Lundi 29 juin 2009

De 1689 à 1815, la France est presque continuellement en guerre avec l´Angleterre, les historiens ont parlé de « Seconde guerre de 100 ans ». Après la bataille navale de la Hougue en 1692, La France s´oriente alors vers une stratégie défensive. Seuls les corsaires peuvent rivaliser avec les anglais maîtres des mers.

 

 

 





 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

A la suite de la révolution de novembre 1688 qui a porté le stathouder Guillaume d'Orange sur le trône d'Angleterre, le roi détrôné Jacques II Stuart s'est réfugié en France. Louis XIV va s'efforcer pendant plusieurs années de le remettre sur le trône.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rappelé dans son royaume, en 1692, par une faction de ses sujets, Jacques II demanda à Louis XIV une flotte et des troupes pour débarquer en Angleterre. Il se rendit à La Hougue avec 16.000 hommes afin d'embarquer sur la flotte du Vice-amiral de France, le Comte de Tourville, forte de 44 vaisseaux de guerre.

 

 


 


 

 

 


L'escadre française appareilla le 12 mai, et rencontra la flotte anglo-hollandaise qui alignait 84 vaisseaux de premier rang et quantité de brûlots.

La disproportion des forces était énorme. Le 29 mai 1692, en livrant pendant douze heures un combat à un contre deux sans qu'aucun bâtiment français n'ait été détruit ou capturé, Tourville et ses hommes réalisèrent l'un des plus beaux exploits de l'histoire maritime.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais il fallait se dégager. L'amiral français prévoit de rejoindre Brest ou Saint-Malo poursuivit par la flotte ennemie. Une majorité des navires (soit 27 navires) parvient à franchir le Cap de la Hague, mais treize ne peuvent franchir des courants du raz Blanchard. Ils sont alors contraints de revenir vers l'ennemi en se réfugiant devant Cherbourg qui n'était alors qu'une rade sans protection. Les 2 et 3 juin, les Anglais, embarqués sur des chaloupes, incendient l'un après l'autre les navires en rade de la Hougue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette sévère défaite révèle la nécessité de consolider la défense côtière. C'est à partir de ce moment que se multiplient batteries côtières et corps de garde tout le long des côtes, en particulier sur la côte Nord de Bretagne, de Saint Malo à Brest et la presqu'île de Crozon.

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le corps de garde du Souc'h fut construit en 1747. Cette ancienne bâtisse servait aux gardes-côtes pour surveiller les mouvements des navires ennemis et prévenir toute tentative d'attaque, principalement contre les invasions de pirates ou d’Anglais.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 1815, il est déclassé et affecté aux services des douanes, puis est abandonné par la suite. La restauration date de 1997 pour les murs et de 1998 pour la toiture.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Tous les hommes, de 18 à 60 ans, dont le clocher de la paroisse est à moins de 2 lieues (environ 8 km) du rivage marin sont astreints à participer à une "Milice Garde-côte". Ils se relaient quotidiennement sur un cycle de 20 jours. Ils doivent assurer le guet de la mer : mission de surveillance des bateaux de passage. Les conditions de vie lors des gardes étaient draconiennes : interdiction de faire du feu pour se chauffer ou pour se nourrir.

 

 


 

 

 

 

 

 


En cas d´apparition de voiles ennemies, les miliciens de la compagnie garde-côte alertaient les autorités par signaux codés : jeux de pavillons par temps clair, coup de canon, tocsin de l´église la plus proche, feux la nuit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Quand on pense à la guerre des côtes, on pense escadres au combat. Mais la guerre des côtes est tout autre. Ce sont des persécutions, des opérations de harcèlement et des attaques sournoises par des bâtiments légers à faible tirant d´eau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Les souvenirs de pillages et de descentes : Morlaix (1522), Belle-Ile, Houat et Hoëdic (1545-1548), Le Conquet (juillet 1558), Camaret (1694), Lorient (1746), Saint-Cast (1758) reviennent toujours pour confirmer ce qu´on considère comme un péril.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’état de guerre qui s’instaura durant ces longues années allait rendre la vie des populations littorales peu sûre. Beaucoup de hameaux et de villages riverains ne furent pas épargnés : rapines, enlèvements (cf. article précédent), viols, incendies…

 

 


 

 

 

 

 

 

 

Ici, l'ennemi héréditaire n'est pas l'Allemand comme sur les frontières de l'Est, mais l'Anglais, le Saxon maudit (Saoz milliget).

 

Un pays de Celtes comme le notre...

Là, autant, tous, petits et grands,

Du saxon maudit ont méfiance et haine,

Dieu veuille que nous puissions, un jour, quand le coup sera propice,

Les chasser, pour jamais, loin hors de notre pays !

 

Pièce de théâtre, Le Roi Arthur,

Auteur inconnu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La plage de Gwendrez et la pointe du Souc'h.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Erwan - Publié dans : Histoire - Communauté : Les Bretons sont dans la place
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Mardi 23 juin 2009
Juste un petit rappel : le port de Bestrée se trouve à un mile du Bout du Monde, la Pointe du Raz. Situé sur sa côte sud, c'était ici que débarquaient les habitants de l'Ile de Sein lorsqu'ils venaient faire leurs courses sur la Grande Terre, et d'ici que partait l'approvisionnement de l'Ile.

 

 

 

 





Chanig an Ormand

 

 


Il y a eu un temps où le Raz était peuplé de navires si nombreux qu'il fallait attendre son tour pour passer entre l'île et le promontoire du Cap. Les flottilles de pêcheurs de morues voyaient passer en convois les hauts bords des navires de commerce. Les vaisseaux de guerre, battant tous pavillons, exerçaient leurs équipages dans le détroit redoutable et fameux.

 

 

 

 

 

 

 


 


 

Les plus hardis corsaires, toutes voiles dehors, louvoyaient si près de la côte que les huniers claquaient au ras de l'herbe courte. On parle même de gabiers qui auraient sauté du gréement à terre et choisi la liberté sans se fouler la moindre cheville ni lâcher le moindre juron.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


 

Mais il arrivait à certains navires de faire escale au port de Bestrée. Par nécessité quelquefois, le plus souvent dans une intention de maraude.

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 


 

Sur le Cap éventé paissaient des milliers de moutons roux sous la garde des filles de Lescoff. Ils n'étaient pas grands, mais de chair si succulente qu'on en rêvait encore, il y a vingt ans, sur le marché de Pont-­Croix.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Les aventuriers de mer étaient tentés de faire main basse sur ces animaux pour en améliorer leur triste pitance. Avant de vouer ces gens aux tourments d'enfer, il faudrait avoir navigué sur un voilier de ce temps-là. On comprendrait, du même coup, pourquoi ils emmenaient parfois la bergère avec ses moutons.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Les filles de Lescoff filaient leurs quenouilles en surveillant les troupeaux. Quand un navire passait à portée de voix, elles le hélaient par jeu : « Petit navire, petit navire, viens à la côte. J'irai matelot à ton bord. Matelot, non, mais capitaine. » Et de rire, les imprudentes sirènes au danger de tous les Ulysse laboureurs de vagues. Elles se croyaient en sûreté sur le haut promontoire, ce château de récifs entre la Mer Droite et la Mer Gauche.

 

 


 

 

 

 


 

 

 


 Mais, un beau jour, Chanig an Ormand se fit enlever par des Hollandais qui la prirent au mot.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


Son histoire fit le sujet d'une belle gwerz, qui servait à danser dans les chapelles du Raz « pour la gloire de Dieu », avant que le père Maunoir ne vînt y mettre bon ordre.

 

 

 

 

 


 

 

 


 

Ensuite, elle devint le chant des veillées de Lescoff, celui que chacune et chacun devaient savoir avant même le credo qui est à tous les chrétiens. Chanig an Ormand appartient seulement au Cap.

 

 

 

 

 


 

 

 

 

Elle était sur l'étrave du Raz avec Marie Bourdon, son amie. Les filles de bon lieu vont deux par deux dès que leurs mères sont hors de vue. Et voilà qu'un navire aborde à Bestrée. Des pêcheurs de Camaret qui viennent pour la morue ? Mais ils ont l'épée au côté. Des gentilshommes en voyage ? Mais ils sont vêtus de rouge et de noir. Des capitaines embarqués pour le tour du monde, voilà ce qu'ils sont.

 

 

 


 


 

 

 

 

 

 

 


 

 

 


Marie Bourdon prend la fuite aussitôt. Mais Chanig an Ormand, au lieu de la suivre, ne peut se retenir de lancer l'appel naïf des bergères : « Petit navire... » A peine a-t-elle tourné le dos que les marins sont sur ses traces. Elle passe le Vieux Cairn, le Champ de la Pente. Va-t-elle atteindre la Mare aux Blaireaux ? Hélas ! La courroie de sa galoche a cassé au revers des Fosses. Les mains des païens s'abattent sur elle.

 

 

 



 

 















Chanig an Ormand descend à Bestrée en pleurant, prisonnière des Hollandais.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les gars de Lescoff ne sont pas là pour écorcher les ravisseurs. Sa mère l'attendra en vain devant la bouillie au miel. En vain, elle demande qu'on la débarque au Vorlenn pour dire adieu.

 

 


 

 

 

 


 

 

 Elle doit choisir un des païens pour époux. Elle choisit le capitaine, ne pouvant mieux faire. Arrivée en Hollande, pleurant encore, elle troque sa jupe d'étoupe de lin contre une robe d'incarnat. Pleurant toujours, elle boit des vins doux au lieu de son eau de prunelle. Et elle finit par danser sur le pavé de la Hollande, vêtue de calamant écarlate brodé de soie jusqu'à terre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Or, elle revint à Lescoff avec son mari. Elle revint chercher sa mère pour lui donner une vie meilleure.

 

 

 

 

 

 


 

 


 

Mais sa mère ne se consolait pas d'avoir un gendre païen. Elle voulait sa tombe en terre bénite à Plogoff. Chanig en Ormand dit adieu à ses sœurs sur le mur du cimetière et reprit la mer en laissant son livre de messe et son chapelet qui ne lui servaient à rien en Hollande. Elle gardait son alliance d'or.

 

 

 














 

 

 

Cette gwerz (histoire), la petite Lissen Jadé, de Kériolet en Cléden, et Marie-Josèphe Pansel, veuve de Jean-Guillaume Maréchal, de Lescoff, l'ont chantée en breton à M. Le Carguet, à la fin du siècle dernier. Et M. Le Carguet, qui était dans les écritures, la coucha bellement sur le papier sans en laisser perdre un seul mot. Il voulut même savoir ce que devint Marie Bourdon. On lui dit que la jeune fille, en courant à tête perdue pour échapper aux Hollandais, tomba sur son aiguille de bois à tricoter la laine. L'aiguille lui perça la joue, le sang coula d'abondance, elle s'évanouit. Alors, les matelots la laissèrent, bien qu'elle fût la plus belle fille de la Paroisse. On peut être païens et avoir des entrailles.

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre Jakez Hélias,

"L'esprit du rivage"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Par Erwan - Publié dans : Légendes bretonnes - Communauté : Les Bretons sont dans la place
Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires - Recommander
Lundi 15 juin 2009

26 Nivôse de l'an V de la République (14 janvier 1797) : une page de l'Histoire de France qui marque la vie de la commune de Plozévet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dis-moi, ami, quel est ce mât de pierre

Dressé entre Penhors et Porz Poulhan

Près d'un sentier où fleurit la bruyère,

A la limite de l'estran ?

Pourquoi a-t-il un jour jailli de terre,

Dessus la lande et face à l'Océan ?

Dis-moi, ami, je t'en fais la prière,

Quel est le nom de ce géant ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est le menhir des "Droits de l'Homme",

Le monument des trépassés,

Qui apparaît, tel un fantôme,

Devant la plage de Canté.

Ce mégalithe ainsi se nomme

En souvenir des naufragés

Du grand vaisseau "Les Droits de l'Homme"

Venu, ici, se fracasser.

 

Chanson de Georges Tanneau

(Ecrivain et poète Breton, né au Guilvinec en 1937,

ancien marin,

connu en Bretagne pour ses chansons de marins).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    


 

26 Nivôse de l'an V de la République : le "Les Droits de l'Homme", vaisseau de 74 canons de classe Téméraire commandé par le capitaine de vaisseau Raymond de Lacrosse, fit naufrage en Baie d'Audierne, en face du village de Plozévet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bataille entre le vaisseau "Les Droits de l'Homme" et les frégates anglaises l'Indefatigable et l'Amazon les 13 et 14 janvier 1797 en baie d'Audierne (Tableau de Léopold Le Guen peint en 1853 - Musée de Brest)

 


 Les cent sept vaisseaux de ligne de la classe Téméraire furent construits par la France, entre 1782 et 1813 ; ils constituent la première série de navires de ligne construite selon des plans identiques, leurs éléments étant ainsi interchangeables entre deux navires de la série.

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 


La coque mesure 55,87 mètres de long, et 14,90 mètres de large. Le déplacement est de 2900 tonnes. La voilure, dont la surface est de 2485 m², est à trois mâts, gréés carrés. L'équipage nécessaire pour armer ces navires est de 562 officiers et hommes.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

















Son artillerie occupe deux ponts complets. Le pont inférieur, le plus proche de la ligne de flottaison, est garni de quatorze canons de 36 livres, sur chaque bord. Ce type de pièce, long de 3,274 mètres, pèse 3520 kg, auxquels s'ajoutent les 900 Kg de son affût. Son service nécessite quinze hommes, il est capable d'expédier un boulet plein de 17,62 kg à 3700 mètres, environ toutes les huit minutes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


Ce type de navire devint vite l'ossature de toutes les flottes de combat européennes.

 












Le vaisseau "Les Droits de l'Homme" était affecté à l'expédition qui devait débarquer une armée française sur les côtes de l'Irlande. L’Expédition d’Irlande de 1796 est une tentative avortée d’invasion de l’Irlande pendant les guerres révolutionnaires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les 16.500 hommes de l'Armée d'Irlande commandés par le Général Hoche embarquaient sur les navires de l'Armée navale de l'Océan.  44 bâtiments, répartis en trois escadres, se regroupaient au port de Brest à la fin de l'An IV (août-septembre 1796) pour appareiller le 15 décembre 1796. Parmi eux, 17 vaisseaux de 74 canons de classe Téméraire, dont "Les Droits de l'Homme", construit à Port-Liberté (Lorient) le 10 Prairial de l'An II (29 mai 1794).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A son bord, les 650 hommes d'équipage et 549 hommes de la Légion des Francs sous les ordres du Général Humbert.

Le vaisseau "Les Droits de l'Homme" est  commandé par le Capitaine de vaisseau Lacrosse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A peine l'escadre a-t-elle quitté le goulet de Brest qu'elle doit affronter une grosse tempête qui la disperse au milieu d'une énorme confusion. Seuls dix navires peuvent mouiller en baie de Bantry (Sud Irlande). "La Fraternité","ayant à son bord le Général Hoche, commandant des troupes de débarquement, n'est pas au rendez-vous. Toute idée du débarquement est annulée. 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Le navire "Les Droits de l'Homme" patrouilla 8 jours, capturant les bricks britanniques "Cumberland" et "Calypso", en faisant une cinquantaine de prisonniers,  dont le Lieutenant Pipon. Il ne voulut pas s'éloigner sans s'être assuré qu'aucun des vaisseaux français n'avait été jeté sur les côtes. Lacrosse se décida alors à rallier l'escadre en se dirigeant vers les côtes de France.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

























Nous sommes donc le 22 nivôse an V de la République (13 janvier 1797), le commandant du "Les Droits de l'Homme" croisait à 25 lieues de Penmarch, quand il aperçut au vent la frégate britannique, l'Indefatigable, de 44 canons, accompagnée de l'Amazon, de 36 canons. Vers trois heures, le "Les Droits de l'Homme" décide d'engager le combat avec les frégates.

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 


Aux bordées de l'Indefatigable, le Capitaine Lacrosse répond par des volées de canon et de mousqueterie, mais la tempête l'empêche d'ouvrir sa batterie basse de canons de 36. L'Anglais dispose d'une supériorité en voilure. Il évite ainsi  les manœuvres du "Les Droits de l'Homme" cherchant à le prendre à l'abordage. Dans cette situation, le vaisseau français aurait bénéficié d'une incontestable supériorité due aux 600 hommes de la Légion des Francs embarqués à son bord.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


À six heures trois quarts, après une heure et demie de combat,  l'Amazon  arriva à portée et tira une bordée dans la hanche du "Les Droits de l'Homme", avant de s'éloigner avec l’Indefatigable pour réparer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur les huit heures et demie du soir, les Britanniques rouvrirent le feu. Profitant de la supériorité de leur voilure, ils tournaient autour du "Les Droits de l'Homme" en le prenant en enfilade. "Les Droits de l'Homme" perdit son mât d'artimon et les frégates britanniques tentèrent de s'approcher, mais furent repoussées par le feu du vaisseau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vers une heure du matin, le commandant Lacrosse fut atteint au genou gauche par le ricochet d'un boulet mort. Il fit jurer à son équipage de ne pas amener le pavillon français. "Non, jamais, Capitaine, vaincre ou mourir !"  Fût la réponse de l'équipage. Le second du navire, Prévost de Lacroix,  prit le commandement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Durant la nuit, à la faveur de la lueur de la lune qui était pleine à cette époque, les Anglais s'acharnent autour du vaisseau. Le Français doit subir les bordées successives des navires ennemis qui l'obligent à combattre des deux bords.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Le combat dura encore quatre heures ; le navire voit ses mâts se casser, sa coque est criblée de boulets, partout des morts et des blessés. Vers six heures du matin, la vigie du "Les Droits de l'Homme" signala la côte, et le vaisseau tenta de gagner la terre, brisant ses mâts de misaine et de beaupré endommagés dans le combat. Démâté, ses ancres endommagées et son gouvernail détruit, "Les Droits de l'Homme" se jeta à la côte.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

L’Amazon en état de délabrement et ingouvernable, se brisa à la côte et son équipage fut fait prisonnier. L’Indefatigable, réduit à l'état de ponton, parvint à contourner les récifs de Penmarch et à s'échapper.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 


 


 

"Les Droits de l'Homme" s'échoua dans la baie d'Audierne le 25 nivôse à sept heures du matin. Dans la tempête, les canots légers étaient emportés par les lames avant d'être mis à l'eau. Plusieurs de ses matelots périrent en tentant d'établir un va-et-vient ou de chercher des secours.

 

 

 

 


 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Dans la nuit du 25 au 26, cinq chaloupes venues d'Audierne purent emmener les blessés et environ 400 matelots ou soldats ; la tempête interrompit les opérations de sauvetage pendant 5 jours. Le 30, Lacrosse s'embarqua sur une corvette qu'on lui avait envoyée de Brest après s'être assuré qu'il ne restait plus un seul homme à bord.

 

Lacrosse fut élevé au grade d'officier général.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Quant au Lieutenant Pipon, cet officier anglais fait prisonnier sur les côtes d'Irlande, il  fut sauvé du naufrage. "Traité avec la plus grande humanité" dira-t-il, il fut conduit à Brest et envoyé sans rançon en Angleterre où il arriva dès le 7 mars et reprit du service actif dans l'armée anglaise.

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

En 1840, alors qu'il était à la retraite dans l'île de Jersey, il revint sur le site du naufrage et y fait dresser une pierre en forme de menhir où il inscrit le témoignage de sa reconnaissance. Brisée par les tempêtes elle sera restaurée en 1882 par le maire Lucien LE BAIL au cours d'une cérémonie.

 









 

 

 

"Le major Pipon, né à Jersey, et miraculeusement échappé à ce désastre, est revenu sur cette place le 21 juillet 1840, et dûment autorisé, a fait graver sur cette pierre ce durable témoignage de sa reconnaissance, A Deo Vita Spes In Deo.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


   

Sous cette inscription, une plaque :

"Cette pierre doublement consacrée par le temps et l'histoire a été sauvée de la destruction l'an 1882."

 

 


 

En 1896, une forte tempête mis à jour les restes des naufragés hâtivement inhumés sur la falaise. Le 22 août 1937 Albert LE BAIL, député maire socialiste de Plozévet, petit-fils de Lucien Le Bail,  inaugure, dans l'enclos de l'église de Plozévet, une plaque commémorative encadrée par deux fûts de canon provenant du naufrage. Sur cette plaque est gravée l'inscription :

 

 

 

 


 


 

 

 

   

 "Ici reposent 400 hommes marins du vaisseau "Les Droits de l'Homme" et soldats de la légion des Francs qui, le 25 Nivôse de l'an V de la République, luttèrent victorieusement contre deux vaisseaux anglais au large des côtes de Plozévet et moururent aux cris de "Vive la République".

 





La plage de Canté à Plozévet aujourd'hui : une petite plage si tranquille.

 

 

 

 

 


 

 

 

Sources :

Mairie de Plozévet, exposition permanente "Les Droits de l'Homme",

Divers Internet dont Wikipédia.

 

 

 

Par Erwan - Publié dans : Histoire - Communauté : Les Bretons sont dans la place
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires - Recommander
Mardi 9 juin 2009

 

Sur la route du vent solaire(*), vous passerez certainement près des vestiges de la chapelle de Languidou. Elle est dédiée à Saint Kido, ou Guideau. C'est un saint maritime dont le culte est en honneur en deux chapelles de Basse-Cornouaille, toutes deux voisines de la mer : Languidou en Plovan et Saint Quideau en Loctudy.

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Elle fut édifiée vers 1160 par Auffray Le Gourreou. La chapelle, qui mesure approximativement 22 mètres de long sur 13 mètres de large, a été remaniée dans la première moitié du XVème siècle : la rosace du pignon date du XVème siècle et est largement inspirée par le style de la Collégiale Notre Dame de Roscudon de Pont-Croix.

 

 

 


 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 


 


L’École de Pont-Croix est un vocable créé pour rendre compte de l’unité de style de plusieurs églises et chapelles de style ogival construites aux XIIIe et XIVe siècles dans les alentours de Pont-Croix, chef-lieu de canton du sud-ouest du Finistère. (Ci-dessous, l'entrée de l'église de Pont-Croix) :

 

 

 

 

 

 






C’est l’influence des cathédrales anglo-normandes qui a été à l’origine de ce style appliqué au granit, beaucoup plus difficile à travailler que la pierre calcaire de Caen.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 


 

Vendue sous la Révolution, la chapelle a été en partie démolie en 1794 afin d'utiliser les pierres à la construction d'un corps de garde de la commune de Plovan.

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




C'est un édifice protégé au titre des monuments historiques dans le département du Finistère : classement par arrêté du 22 octobre 1908.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 


 

* La Route du Vent Solaire : en Bretagne, on appelle "vent solaire" le vent qui suit la course du soleil pendant les journées chaudes de l'été. C'était un vent très apprécié des marins lorsque leurs bateaux naviguaient uniquement à la voile. Soufflant d'Est le matin (donc venant de la terre), ce vent les conduisait sur leurs lieux de pêche. Soufflant d'Ouest le soir, il les ramenait sans encombre à bon port. "Evel an Heol", "Vent Solaire" en breton, est un nom souvent donné aux bateaux.

 

 


 

 


 

 

 

 

 

 

La route qui suit la côte au plus près, entre la Pointe de Penmarc'h (le phare d'Eckmühl) et la Pointe du Raz (1 et 2 sur la carte), a été baptisée "Route du Vent Solaire". Longeant la Baie d'Audierne sur 50 Km environ, elle a une orientation approximativement Est/Ouest.

 

 

 

 

 

 

 


 


 

 

 


La Pointe de Penmarc'h, le phare d'Eckmühl et la chapelle de La Joie :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Pointe du Raz :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Par Erwan - Publié dans : Pays Bigouden - Communauté : Les Bretons sont dans la place
Ecrire un commentaire - Voir les 12 commentaires - Recommander
Mardi 2 juin 2009
l'Ile Tudy est située sur la presqu'île du même nom, proche de l'embouchure de la rivière de Pont-l'Abbé et se trouve à 20 km de Quimper.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


L'Ile Tudy comme Loctudy doit son nom à Saint Tudy.

 

En 494, Tudy se retira sur une petite île pour y fonder un ermitage sur un terrain actuellement recouvert par les flots. Cet ermite devenu moine, puis abbé, a été avec Saint Gildas un fer de lance de la christianisation en Armorique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Les habitants de l'Ile Tudy sont les Ile-tudistes. Le recensement de 2006 fait état de 679 habitants avec un pourcentage de 51% de femmes et 49% d'hommes.

 

 

 

 

 

 

 

 


 

L'Ile Tudy, formée de sables et de rochers bas, s'étend sur une longueur de 2 km environ pour une largeur moyenne de 200 m. Elle se rattache au continent par une étroite dune de sable. Une large baie vaseuse et sableuse pénètre profondément dans les terres. A marée basse, c'est le rendez-vous des pêcheurs à pieds.


 


 


 

 

 

 


 



Une route relie l'Ile Tudy à Pont-L'Abbé, mais un passeur fait la navette entre l'île et Loctudy, de 9h à 12h et de 14h à 18h. Une petite promenade en mer qui ne vous coûtera que 2€ aller/retour.

 

 


 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Autrefois, la vie quotidienne sur l'Ile n'était pas une sinécure. Face au péril permanent des éléments, à l'extrémité de leur radeau à fleur d'eau, les îliens ressentaient durement l'absence de toute digue de protection côté mer. Il faut attendre 1835 pour voir s'élever un mur qui sera régulièrement ébranlé par l'assaut des vagues. A chaque tempête de Suroît, l'Ile est recouverte d'eau de mer mêlée de sable et de goémon, entretenant l'insalubrité des maisons de pêcheurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

Pas d'eau potable, tout juste deux puits d'eau saumâtre qui favorisaient la propagation des épidémies (choléra, typhus). Quand les conditions atmosphériques le permettaient, les îliens traversaient la passe pour puiser leur eau à la fontaine de Penanveur à Loctudy.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 




Sortir de l'Ile ne va pas de soi. La liaison, port de l'Ile - pointe de Penanveur, sur la côte de Loctudy était empruntée par les îliennes qui partaient proposer leurs huîtres, moules et palourdes sous les halles de Pont L'Abbé. Ce n'est qu'entre les deux guerres que le passeur se motorisa définitivement.

 


 

 

 




 

 


 

 

 

 




En 1852, une digue relie l'île au continent et la transforme définitivement en presqu'île.

 

 

 

 


 


 








 

 

 










Auparavant un des plus grands ports du Finistère, l'île Tudy est devenue une station balnéaire. Sa population est multipliée par 10 environ à la période estivale, grâce à ses deux plages, le Teven et le Maracana, mais aussi grâce à son port de plaisance, lieu où de nombreuses personnes se retrouvent chaque soir d'été.



 





 

 

 

 






 

 



Ceux qui ne sont pas attirés par la baignade et la bronzette trouveront leur bonheur à se promener dans le dédale de ruelles, bordées de vieilles maisons de pêcheur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Sources : site officiel de la commune de l'Ile Tudy.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Plages de sable blanc et mer turquoise, mais pas de cocotiers. Ne cherchez pas, nous ne sommes pas sous les tropiques, mais à l'Ile Tudy. Température de l'air : 25°, température de l'eau : vivifiante.

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Par Erwan - Publié dans : Pays Bigouden - Communauté : Les Bretons sont dans la place
Ecrire un commentaire - Voir les 13 commentaires - Recommander
Mardi 26 mai 2009
Toujours à Loctudy où la criée est restée un spectacle visible pour tous. Le temps par contre, ce jour-là, n'était pas de la partie. Et pour mieux le faire savoir, le bateau débarquant sa pêche ce soir-là s'appelait '"Amzer Fall", "Mauvais Temps" en breton.






















Comme au Guilvinec, la pêche passe d'abord par la pesée :











Puis elle est disposée sur le sol de la criée, rangée en lots et par bateaux :






















Une pêche variée comme l'on peut le constater ci-dessous :







































































La vente peut commencer : les mareyeurs de la région se placent en haut des lots, et le crieur, sur son petit chariot, en face d'eux.





















Chaque mareyeur dispose d'un petit boîtier électronique. Lorsqu'un lot qui l'intéresse est mis à la vente, il appuie sur un bouton de ce boîtier. Il maintient la pression tant que le prix proposé l'intéresse. Quand ce prix dépasse ses intentions d'achat, il relâche la pression sur ce bouton.



















Le panneau d'affichage du chariot :

Sur les deux lignes du haut, les lots qui viennent d'être vendus, avec de gauche à droite :
Les n° des lots, la désignation des produits (ici des soles), le prix proposé à la vente, le prix d'achat et le nom de l'acheteur.

Dessous  : le n° du lot en cours d'enchère et le nom du bateau.

Encore dessous, le nom de l'acheteur de ce lot, celui qui a maintenu le plus lontemps la pression sur son boîtier.
Sous son nom, les spécifications du lot qu'il vient d'acheter.

Les deux dernières lignes désignent les lots à suivre mis en vente.



















Une petite imprimante débite aussitôt un ticket qui sera mis sur le lot vendu :











Voilà, vous savez tout ou presque, et maintenant, bonne visite...
































Par Erwan - Publié dans : Pays Bigouden - Communauté : Les Bretons sont dans la place
Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires - Recommander
Lundi 18 mai 2009

A quelques encablures du Guilvinec et environ à 25 km de Quimper, voici Loctudy. Le port, faisant partie du quartier maritime du Guilvinec, est situé dans l'embouchure de la rivière de Pont-l'Abbé. Il est protégé des vents dominants d'ouest.

Le dernier recensement, réalisé en 2007, dénombre 4101 habitants.

Les habitants de Loctudy s'appellent les Loctudistes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

La commune de l'Île-Tudy (Enez Tudi), ancienne île devenue presqu'île se trouve en vis-à-vis, de l'autre côté de l'estuaire. Un passeur, pour piétons et vélos, relie les deux ports de 9h à 12 h et de 14h à 18h.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

Loctudy est un port de pêche artisanale très actif, le septième port français en volume de pêche (2003).

 

 

 


 

 

 

 

 


Ce port était le port d'attache du bateau le Bugaled Breizh (photo Internet) :

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Ce chalutier de 24 m de long, construit en 1986, a coulé au large du cap Lizard (extrémité sud-ouest de la Grande-Bretagne) le 15 janvier 2004 à 12h25 UTC. Le bateau de pêche, propriété de Michel Douce, armateur et artisan-pêcheur, a entraîné dans son naufrage les 5 marins du bord : Yves Gloaguen, Georges Lemétayer, Pascal Le Floch, Patrick Gloaguen, Eric Guillamet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Moins d'une minute a suffit pour que ce bateau, en parfait état de marche, ne sombre, avec ses 5 marins. Aucune tempête, pas d'avarie mécanique, juste un appel de détresse angoissé reçu par un autre bateau : "Venez vite, on chavire". Le mystère autour de la disparition du bateau et de la mort des cinq marins est épais. D'autant plus épais que, tout au long de cette affaire, tout a été fait pour que l'on ne sache pas la vérité, au plus haut niveau.

  (Article de presse)

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 


 

Quelques heures après le naufrage, un communiqué de la préfecture maritime de l'Atlantique annonce qu'un exercice militaire sous-marin de l'OTAN avait lieu autour de la zone du naufrage, mais que le premier sous-marin (le sous-marin néerlandais Dolfjin) ayant fait l'objet de réparations suspectes aux yeux des marins était à plus de 20km.

 

 

 


 

 

 

 

 

 


 

Le sous-marin britannique HMS Turbulent serait également suspecté car il aurait subi des réparations après l'exercice mais se serait trouvé à plus de 50 km du naufrage selon les autorités. D'autres documents mentionnent la présence à proximité du sous-marin allemand U22.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Les familles de victimes reprochent aux autorités d'entraver l'enquête judiciaire en ayant publié un communiqué erroné comme quoi il n'y avait pas eu d'exercice militaire sous-marin le jour du naufrage, en dissimulant des documents. Ils reprochent également le manque de coopération des autorités britanniques et allemandes. Leur avocat a donc déposé plainte contre X pour entrave à l'enquête fin janvier 2007.

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 


 

Journal "Libération" du 14/01/2009 :

 

JUSTICE - La juge d'instruction en charge de l'enquête sur le naufrage du chalutier Bugaled Breizh en 2004 a rejeté la demande d'investigations complémentaires réclamées par les familles. Ces dernières réclamaient notamment l'identification de tous les sous-marins présents dans le secteur où s'est déroulé le drame.

 

 

 


 

 

 

 

 

 


Les familles des victimes poursuivent le combat : la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes a été saisie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Par Erwan - Publié dans : Pays Bigouden - Communauté : Les Bretons sont dans la place
Ecrire un commentaire - Voir les 12 commentaires - Recommander
Lundi 11 mai 2009
Dernière étape de la série de photos sur la pêche au Guilvinec.
Une fois le poisson débarqué, direction la criée où va s'effectuer la pesée de la pêche du jour :






















Les caisses, disposées sur un tapis roulant, passent devant la cabine de pesée :





















Tout au fond, derrière la porte jaune, les mareyeurs achètent leurs lots. La criée du Guilvinec est maintenant informatisée, et l'on ne peut plus assister au spectacle des enchères. Pour cela, il faut se rendre au port de Loctudy, où se pratique encore la criée à "l'ancienne".

Dessous, la cabine de pesée :













Et derrière cette cloison, les mareyeurs :













Une fois la pêche vendue, direction les étals de la région, ou alors les magasins d'emballage pour l'expédition par camions frigorifiques vers Rungis et les grandes villes de métropole :































Fin de la chaîne : les caisses à poissons sont lavées dans un grand "lave-vaisselle".











Fin de la série de photos sur le Guilvinec.





















Par Erwan - Publié dans : Pays Bigouden - Communauté : le Finistère
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires - Recommander
Lundi 4 mai 2009

… Suite de l'article précédent….

Sur le quai du Guilvinec, il n'y a pas seulement des spectateurs. Les Affaires Maritimes sont là également, toise à la main, pour contrôler la pêche du jour. Si la langoustine ne dépasse pas la taille prescrite, soit 9 cm, toute la pêche est saisie.

 

 

 










 

 


 

Le contrôle continue à bord du bateau de pêche : livre de bord et matériel de pêche. Petite remarque : le nom du bateau, en breton, "Gwenvidik" signifie "Bienheureux".

 





 

 




























 

Les goélands aussi prélèvent leur part !

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Suite du conte de Pierre Jakez Hélias :
Le pêcheur Nonna

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Et le pêcheur Nonna se retira sans bruit. La tête chaude et le pas vif. Un peu plus loin, il rencontra un vieillard qui fumait sa pipe à l'abri d'un talus :

- Est‑ce que je suis encore loin de Kerstribilh, grand-père ?

- Tout près, mon fils. Traversez ce champ découvert et descendez dans le vallon, droit sur le verger de pommes que vous voyez devant vous. C'est là. Mais vous n'êtes pas de par ici, vous ? Un homme de la côte, sans doute. On dit que les poissons se font plus rares que les poux. Est-ce vrai ?

 

 

 


 

 

 

 

 


 

 

‑ Je ne sais pas, maintenant. J'étais pêcheur, oui. Mais, depuis quelques temps, j'habite au Paradis.

‑ Au Pa... Para... bredouilla le vieux en laissant tomber sa pipe entre ses sabots.

‑ Et alors ! Pourquoi vous étonner ? Il y a quand même plus de gens au Paradis que sur cette terre, non ! Vous verrez, bonhomme. A bientôt ! »

 












 

 

Nonna descendit vers Kerstribilh en espérant fermement que les hommes seraient encore aux champs. A la campagne, il vaut mieux avoir à débattre avec les femmes, n'importe quel chemineau vous le dirait. Elles tiennent la maison et la bourse. On peut les prendre de court sur certains sujets, là où précisément les hommes vous opposent la plus grande méfiance, avec leur manie d'enfoncer les doigts dans les plaies du Christ avant de croire à la Résurrection.

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 


 

 

C'est pourquoi le pêcheur fut joliment soulagé quand il entendit la voix d'une vieille femme lui crier d'entrer, une fois qu'il eut fini de dévider son pater à haute voix sur le seuil. La maîtresse de la maison était penchée sur l'âtre, occupée à faire des galettes. Elle ne se retourna pas pour le regarder.

 









 

 

 


 

 

 

 

 

 

 


 

‑ La bénédiction de Dieu sur vous, ma tante, et sur toutes les âmes qui habitent cette maison.

‑ Asseyez-vous sur le banc, mon pauvre homme. Laissez-moi venir à bout de cette galette qui fait sa mauvaise tête. C'est la faute du vent aussi. Il n'arrête pas de virer. Vous venez de loin ?

‑ De très loin. J'ai traversé un bon morceau du monde avant d'arriver ici. Et je n'ai pas le temps de m'asseoir. Je dois être rentré au Paradis pour minuit, sans retard.

 

 

 


 

















 

 

A ces mots, la femme abandonna vivement la galette à son noir destin et leva le dos. Il y avait de la surprise dans ses yeux très bleus, mais aucune peur. De toute évidence, elle vivait familièrement avec les Trépassés. Quand elle vit son hôte si décharné, elle n'eut plus de doute.

‑ Au Paradis, Vierge sainte ! Mais alors, vous êtes mort ?

‑ Oui, mort. Et depuis très longtemps.

‑ Dites-moi vite ! Peut-être avez-vous vu là-bas mon fils Petit Joseph ?

‑ Nous sommes l'un à côté de l'autre. C'est lui qui m'a dit de venir à Kerstribilh pour vous conter ses nouvelles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 


 

 

‑ Pauvre Petit Joseph ! Il se rappelle encore sa mère. Et pourquoi n'est-il pas venu lui-même ?

- Il ne peut pas. Les êtres du Paradis ne sont autorisés à descendre sur terre qu'après la mort de tous ceux qui les ont connus vivants. Avez-vous jamais vu quelqu'un de vos gens en chair et en os devant vous après sa mort ?

‑ C'est vrai et c'est juste. Et comment se trouve Petit Joseph au Paradis, le pauvre ?

 

 

 

 














 

 


 

 

‑ Il est dans la béatitude. Je ne peux pas vous expliquer ce que c'est. Mais une chose le tracasse. Rien d'important, et tout de même... Il dort près de moi. Et depuis que le temps a fraîchi, je l'entends frissonner de froid parce qu'il n'a sur le corps que de tristes vêtements de toile rapiécée. « Je ne sais pas comment, me dit-il souvent, ma mère m'a laissé venir ici sans le moindre gilet de laine. Non, je ne le comprends pas, car j'avais une bonne mère qui m'aimait de tout son cœur. »

 

 

 

 


 


 

 

 

 

La pauvre femme éclata en sanglots et se mit à répandre des larmes amères sur ses vieilles mains.

‑ Hélas ! Il est vrai que je ne suis pas une mère avare ni indifférente. Mais dites-lui ceci : quand il a fallu l'habiller pour le cercueil, j'étais si assommée de douleur que je ne savais plus ce que je faisais. J'ai tiré de l'armoire les vieux vêtements que Petit Joseph mettait pour la moisson, au lieu de présenter ses habits du dimanche à ceux qui faisaient sa toilette. Personne n'a soufflé mot ni demandé davantage. Moi, j'étais comme aveugle. Voilà comment c'est arrivé, je le jure. Ecoutez ! Je vais vous remplir un sac de chemises, de gilets, de braies et de vestes si vous pouvez l'emporter si loin sur votre dos.

 

 













 

 

 

 

 

 


 

‑J'en viendrai à bout, serait-il aussi lourd que du plomb. Le poids, ce n'est rien pour les âmes du Paradis. Petit Joseph fera un joli faraud quand nous irons tous les deux aux pardons, là-bas comme deux frères.

- Des pardons ? Y a-t-il encore des pardons au Paradis ?

‑ Bien sûr. Seulement, au lieu d'avoir des statues de pierre ou de bois dans les églises, nous avons les saints eux-mêmes devant nous. Et quand le pardon est fini, nous allons manger du pain doux et boire un coup de cidre.

‑ Mon Dieu béni ! Et comment donc fait Petit Joseph pour tenir son rang ? Attendez ! Voici dix écus pour lui. Quand ils seront dépensés, revenez en chercher d'autres !

 






























 

 

Et voilà comment, bonnes gens, le pêcheur Nonna s'enfuit vers la côte avec dix écus d'argent dans la ceinture, dix livres de pain noir, une pièce de lard salé, un sac rempli de vêtements chauds et un autre sac, invisible, rempli de bénédictions.

 




















 

 

Autrement, il avait le cœur chargé de honte, mais cette honte se digérait à mesure que le pauvre homme pensait à ses enfants et à sa femme qui pourraient conserver leur vie aux dépens d'un mort qui n'avait plus besoin de rien. Quand la mère de Petit Joseph raconta à son mari ce qui s'était passé pendant qu'il était aux champs, l'homme fut d'abord tenté de se mettre en colère et de lâcher les chiens aux trousses du voleur. Mais sa femme était si heureuse et si apaisée de croire qu'il ne manquait plus rien à son garçon au Paradis que le père n'eut pas le courage de lui enlever ses illusions.

 

 

 

 


 












 

 


 

Plus tard, le vieillard à la pipe révéla comment il avait rencontré le pêcheur saint Pierre lui-même. Et saint Pierre lui avait demandé le plus court chemin pour aller à Kerstribilh. Sûrement, le portier du Paradis était descendu pour apporter quelque secours aux pêcheurs de Penmarc'h, ses filleuls.

 

 

Pierre Jakez Hélias

 

 

 

________________________________

 

 

Après le déchargement de la pêche, la journée n'est pas finie. Il faut reconduire le bateau à son quai d'attache au fond du port, nettoyer le pont, le matériel de pêche…Partis à 3h du matin, à quelle heure finiront-ils ? Et demain sera un autre jour. Le même.

 

 

 

 









 

 


Par Erwan - Publié dans : Pays Bigouden - Communauté : le Finistère
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Lundi 27 avril 2009

 

Vous venez en vacances cet été en Bretagne ? Alors ne manquez pas l'arrivée des bateaux au port du Guilvinec et le débarquement de la pêche tous les jours, sauf dimanche et jours fériés, de 16h30 à 18h environ.

Du haut de la criée, comme sur un balcon, vous pourrez admirer toute la flottille de pêche qui, surgissant de la brume, rentre au port. C'est un spectacle haut en couleurs qui plaira aux petits comme aux grands !

 

 

 





 


 



 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Le Guilvinec :

 


Superficie : 245 ha.

Population : 3 012 habitants.

Habitants : les Guilvinistes.

Origine du nom : de l'ancien breton golbinoc, qui peut signifier refuge fortifié en forme de bec.

 

 

 








 

Cœur de la pêche artisanale française, Le Guilvinec est un grand port du Pays bigouden, à la pointe de la Bretagne, à 35 km au sud de Quimper.


Le quartier maritime du Guilvinec (dont la création date de 1918) rassemble quatre ports du pays bigouden :

  • Le Guilvinec (130 unités),
  • Lesconil (20 unités),
  • Loctudy (92 unités),
  • Saint-Guénolé (101 unités)

 

S'y ajoute le port de Bénodet (8 unités), dans le Pays de Fouesnant, à l'Est de l'Odet, la rivière de Quimper.

 

 

 

 

 


 

 

 


C'est le plus important quartier maritime de France, tant en nombre de marins qu'en valeur de la pêche débarquée sous criée.

L'ensemble bigouden forme une entité très typée dont la production représente 17,5 % de la pêche française.

 















 

 

 

 

 

 


 

Sur les 351 unités que compte le quartier en janvier 2001, les navires pratiquant la petite pêche représentent 201 navires, suivis par les navires de pêche au large avec 123 unités et ceux de la pêche côtière 27 unités.

Production des produits de la mer en tonnage pour l'année 2006 :

  • Le Guilvinec : 18 830 tonnes.
  • Saint Guénolé - Penmarc'h : 11 950 tonnes.
  • Loctudy : 7 176 tonnes.
  • Lesconil : 537 tonnes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Ces quatre ports du pays bigouden ont un chiffre d'affaires supérieur à celui de Boulogne sur mer et de Lorient et sont la première entité de pêche de France.

Ces ports sont gérés par la Chambre de commerce et d'industrie de Quimper Cornouaille.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les côtiers sont les navires qui partent en pêche pour la journée : départ vers les trois heures du matin et retour le soir  vers 17h. Ils fréquentent la zone Nord Gascogne qui se trouve à quelques milles du port et ramènent chaque soir de la langoustine vivante.


Ces bateaux ont souvent un nom breton qui fleure bon le pays et le sel marin : Ci-dessous, le "Buhez ar Vro" (Vie du Pays), et le Nevez Amzer (Les Temps Nouveaux). Les autres plus loin, comme Avel an Heol (Le Vent Solaire), Ar Vro Vigouden (Le Pays Bigouden), Bro Goz (Le Vieux Pays), Roz Avel (La Rose des Vents)…

 

 

 






 

 

 

 





 







Toute une filière pêche s’est développée à terre et représente 1300 emplois : réparations navales, filatures, ateliers de mareyage et conserveries, transporteurs frigorifiques, lycée professionnel maritime, coopérative maritime.

 

(Source : Chambre de commerce et d'industrie de Quimper Cornouaille)

 

 









 

Si regarder ces bateaux vous donne le mal de mer, concentrez-vous sur le conte ci-dessous, une histoire de Pierre Jackez Hélias.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Le pêcheur Nonna

 

 

 

La vérité, quand elle a beaucoup vieilli, prend les couleurs de la légende. Et le mensonge tout frais du jour sera peut-être la vérité de demain. C'est pourquoi, je vous le demande, n'allez pas vous soucier de ce qu'il y a de vrai ou de faux dans l'histoire de Petit Joseph au Paradis.

 













 

Cette année-là, les pêcheurs de Penmarc'h perdirent d'abord les traces du poisson. Ensuite, les marsouins leur mirent les filets en pièces. Enfin, la tempête démantela leurs navires et fit sombrer la plupart d'entre eux. C'est à peine si quelques malheureux purent revenir à la côte sur des épaves.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Le deuil et les larmes coûtent trop cher pour les pauvres gens. Ils n'ont pas de temps à leur donner. On n'avait pas fini de chanter les messes pour les morts, que le besoin était là, suivi de près par la misère et la famine au visage blême. Le mois très noir (le mois de décembre) prit les affamés dans son poing tout froid.

 















 

Désormais, ce n'était plus le battement du cœur, trop faible, qui témoignait de la vie, mais une douleur sourde au creux de l'estomac. Les coquillages du sable et des rochers ne suffisaient pas à l'apaiser. Les tas de goémon avaient été brûlés au mois de septembre comme de coutume.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 


 

Le long de la côte, des fantômes humains erraient à la recherche de débris pour faire du feu. Mais la mer elle-même ne voulait rien rendre. Et le vent torturait les misérables carcasses sous les haillons de toile usés jusqu'à la corde. Il fallut s'en aller mendier chez les gens des terres, misérables eux-mêmes, mais dont les granges et les greniers ne sonnaient pas tout à fait le creux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

En troupeaux désolés, les femmes et les enfants remontèrent dans les terres proches pour solliciter la pitié des laboureurs. Mais le pêcheur Nonna dut se mettre lui-même en route. Sa femme était rendue de faim et ses enfants trop petits. Il se tailla un bissac dans un morceau de voile et partit tout seul vers le Nord-est, là où l'on voit, sur l'horizon, des bouquets de ces arbres qui ne sont pas des pins stériles, mais qui protègent les métairies bien pourvues.

 



 

 

 

 

 

 


 

 

 


 

Vers quatre heures de l'après-midi, notre homme arriva devant Kerbeskont. Il était sur le point d'ouvrir la barrière quand il dut s'asseoir sur les traces de ses propres pieds, les oreilles remplies du bruit de ses entrailles qui bourdonnaient plus fort qu'un nid d'abeilles. Une riche odeur remplissait la cour, parfumait les arbres et multipliait sa faim par dix. On préparait le café dans la maison.

 

 











 

 

« Bien, se dit Nonna. Le café du bout de l'an est la gourmandise des femmes. Les femmes ont le cœur plus tendre que les hommes. D'autre part, je préfère aller leur demander l'aumône plutôt qu'à leurs maris. Moi, qui suis un homme dans la force de l'âge, j'aurais honte de tendre la main à mes pareils, bien que je ne sois pas responsable de la misère qui m'est échue. Allons ! Courage, mon garçon ! Je parierais qu'elles sont une demi-douzaine à papoter autour du pot à café. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 


 

Et Nonna, doucement, s'approcha de la fenêtre entrouverte. Il avait tiré son chapelet de sa poche et il s'apprêtait à glisser un pater et un avé entre les battants quand il entendit une commère discourir en ces termes :

 

 

 







 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

« C'est une pitié, une honte rouge. Ces gens-là ont vu mourir leur fils unique avant qu'il n'aille aux armées. Un garçon si gentil, si poli avec tout le monde. Et eux, riches comme ils sont à Kerstribilh, ils l'ont laissé descendre en terre avec des haillons sur le corps, autant dire, et sans le moindre gilet de laine en plein hiver. C'est saint Pierre qui a été choqué en voyant le pauvre Petit Joseph monter au Paradis avec des pièces dans sa chemise. » Et le chœur des commères lui renvoyait ses litanies : « Pauvre petit ange ! Pauvre Petit Joseph au Paradis ! C'est un crève-cœur ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 


 

 

« Mauvaises langues, cœurs filandreux, dit Nonna dans sa barbe. Et les autres, là-bas, à Kerstribilh, doivent être avares comme un chien avec son os. Ce n'est pas encore grâce à eux que je remplirai mon bissac... Ou peut-être le ferai-je si je me montre assez malin. Avec des gens pareils, il ne faut pas être trop honnête quand on veut rester vivant »

 

 

 

 

 


 


 


 

 

 

 

 

 

 


 

A suivre, semaine prochaine, suite du conte et déchargement de la pêche…

 

 

 

 

 

 

 

Par Erwan - Publié dans : Pays Bigouden - Communauté : Les Bretons sont dans la place
Ecrire un commentaire - Voir les 11 commentaires - Recommander

Présentation

Calendrier

Juillet 2009
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Recherche

Créer un Blog

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus