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Audierne Polynésie Bretagne : Contes et légendes, Histoire. Minorités ethniques : Thai, H'mongs, Boni, Saramaca Civilisations disparues : Angkor (Camboge),Minoenne (Crète), Mayas et Aztèques (Mexique). Sud Maroc, Thaïlande

Métiers d'antant

Erwan

Retour sur le fête du goémon à Esquibien. Outre les activités déjà décrites dans les deux articles précédents, les animateurs proposaient également des stands où l'on pouvait admirer des outils anciens, de vieilles machines agricoles, etc.. Il y avait même un maréchal-ferrant en pleine action. Voici donc quelques photos de cet habile ouvrier en plein travail.
Pour accompagner les photos, un petit conte de Pierre Jakez Hélias. Encore lui, me diriez-vous ! Mais ce fut mon prof de français à l'E.N. de Quimper, et c'est ma façon de lui rendre un hommage...posthume.

 

LE CHEVAL DU RECTEUR

 



 


Jean des Loques avait à peine le courage de nourrir ses poux, et encore. Sa femme Jeannette aimait rêver sur une patte, comme la poule au perchoir. Ne vous étonnez donc pas si la Chienne de la Misère avait trouvé sa niche dans leur logis. Et pourtant, le jour de leurs noces, les deux époux étaient à la tête de dix hectares de terres chaudes, deux maisons de paille et une maison d'ardoises. Ils avaient vendu la terre par morceaux, vendu les deux maisons de paille, et maintenant les ardoises de la dernière pleuvaient sur le seuil quand le vent soufflait. Jean résolut de s'établir voleur.

 

 



 


 Un soir, notre homme revint chez lui, tirant un cheval au bout d'une corde. Quand elle vit l'animal, Jeannette fut épouvantée :

- Comment, malheureux, vous n'avez trouvé rien d'autre à voler !

‑ Hé quoi ! N'est‑ce pas une bonne bête ! Je l'ai recueillie dans les collines. Elle était seule, sans père ni mère autour d'elle. Dans quelques jours, c'est la grande foire de la Mi‑Avril. Je la vendrai pour une bonne poignée d'écus à quelque maquignon d'Espagne. Vous pourrez mettre un soupçon de viande dans le pain noir de la soupe.

 

 



 

Mais Jeannette s'était assise, toute pâle, sur un escabeau :

‑ Je connais ce cheval. C'est celui de monsieur le Recteur. Imbécile que vous êtes ! Il y a peut-­être plus de cent chevaux dans ce pays et vous avez trouvé le moyen de dérober le seul qui ne trompera personne. A cette heure, toute la paroisse vous court après.

 


 

 


 

Quand il entendit ces paroles, Jean reçut un bon coup. Mais c'était un homme de décision.

‑ Ce qui est fait est fait. J'arriverai bien à le vendre, même si je dois lui enlever la peau tout au long de l'échine pour lui en mettre une autre. Ouvrez l'écurie et trouvez‑moi une bouchée de foin dans la crèche ! Demain, c'est dimanche. Vous irez à la grand'messe et vous écouterez bien le sermon du Recteur.

 

 



 

 

Le lendemain, Jeannette revint du bourg toute blême d'émotion et ses cheveux tremblaient sous sa coiffe :

‑ Cette fois, nous sommes damnés tous les deux. Je ne sais pas ce qui va arriver encore, mais l'enfer nous attend

‑ Laissez tiédir l'enfer et racontez‑moi le sermon !

‑ Hé bien, monsieur le Recteur est monté en chaire et il était en grande fureur, le saint homme : « On m'a volé mon cheval, cria‑t‑il d'une voix à faire trembler les voûtes. Il s'est trouvé quelqu'un d'assez malhonnête et dénué de vergogne pour démonter le pasteur de cette paroisse. C'est bon. Je ferai ma pénitence en parcourant le pays à pied par tous les temps. Mais écoutez‑moi bien ! Puisqu'on m'a volé mon cheval, J’AI PRIS MA DECISION ! Oui, et s'il y a parmi vous quelqu'un dont la cons­cience n'est pas en paix, que celui‑là sache bien que J'AI PRIS MA DECISION ». Il l'a répété cinq ou six fois. Et à la dernière, il a déchargé un tel coup de poing sur la tablette de la chaire que son livre de messe est tombé sur les genoux de Jeanne Le Roux, assise contre le pilier, comme d'habitude, parce que ses oreilles la boudent. Et voilà. Nous serons sûrement perdus avant peu.

 

 

 


 

 

Et la pauvre femme répandait ses larmes dans son tablier du dimanche. Jean des Loques se trouva grandement gêné. Il s'en fut à l'écurie. Le cheval le regarda avec un oeil d'homme et se mit à rire. Pendant la nuit suivante, ni le voleur ni sa femme ne purent dormir. Ils entendaient la voix énorme du Recteur dans l'église : J'AI PRIS MA DECISION. Et le cheval, derrière le mur, frappait sans cesse du sabot des mea culpa.

 

 

 


 

 

A la prime aube, le Recteur entendit cogner à sa porte, Quand il ouvrit, il vit Jean des Loques embarrassé d'une corde au bout de laquelle hennissait un cheval

‑ Bonjour, monsieur le Recteur. Justement hier soir, j'ai trouvé ce cheval qui galopait follement dans les collines. Sans doute avait‑il un taon sous la queue qui lui menait la vie dure. J'ai eu bien du mal à lui mettre la main sur la crinière. Quand je l'ai ramené à la maison, ma femme Jeannette, qui avait été à la grand'messe, m'apprit que vous aviez perdu le vôtre. Alors, je vous le ramène

 


 


 

 

‑ Mais, mon cher Jean, ce n'est peut‑être pas le mien

‑ Si, si, Monsieur le Recteur, cet animal ne peut être à personne d'autre. On raconte, dans le pays, que votre cheval sait le latin. Et celui‑ci m'a l'air de le savoir aussi

‑ Tiens ! Vous l'avez entendu parler ?

‑ Pas tout‑à‑fait. Mais je sais bien que, si ce cheval se mettait à parler, c'est du latin qui en sortirait, et non pas du breton. Je l'ai à moitié entendu

‑ A moitié entendu ! Alors ne vous étonnez pas. Une moitié de breton, cela ressemble assez à une moitié de latin. Laissez‑le entrer. On verra bien s'il trouve son écurie.

 

 

 


 

 

Il la trouva tout de suite, et sa mangeoire aussi. Le Recteur invita Jean des Loques à manger un morceau et à mouiller le morceau d'une gorgée. Mais Jean avait beau faire, le morceau ne descendait pas franc.

‑ Dites‑moi, Jean, vous n'avez pas l'air d'être à l'aise dans votre peau

‑ Si, si, monsieur le Recteur, seulement il y a une chose que je voudrais savoir de vous

‑ Quoi donc !

‑ A la grand'messe, vous avez dit : on m'a volé mon cheval, mais écoutez bien : J'AI PRIS MA DECISION. Et vous avez répété, cinq ou six fois : J'AI PRIS MA DECISION. Quelle décision aviez‑vous prise, monsieur le Recteur ?

 

 



 

 

Le Recteur sourit. « Quelle décision ? Il n'y en avait qu'une à prendre, mon pauvre homme : vendre la selle et la bride, puisque je n'avais plus de cheval ».

Croyez‑moi si vous voulez, mais Jean des Loques est devenu un laboureur convenable. Ce qui a étonné tout le monde, sauf le Recteur de la paroisse et peut‑être son cheval.

 

 



 


 

 

 

 


 

Commentaires

Melly 23/09/2008 23:58

un beau fessier le cheval !!

bon, faut que je revienne lire l'histoire ....

belles images, merci !

:0091: Lili-Flore :0010: 23/09/2008 19:05

toujours de belles photos sur ce metier qui disparait et avec une très belle histoire. Bonne fin de journée avec des bigs bises

patriarch 23/09/2008 13:34

belles photos sur certains métiers, et en plus accompagnées d'une belle Histoire !!!!! :*

Elly bretonne exilée 23/09/2008 12:12

lool ! excellente histoire !!
les photos sont très belles (moi radoter ? naan) avec un petit coup de coeur pour la dernière.