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Bretagne : La légende de la Baie des Trépassés

Erwan

Photos de coucher de soleil à pointe du Finistère avec la légende de la Baie des Trépassés, légende racontée par Pierre Jackez Hélias.


 


 

La légende de la Baie des Trépassés

 

 

Debout sur l'étrave du Raz de Sein, quand on regarde le Bec du Van, vers le nord, on voit la mer pousser des rouleaux puissants sur une grève entre les deux caps. C'est la grève des Trépassés, «l'abominable baie», un des lieux de rendez-vous des noyés qui attendent l'embarquement pour leur séjour de l'autre monde. Et pourtant, les pêcheurs de Cléden en parlent seulement comme «de la grève du Nord-Ouest».

 








 

 



 



On n'y trouve pas d'ossements humains parmi les galets. Les courants n'y portent pas plus de cadavres qu'ailleurs. Certains jours, la mer y est si douce et le soleil si beau que la méditation de la mort y semblerait une offense.

 









 

 

Mais le peuple invisible des Trépassés se presse dans cette baie et sur ses rivages.

Dans les eaux de la baie, il y a des noyés de toute sorte. Il y a les plus beaux marins du monde et les plus courageux, ceux que la Morgane a choisis pour époux. Mais le destin de la Morgane veut que son baiser tue ses amants et qu'elle n'étreigne jamais que des cadavres. Ils dérivent dans les courants et pas un seul poisson n'oserait les profaner.

 









 

 

D'autres noyés chrétiens se sont livrés eux‑mêmes à la Morgane païenne. Ceux‑là vont errer jusqu'à la fin du monde, la marque de leur baptême au front. C'est en vain que les pêcheurs vivants qui les rencontrent voudront les ramener dans leur barque, par pitié. Les damnés leur glisseront des mains. De la Barque des Morts, ils ne verront que la quille.

 

 



















 

 

Au bord de la Baie des Trépassés attendent aussi les âmes de ceux dont la mer a rejeté les cadavres. La plupart sont d'honnêtes marins, en paix avec Dieu et avec les hommes. A cause de cette innocence, ils ont eu assez de pouvoir sur les vagues pour que celles-ci les ramènent à la côte où ils seront ensevelis en terre bénite. Mais quelques-uns, coupables de fautes inexpiables, ont vu leurs corps vomis par la mer elle‑même, qui n'a pas voulu en être souillée. De ceux-là non plus, la Barque des Morts ne voudra pas se charger.

 

 

 


















 

Depuis que le monde existe, la Barque des Morts se présente à la Baie des Trépassés, certaines nuits. Une voix puissante s'élève sur le Bec du Van ou le Bec du Raz, appelant un pêcheur par son nom. L'homme ne s'étonne pas. Il sait que, depuis toujours, ses ancêtres ont passé les morts et que, pour cet office, ils étaient affranchis de toute redevance envers leurs seigneurs de la terre.

 











 

 

Il descend vers la baie du Nord-Ouest. Une longue chaloupe y est à flot. Elle paraît vide et pourtant elle s'enfonce dans l'eau jusqu'au bordage, comme si elle était chargée à couler bas. Dans une grande rumeur de supplications, le pêcheur se fraie un passage à travers les rangs pressés d'une foule invisible. Quand il a pris sa place au gouvernail, une voile se largue d'elle-même et la Barque des Morts s'éloigne de la grève. Derrière elle, éclatent les sanglots des âmes qui ne sont pas du voyage.

 

 



















 

 

 Le pêcheur la manoeuvre à travers les brisants et la mène vers Sein. Dès qu'elle a touché l'île, il la sent qui s'allège et remonte sur l'eau à mesure que débarquent les invisibles passagers. Alors, il peut remettre le cap sur la grande terre. Quand il est entré dans la baie vide et silencieuse, la barque n'est déjà plus qu'une ombre, quand il a posé un pied sur le sable, elle a disparu.

 

 












 

A qui demandera si la Barque des Morts aborde toujours à la Baie des Trépassés, aucune voix n'osera répondre. Aucun pêcheur du Cap-Sizun n'a jamais avoué qu'il avait fait le passage. Celui qui est choisi pour cet office vit désormais en étranger parmi ses frères en attendant qu'il devienne l'Ankou marin.

 

 











En cliquant sur l'image ci-dessous, vous allez être dirigé vers le site "Les Ligneurs du Raz de Sein", à voir absolument.







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Commentaires

Christine Delfosse 24/08/2009 13:57

Je suis sous le charme à la fois de la légende, du paysage et des musiques qui accompagnent ce fabuleux voyage. Romancière et scénariste, je m'inspire actuellement de votre travail pour écrire une nouvelle.
MERCI POUR CETTE BEAUTE

tequila del mar 19/07/2009 12:13

Bonjour, j'ai découvert votre blog par hasard, en faisant une recherche par Google. Il est superbe avec cette alternance de photos et de textes. On a vraiment l'impression de feuilleter un livre.
Ainsi que mon pseudo ne l'indique pas, je suis paimpolaise d'origine.
Bonne journée.

Callophrys 24/01/2009 20:30

et meme des contes Bretons!!! avec des photos de toute beaute qui me donnent une furieuse envie de retourner là bas!

Spartacus 09/01/2009 10:45

Très beau texte et images super. Je connais ces lieux magiques depuis ma plus tendre enfance. C'était au temps de l'hôtel de la Ville d'Ys. Nous allions découper des mottes de tourbe dans l'étang de Laoual, et ramassions les bouses de vaches pour le chauffage. J'allais aussi chercher les moutons du coté de Saint They. Sans compter les embarquements au Vorlen, un peu plus tard. Magnifique. Compliments. Spartacus

Rosalie 08/01/2009 12:02

Bonjour,
J'ai beaucoup apprécié tes photos et particulièrement celle où il y a un cheval sur fond de mer, ça parle tout de suite, on est en Bretagne.
Je trouve que le texte de Jakez Hélias est très beau et accompagne parfaitement les images, ou plutôt ce sont les images qui collent au texte.
C'est un peu la démarche que j'essaie de suivre dans mon blog.
Cordialement