Le joyau d'Angkor : le temple de Banteay Srei
C'est peut-être le temple le plus raffiné de tous les temples d'Angkor. Construit en briques et en grès rose, c'est l'un des plus décorés.
Plusieurs pavillons, dont les façades sont finement sculptées d'une multitude de motifs fleuris et de scènes de la mythologie hindoue, sont très bien conservés.
C'est aussi le temple à l'origine de l'aventure d'André Malraux. Les statues qu'il avait dérobées ont été remises à leur place.
Les oies sacrées (Hamsa) qui soutiennent la niche suggèrent que le temple est un palais volant se déplaçant dans les cieux :
L'entrée située à l'extrême Est était peut-être le gopura (c'est-à-dire l'entrée) de la 4e enceinte, probablement en bois, aujourd'hui disparue. La porte d'entrée est flanquée de colonnettes baguées à facettes.
Le tympan du fronton triangulaire est décoré d'une représentation d'Indra sur un éléphant tricéphale.
Au delà cette porte, une voie dallée passant entre deux files de petits piliers mène au gopura de la troisième enceinte.
Avec le gopura Est de la 3e enceinte (ci-dessous),
commence le Temple lui-même, entouré de douves. Son mur forme un grand quadrilatère de 95 m de large sur 110 m de long, d'une hauteur moyenne de 2,20 m.
Ci-dessous la maquette du temple :
Une allée, traversant les douves, mène au gopura de la deuxième enceinte en forme de quadrilatère de 38 m de large sur 42 m de long.
L'intérieur de cette deuxième enceinte forme une cour périphérique de 9 mètres sur 7 entourant le mur de la première et dernière enceinte. Là, un dernier gopura permet d'accéder au centre du temple où l'on débouche sur une deuxième cour intérieure occupée par plusieurs bâtiments : les «bibliothèques», le sanctuaire central et les sanctuaires annexes.
Le sanctuaire central, dédié à Shiva en tant que "Seigneur suprême des trois mondes", comprend trois tours (prasat) disposées de front sur une seule terrasse pourvue de six volées de marches.
Un des prasat surmonté d'une représentation de la fleur de lotus :
Les échiffres d'escaliers sont gardées par des personnages à tête fantastique et par des dieux-singes (Hanumam), les fils du Vent.
Aux angles, à l'extrémité des frontons, de la gueule de deux monstres aquatiques au corps en guirlande, émerge une sorte de lion à quatre bras :
Ce petit temple, qui date de 967, n'a pas été construit par un souverain, mais par deux brahmanes, Yajnavaraha et son frère Visnukumara qui possédaient des terres et des biens dans cette région. Ces brahmanes étaient sans doute les conseillés spirituels du souverain et aussi les précepteurs de l'héritier au trône.
C'est le premier bâtiment reconstruit par anastylose (c'est-à-dire démontage et reconstruction pierre à pierre) de 1931 à 1936 sous la direction de Henri Marchal (*). C'est un "temple plat" bâti selon l'architecture indienne. C'est sans doute pour ne pas froisser le souverain de l'époque que ce temple est de démentions modestes.
Le nom de Bantéay Srei (la Citadelle des Femmes) lui a été attribué par les habitants du lieu, admiratifs devant les nombreuses "devata" sculptées dans les niches du temple. D'autres traduisent ce nom par "Temple Sacré".
Construit avec du grès de qualité supérieur aux teintes chaudes et rosées sensible au changement de lumière, avec ses murs couverts de sculptures, Beantey Srei est l'un des chefs-d'œuvre de l'art khmer.
(*) Henri Marchal (Paris, 1876 - Siem Reap (Cambodge), 1970)
Bachelier ès lettres et philosophie et bachelier ès lettres et mathématiques en 1895, Henri Marchal est admis à l'École des beaux-arts, section architecture. Il est nommé Inspecteur des bâtiments civils du Cambodge en 1905.
En 1910, il passe le Brevet de langue cambodgienne ; il est nommé conservateur-adjoint du musée à Phnom Penh, en tant que responsable de la nouvelle section des antiquités khmères.
Ci-dessous, détail du fronton de la "bibliothèque" nord [Krishna (avatar de Vishnou) tuant Kamsa (un démon)] :
En 1916 Henri Marchal est détaché auprès de l'EFEO (Ecole Française d'Extrême Orient) pour assurer la direction de la Conservation d'Angkor. Il entreprend tout d'abord le débroussaillement d'Angkor Vat et des principaux monuments construits à la périphérie.
Il prend cependant conscience des limites des méthodes de consolidation utilisées jusqu'alors et, en 1930, part à Java pour étudier les principes de l'anastylose auprès du service archéologique des Indes néerlandaises.
Ci-dessous : Détail du fronton de la "bibliothèque" sud [Râvana (roi des démons) secouant le mont Kailâsa (mont sacré du Tibet et résidence des dieux pour les Hindous)] :
À son retour, Henri Marchal décide de les mettre en oeuvre sur le temple de Banteay Srei, récemment découvert (1931-1933). Cette restauration est unanimement saluée.
En 1947 il est rappelé comme Conservateur d'Angkor et y reste six ans. Il restaure les édifices situés le long de la chaussée ouest d'Angkor Vat.
En 1957 il prend définitivement sa retraite et décide de rester au Cambodge. Il s'installe alors à Siem Reap, où il décède à l'âge de 94 ans. Toute la population de Siem Reap suit ses funérailles.
La vie d'Henri Marchal se confond pendant près de quarante ans avec les travaux de restauration menés sur le site d'Angkor.