres. La mer était trop forte pour qu'il pût tenter la moindre pêche avec les pauvres engins qu'il avait.

 

 

 

 

 

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Pendant qu'il bêchait le sable et retournait les galets, le pauvre homme se rappela que son propre père avait cherché l'aumône à plusieurs reprises, au début de sa vie, quand la misère était trop forte sur la palud. Eh bien quoi ! Il n'y a pas de honte. L'aumône se paie d'un pater et c'est toujours bien payé. On ne doit plus rien à personne. Pendant la dernière nuit de l'an, Job ar Chord prit sa décision. Il irait mendier pour nourrir ses petits.

 

 


 

 

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Sans bruit, il sortit de son grabat et passa la porte. Les vents déchaînés balayaient la palud sans réussir à troubler aucunement la noirceur du ciel. Job prit la direction du Nord-Est, là où se trouvent les riches bourgs. Il ne voulait pas tendre la main dans sa paroisse s'il était possible de faire autrement. Comme il avait toujours eu le respect de lui-même et des autres, il avait revêtu ses meilleures braies et le chupenn de ses noces qui était aussi celui des noces de son père. On verrait bien qu'il était pauvre, et même pauvre-à-tuer, mais de bonne race.

 

 

 

 

 

 

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Il ne désirait pas faire pitié aux gens. Il leur expliquerait seulement ses malheurs du moment. S'il pouvait venir à bout, avec leur assistance, d'acheter une autre vache, il ne serait pas long à relever le dos. Les gens comprendraient.

 

 

 

 

 

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L'aube se levait à peine quand Job ar Chord atteignit les premières maisons d'un grand bourg. Dans son désert de la palud, il en avait entendu parler. On disait qu'il y avait là un notaire, un médecin et trois gendarmes, ce qui montrait bien que les gens avaient la bourse garnie. Job n'avait jamais eu affaire à aucune de ces grosses têtes et il espérait bien pouvoir se passer d'eux pendant toute sa vie. On disait aussi que les bourgeois de ce pays-là n'étaient pas des plus mauvais et que même certains d'entre eux pouvaient passer pour de bons chrétiens. Mais comment trouver les chrétiens en question parmi les moins mauvais des autres ?

 

 


 

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L'homme de la palud avala une gorgée de salive pour se donner du courage. Alors, il s'aperçut qu'il avait grand' faim et que ses genoux étaient faibles sous lui. Il lui fallait frapper tout de suite à une porte s'il ne voulait pas tomber sur la route. Il s'approcha d'une grande maison où il voyait de la lumière. Juste à ce moment éclatèrent des rires et des bruits de sabots pressés. Apparut une troupe d'enfants qui se précipitèrent à genoux sur le seuil et se mirent aussitôt à débiter leurs souhaits en chœur et d'une voix claire :

«Une bonne année aux gens de la maison, beaucoup d'avantages, une longue vie et le Paradis à la fin ».

 

 

 


 

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La porte s'ouvrit, une femme distribua des pièces de monnaie, on entendit merci sur tous les tons et les enfants coururent plus loin. Alors, la femme avisa Job, immobile à deux pas d'elle. « Bonne année à vous » parvint à dire l'homme. « Et autant pour vous, répondit-elle. Je ne vous connais pas, mais entrez donc puisque vous êtes là. Il y a du monde plein la maison, vous ne serez pas de trop ».

 

 


 

 

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Ils étaient quatre hommes, assis au bas bout de la table devant une bouteille d'eau de vie fraîchement débouchée pour le jour de l'An. Au haut bout, trois enfants avalaient leur soupe au café dans des écuelles brunes. Entre les petits et les grands, un pain de six livres et une motte de beurre sur son assiette. A la vue de tout cela, le pauvre Job crut s'évanouir. Il n'entendait que bonne année par toute la maison. On lui mit un verre en main, on lui versa une forte rasade d'eau de vie. A votre santé ! Il vit les verres se lever, il but le sien d'un seul coup, la tête perdue. Le breuvage lui brûla la gorge tout du long et lui mit le feu à l'estomac. Il eut encore le temps de voir tourner le pain et le beurre devant ses yeux avant d'entendre son front sonner sur la terre battue.

 

 


 

 

 

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Quand il revint à lui, péniblement, il était couché sous le bas bout de la table, tout du long de son corps. Des voix lui parvenaient de haut et de loin :

"Cet homme est ivre-mort ‑ Vous croyez ? Comment a-t-il fait de si bonne heure ? ‑ Tiens ! Il a dû passer toute la nuit en ribote ‑ C'est une honte ‑ Vous êtes trop bonne, Marie-Jeanne, offrir le coup du premier de l'an à un fumier pareil ! ‑ Je n'ai pas vu qu'il était pris de boisson, que voulez-vous ! Il avait bonne apparence ‑ Oui, mais regardez comme il est maigre. Il y en a qui enflent à force de boire, d'autres qui se dessèchent comme celui-ci ‑ C'est terrible ‑ Cela vous apprendra, ma femme, à ouvrir votre porte à n'importe qui ‑ Mais qui diable est-il ? Je ne l'ai jamais vu ‑ Il n'est pas vieux et pourtant il porte encore de grandes braies ‑ Et un chupenn à l'ancienne mode ‑ Comment voulez-vous qu'il s'habille à la nouvelle s'il boit son bien dans les auberges ‑ Tant pis pour lui. Je ne vais pas le garder ici. Aidez-moi à le transporter de l'autre côté de la route. On l'appuiera contre l'herbe du talus. Le temps est doux. Quand il aura repris son corps et sa tête, je parie qu'il taillera la route sans dire au revoir à la compagnie".

 

 

 

 

 

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Les quatre gaillards soulevèrent Job sans trop de ménagements et ils firent ce qu'ils avaient dit. Voilà le pauvre diable sous le ciel, accoté au talus d'en face. Il y a plus de pierres que d'herbe dans son dos. Autour de lui, des enfants piaillent en le montrant du doigt. Un homme saoul, venez voir ! Des femmes s'arrêtent pour prendre la Vierge Marie à témoin de l'indignité de certaines gens. Comment pourraient-elles savoir que le misérable est tombé parce qu'un sac vide ne tient pas debout ! Il y a trop longtemps qu'il jeûne malgré lui. La rasade d'eau-de-vie a suffi pour l'assommer net. Comment pourraient-elles savoir qu'il n'en a jamais bu la moindre goutte ! Il ne connaît que la piquette d'avoine.

 

 


 

 

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Il voudrait mourir là où il est, s'enfoncer dans le sol sous le fardeau de honte qui l'accable. Mais un ivrogne s'approche de lui, un vrai, compatissant à des malheurs qu'il connait bien. C'est un ivrogne bien nourri. Il n'est pas long à remettre Job debout. Il le soutient, il l'encourage. Rentrez chez vous, petit frère ! Et le gars de la palud retrouve un peu ses jambes. Dans un concert de rires et de lamentations, il entreprend de traverser le bourg sans savoir où il va. Il ne veut pas le savoir.

 

 

 

 

 

 

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Il ne sait pas non plus que trois de ses enfants sont à sa recherche. Quand il a quitté furtivement la masure de la palud, sa femme ne dormait pas. En voyant son manège, elle a été prise d'une folle inquiétude. Job allait-il les abandonner ou se détruire lui-même ? Elle a cogné au plafond du bout de son balai. Les trois aînés qui dormaient au grenier sont descendus. «Le père est parti, dit-elle. Courez après lui, voyez où il va, mais ne vous faites pas voir. Allez vite ! »

 

 

 

 

 

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Les enfants ont compris. Mais le père avait de l'avance et il marchait mieux qu'eux. Comment faisaient-ils pour suivre sa trace dans la nuit ? Ils se guidaient sur les aboiements des chiens qui saluaient le passage de Job devant les fermes. A la fin pourtant, ils s'égarèrent plusieurs fois. Quand ils arrivèrent dans le riche bourg, le soleil était déjà haut. Hâves, aveuglés de fatigue, déguenillés, crottés jusqu'aux yeux pour s'être affalés dans la boue des chemins, les trois petits se présentèrent juste à la maison où Job avait trouvé sa détresse. "Bonne année ! Vous n'avez pas vu notre père ?"

 

 


 

 

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"‑ Comment est-il fait ? ‑ Petit et maigre. Il a de grandes braies, un chupenn bleu et un chapeau court ‑ Vierge Marie, dit la femme. Il est passé par ici. Entrez donc ! Vous allez manger un morceau pendant que je vais demander par où il est parti ». Et elle courut chez les voisins ‑ Vous savez, l'ivrogne qui était là, ce matin ! Il y a trois de ses enfants qui le cherchent. On voit bien sur eux qu'ils ne mangent pas à leur faim, les pauvres anges. Ils font pitié – Envoyez-les chez nous, dirent les autres. Nous leur donnerons quelque chose. C'est une si grande malchance pour des petits d'avoir un père qui boit. Et c'est le jour de l'an ! ".

 

 

 

 

 

 

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Bref, les enfants furent gavés de nourriture à travers tout le riche bourg. Ils se croyaient arrivés au Paradis. On leur mit toutes sortes de mangeailles dans des sacoches de toile. On leur chargea les poches de pièces de bronze et de pièces d'argent. Les femmes pleuraient de pitié, les hommes étaient attendris par les libations de la bonne année.

 

 


 

 

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A force d'aller d'une maison à l'autre, les pauvrets finirent par retrouver leur père qui dormait sous le porche de l'église, veillé par les statues des apôtres. Quand il ouvrit les yeux, le pauvre Job ar Chord vit ses enfants qui lui souriaient, la bouche grasse, tout rouges de s'être rassasiés jusqu'au nœud de la gorge. Sur le banc de pierre, à côté de lui, il y avait un tas de pièces blanches. Le prix d'une vache à la foire de Pont‑Croix.




Pierre Jakez Hélias

 

 



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Ci-dessous, Monsieur Pennamen, le créateur de la crèche de Noël :

 

 

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Par Erwan - Publié dans : Légendes bretonnes - Communauté : Photos de Bretagne
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Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /2009 10:35

Les Hmong sont un peuple d'Asie, originaire des régions montagneuses du sud de la Chine (spécialement la région du Guizhou) au nord du Viêt Nam et du Laos.

Les Hmong sont arrivés en Guyane en 1977 fuyant le communisme du Laos (le Pathet Lao), après avoir séjourné dans les camps de réfugiés de Thaïlande.

 

 

 

 

CartGuyane02

 

 

 

 

 

 

 

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Encadrée par des missionnaires et pendant les trois premières années subventionnée par des associations et la DASS, la migration Hmong n'a pas été forcément bien accueillie au départ en Guyane.

 

 

 

 

 

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À force de défrichements, constructions, amendements, et en dépit des sols très pauvres, acides et difficiles à travailler, l'organisation en coopérative a payé. Les Hmong ont réussi là où les Guyanais et les administrations avaient échoué.

 

 

 

 

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Actuellement, ils font partie du "paysage" et le problème d'intégration ne se pose plus.

 

Ils sont répartis en trois villages :

- Cacao créé en 1977 en pleine forêt, d'accès peu facile.

- Javouhey, fondé en 1979, à 30 km de Saint-Laurent-du-Maroni, sur le site de l'ancienne léproserie de l'Acarouany.

- Rococoua, fondé en 1990 aux environs d'Iracoubo avec une quinzaine de familles.

 

 

 


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C'est à Cacao qu'a été réalisée la plus importante implantation : 500 personnes sont arrivées à la fin de l'année 1977.

Une deuxième implantation a été réalisée quelques mois plus tard, sur la commune de Mana, à Javouhey. 350 personnes sont arrivées à la fin de l'année 1979.

 



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Ci-dessus un point Internet installé dans un snack-bar (ouvert par un Breton) dans le village. Dessous, on retrouve les constructions typiques des maisons H'mong, avec leur toit dit "en carapace de tortue".

 

 


 

 


 

 

 

 

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Ils ont vite retrouvé leurs habitudes du Laos : culture de la terre pour produire les fruits et légumes dont ils avaient besoin, et élevage de porcs, vaches et poules pour la viande, sans compter la chasse et la pêche qu’ils pratiquent encore largement aujourd’hui. Ils excellent aussi dans l'art du tissage.

 



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Les Hmong produisent l'essentiel des fruits et légumes locaux vendus sur les marchés et dans les supermarchés de Guyane (20 à 30 t/semaine pour les seuls marchés de Cayenne, Saint-Laurent-du-Maroni et Kourou).

 

 

 

 

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Le manque de coordination entre les exploitants agricoles a mené à la culture des mêmes fruits et légumes par tout le monde (citrons, ramboutans...), ce qui amène à une surproduction et à un effondrement des prix au plus fort de la saison.

 




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Les Hmong de Guyane représentent une toute petite partie de l'énorme diaspora hmong à travers le monde, depuis le Sud de la Chine jusqu'aux Etats-Unis ou encore en France métropolitaine.

 

 


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Un marché a lieu tous les dimanches au village Hmong, attirant de nombreux visiteurs venus de Cayenne. On peut y déguster en plein air les soupes et autres plats préparés par la communauté.

 



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Et il n'est pas rare d'y rencontrer des Hmongs ayant quitté la vie trépidante des grandes villes métropolitaines (Lyon par exemple) pour venir s'installer à Cacao, où ils trouvent une vie moins stressante et plus en rapport avec la nature.

 


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Aujourd'hui, bien que le peuple hmong soit intégré à la vie laotienne, une partie non quantifiable de Hmong est réfugiée dans la jungle, car traquée par les armées laotienne et vietnamienne pour avoir aidé les Français pendant la guerre d'Indochine puis les Américains pendant la guerre du Viêt Nam. En 2005, ils n'y sont plus que 8 000 alors qu'ils étaient plus de 30 000 il y a une dizaine d'années.

 

 


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Lundi 14 décembre 2009 1 14 /12 /2009 10:50

(Cet article est la suite de l'article précédent sur les marais de Kaw).


En lisière de la réserve, uniquement accessible par voie fluviale, se trouve le village de Kaw. Le bourg est établi sur un ancien cordon littoral de terres sablonneuses. Il est relié à la rivière par un canal de 300 m de long. Ci-dessous, le débarcadère du village :

 


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Le canal qui conduit au village :

 

 

 

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Une cinquantaine d'habitants y résident, vivant essentiellement d'activités traditionnelles, telles que l'abattis, l'élevage de zébus…

 

 

 


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… Et occasionnellement de pêche et de chasse.

 

 


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La rue principale conduit à la poste :

 

 

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Et l'autre rue mène à l'église :

 

 

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Première grande installation photovoltaïque centralisée de France avec 35 kWc, la centrale de Kaw demeure, 25 ans après sa construction, un système novateur et précurseur en matière de production d'électricité par énergie renouvelable en site isolé.

 

 

 

 

CentraleKaw01.jpg

 

 

 

 

 

L'enclavement du village et l'ensoleillement de la Guyane en ont fait un site d'expérimentation du Commissariat à l'énergie solaire (COMES).

 

 

 

 

 

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La puissance installée au départ devait suffire à couvrir les besoins des habitants de Kaw, l'essentiel concernant l'éclairage et la conservation du gibier dans les congélateurs.

 

 

 


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Exploitée par EDF, la centrale a fonctionné sans maintenance réelle pendant ses six premières années. Elle a ensuite connu des pannes pour des raisons diverses : vieillissement naturel, salissures sur les panneaux, oxydation, batteries hors service, onduleur en panne. Remise une première fois à niveau en 1990, la centrale a connu un redémarrage difficile.

 

 

 

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Il faudra attendre six ans pour qu'un nouveau projet porté par la commune permette de doter le village de Kaw d'une nouvelle centrale.

Tirant de l'expérience les enseignements indispensables, les concepteurs ont aujourd'hui conçu une centrale mieux adaptée : hybride, elle associe un champ photovoltaïque de 624 modules (qui alimentent un parc de 576 batteries) à deux groupes électrogènes.

 


 

 

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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /2009 17:58

Joseph Conrad (Teodor Józef Konrad Korzeniowski h. Nałęcz) est un écrivain anglais d'origine polonaise, né le 3 décembre 1857 à Berditchev en Russie (aujourd'hui en Ukraine), au sein d'une famille de la noblesse polonaise (Szlachta). Il est décédé le 3 août 1924 à Bishopsbourne (Angleterre). Orphelin à l'âge de onze ans, il part en 1874 pour Marseille, où il s’embarque comme mousse sur un voilier.

 


 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 Il fait ainsi pendant près de quatre ans son apprentissage en France pour entrer ensuite dans la marine marchande britannique. Il va y servir plus de seize ans. Il obtient son brevet de capitaine au long cours le 10 novembre 1886, et prend la même année la nationalité britannique, sous le nom de Joseph Conrad.

[Le film "Apocalypse Now"  réalisé par Francis Ford Coppola (1979), est une adaptation libre du roman de Joseph Conrad "Au cœur des ténèbres"].

 

 


 

 

 

 

 

 

 

Son livre, "Typhon", écrit en 1903, raconte l'histoire d'un capitaine de navire (le Nan-Shan) prit dans un typhon en Mer de Chine. Extraits :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"La mer agitée, comme par une propulsion interne, s'élevait en montagnes à pic qui cherchaient à se chevaucher, se heurtaient entre elles et claquaient pesamment contre les flancs du Nan‑Shan, cependant qu'un gémissement affaibli, l'infinie plainte de la fureur de la tempête, arrivait de par-delà les confins de ce calme oppressant.

 

 

 




 

 






 

Le capitaine Mac Whirr restait silencieux. Jukes, l'oreille tendue, perçut soudain le rugissement lointain et traînant de quelque immense lame invisible qui prenait son élan sous l'épaisse obscurité formant l'effroyable limite de son cercle visuel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le murmure du vent s'approchait rapide. En première ligne on pouvait distinguer une sorte de plainte assoupie et, très loin, à l'arrière, l'accroissement d'une clameur multiple qui s'avançait en s'étalant. On y distinguait comme des roulements d'une multitude de tambours, une note impétueuse et mauvaise, et le chant d'une foule en marche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une clameur confuse envahit sa cabine. Cette clameur redoubla de violence tandis qu'il s'apprêtait à sortir pour faire face à quoi que ce fût. Il en avait l'oreille remplie, et cela était fait de la ruée du vent, du fracas de la mer et de cette vibration de l'air, profonde et prolongée, qui semblait le lointain roulement d'un tambour immense battant la charge de la tempête.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis l'instant où il avait senti le premier souffle frôler sa joue, la tempête semblait grossir avec l'élan multiplié d'une avalanche.

Puis les flottantes ténèbres se rabattirent. Et c'est alors enfin que la réelle chose arriva.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce fut je ne sais quoi de formidable et de prompt, pareil à l'éclatement soudain du grand vase de la Colère. L'explosion enveloppa le navire avec un jaillissement tel qu'il sembla que quelque immense digue venait d'être crevée à l'avant. Chaque homme aussitôt perdit contact. Car tel est le pouvoir désagrégeant des grands souffles : il isole. Un tremblement de terre, un éboulement, une avalanche s'attaque à l'homme incidemment pour ainsi dire et sans colère. L'ouragan, lui, s'en prend à chacun comme à son ennemi personnel, tâche à l'intimider, à le ligoter membre à membre, met en déroute sa vertu.

 






 

 

 

 


 

 

La tempête geignait, piaulait, se démenait, gigantesque dans les ténèbres, comme si le monde entier n'eût été qu'un égout noir. Oui, parfois, le souffle agissait contre le navire avec une force de propulsion telle qu'on eût cru l'aspiration par un piston dans un corps de pompe, et le navire durant quelques instants semblait alors soulevé tout entier hors de l'eau, maintenu en l'air par la volonté pneumatique, avec seulement un grand frisson le parcourant d'un bord à l'autre. Puis il retombait et cabriolait de nouveau dans cette cuve effervescente

 

 



 


 

 



 

 

 


 

 

 

A travers l'obscurité, les lames semblaient de toutes parts se ruer pour le repousser à sa perte. Dans leur acharnement on sentait de la haine, de la férocité dans leurs coups. On eût dit une créature vivante en proie à une foule enragée, victime offerte, brutalisée, bousculée, culbutée, roulée à terre et piétinée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le capitaine et Jukes ne se lâchaient plus ; assourdis par le bruit, bâillonnés par le vent ; et ce grand tumulte physique qui secouait leurs corps atteignait et désemparait l'âme comme eût fait la passion déchaînée.

Un de ces cris sauvages, effarants, que parfois l'ouragan transporte et qui passent au-dessus de nos têtes mystérieusement, s'abattit soudain sur le navire comme eût fait un oiseau de proie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le vent pesait de tout son poids sur le navire, comme s'il eût voulu l'immobiliser dans les vagues. Celles-ci faisaient par-dessus lui d'énormes bonds comme autour du tronc profondément immergé d'un vieil arbre, et du plus loin déjà s'entendait leur amoncellement de menace. Les lames jaillissaient de la nuit, portant une lueur spectrale à leur crête, cette lueur de l'écume effervescente qui, dans un mol clair, désignait férocement, par-dessus le frêle corps du navire, la ruée, l'écroulement bouillonnant, puis la galopade en fuite éperdue de chaque lame.

 

 









 

 

 

Personne, pas même le capitaine, qui, seul sur le pont, avait aperçu une blanche ligne d'écume s'avancer, à une telle hauteur qu'il n'en pouvait croire ses yeux, personne ne devait jamais savoir ce qu'avait été l'escarpement de cette lame, et l'effrayante profondeur du gouffre que l'ouragan avait creusé derrière la mouvante muraille d'eau.

 

 




 

 




 

 


 

 

 

Elle accourait à la rencontre du navire ; et le Nan‑Shan, alors, s'arrêtant comme pour se ceindre les reins, souleva son avant, puis sauta. Les flammes de toutes les lampes s'affaissèrent, assombrissant la chambre des machines. Avec un fracas déchirant, un tumulte furieux et giratoire, des tonnes d'eau tombèrent sur le pont ; on eût dit que le navire s'était élancé sous une cataracte. Le Nan‑Shan plongea droit au fond du gouffre, comme basculant par-dessus le rebord du monde.

 

 



 





 

 

 

Ne vous laissez surtout déconcerter par rien, continua le capitaine précipitamment, et toujours faites face au vent. Ils peuvent dire tout ce qu'ils veulent, mais les plus grosses lames courent toujours dans le sens du vent. Debout au vent, ‑ toujours debout au vent ‑ c'est le seul moyen d'en sortir. Vous êtes un novice. Faites face, ça n'est déjà pas si facile. Et du sang-froid.

‑ Oui, capitaine, dit Jukes, le cœur battant".

 




 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 


 

 

 

 

 

 

 


 

 


Par Erwan - Publié dans : Tempêtes - Communauté : Photos de Bretagne
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