Pont-Croix : Foire à l'Ancienne
Située sur le versant Sud d'un coteau, la ville est baignée par les eaux de la rive droite du Goyen. Les maisons et les jardins se groupent autour de la très belle église romane dédiée à Notre-Dame-de-Roscudon. Pont-Croix, 1700 habitants, petite cité de caractère, est chef-lieu d'un canton des 12 communes du cap Sizun depuis 1790.
Les foires aux animaux de Pont-Croix ont été de tout temps réputées. Les grandes dernières foires ont eu lieu jusqu'à la fin des années 1950. Des documents remontant à 1385 mentionnent la "chohuye de PONT-KROES", prouvant la notoriété et la fréquentation massive (d'où le mot cohue en français) de ces foires et marchés d'alors. Pont-Croix était alors la capitale économique du Cap.
Du premier au troisième siècle, une exploitation rurale romaine se situait sur l'emplacement qui deviendra plus tard Pont-Croix. En effet les romains ont construit une riche propriété agricole à Kervenennec en Pont-Croix.
C'est vraisemblablement vers le Xème ou XIème siècle que la ville de Pont-Croix est fondée, au près d'un gué situé au fond de l'estuaire du Goyen qui constituait alors un point de passage obligé entre les pays côtiers du Cap Sizun et le Pays Bigouden.
Pont-Croix était alors, à l'ouest de Quimper, une petite capitale régionale de Basse-Cornouaille, à vocation agricole et artisanale, dotée d'un port abrité dont il ne subsiste aujourd'hui qu'un quai inutilisé.
Au début août, à Pont-Croix, l'Association War-Raok (En avant, en breton) a donné rendez-vous au public pour la 13e édition du Festival «Mouezh ar Gelted » (la Voix des Celtes). Comme chaque année, elle a organisé une fête dédiée à la culture bretonne et celtique : conférence, foire, concerts et animations diverses. Voici quelques photos du défilé.
Citons l'affiche de la fête :
"Puisant son inspiration dans le passé et par amour de la fête, l'association WAR RAOK organise le festival populaire MOUEZH AR GELTED, festival consacré à la culture bretonne et celtique et diverses manifestations culturelles ayant trait à la Bretagne et aux pays celtiques.

L'association œuvre également à la promotion de la langue et de la culture bretonne ainsi que la découverte de la culture des autres pays celtes. Elle entend contribuer par son action à l'animation et au développement socio -économique de la région. Elle a en outre l'ambition de devenir une des rencontres phares de la région afin de promouvoir cette culture bretonne et celtique au-delà des limites du département".
Il ne se passe pas un jour en Bretagne sans qu'une ville ou un village n'organise, par le biais d'associations de bénévoles, une fête ou une manifestation. Je ne veux pas employer le terme de folklorique, car il est devenu presque péjoratif. Ce sont plutôt des manifestations culturelles, affirmant la fierté d'une culture et d'une tradition. La fierté de son pays natal qui s'ouvre au monde sans que soit revendiqué lors de ces manifestations la moindre idée d'autonomie ou d'indépendance. C'est simplement la joie de participer à une grande fraternité. Il suffit de regarder les sourires sur les visages des participants, du plus jeune au plus âgé, pour en être convaincu.
Pour mieux comprendre cet engouement, il faut se référer à l'histoire de la Bretagne.
Vers le Vème siècle après J.C. les habitants des Iles Britanniques chassés de leur terre par les peuplades germaniques (les Angles et les Saxons), traversent la Manche pour se réfugier en Armorique. Conduits par leurs pasteurs, ils débarquent sur les côtes de la Bretagne.
La légende veut que ces pasteurs étaient des saints naviguant sur des bateaux de granite (être saint peut permettre des choses !). Ils sont bien accueillis par les autochtones dont les chefs leur donne des terres. Pour délimiter ces domaines, le saint devait conduire une charrue traînée par un bœuf. Le signal était donné à la tombée de la nuit, et l'attelage devait s'arrêter au premier chant du coq.
Si certains domaines sont moins étendus, c'est que la fille du chef de la tribu accueillante, mécontente de la décision de son père, se levait la nuit pour saisir le coq en question et le jeter au milieu du foyer. Le volatile, évidemment pas très content du sort qui lui était réservé, poussait son cri, obligeant le saint homme à arrêter sa charrue.
D'autres, prétendant n'avoir jamais entendu le cri du coq, continuaient allègrement leur petit périple jusqu'à ce qu'on leur enlève la charrue des mains. On peut être saint et avoir ses faiblesses !
Puis les communautés se sont intégrées l'une à l'autre et c'est le peuple breton lui-même, sans l'aveu de l'Eglise, qui a élevé au rang des saints les anciens moines et ermites qui furent ses premiers pasteurs et les premiers organisateurs de la vie civile et religieuse.
Venus pour évangéliser l'Armorique, les saints et divers ermites ont regroupé les tribus en paroisses. Chaque paroisse, regroupée autour d'une église ayant son identité propre, son costume, ses danses et ses règles de vie commune.
Les noms de localité en Bretagne sont souvent formés d'un nom de saint précédé des préfixes plou (ou plo, ploe, plé, pleu, plu), tré ou lan. Le plou c'est la paroisse bretonne primitive ; le tré est une subdivision de cette paroisse et le lan un ermitage ou petit monastère.
Ce qu'il faut retenir de cette époque, c'est que le clergé du temps de l'immigration a donné au peuple breton des campagnes l'organisation et les traditions auxquelles celui-ci est resté le plus naturellement attaché.
Cette organisation a perduré dans l'esprit de clocher un peu particulier en Bretagne. Il fut un temps où si un homme épousait une femme de la paroisse voisine et l'emmenait chez lui, celle-ci était considérée comme une étrangère. Il valait mieux encore chercher femme en pays lointain, la "pilule" passait mieux.
On retrouvait aussi cette rivalité quand chaque village avait son équipe de foot. C'était alors la guéguerre d'autant plus virulente si l'une des équipes était entraînée par monsieur le Recteur (curé du village) et l'autre par l'instituteur laïque de l'autre village.
Mais aujourd'hui, toutes les "paroisses" bretonnes s'unissent pour montrer ce qu'elles savent faire de mieux : accueillir et partager.