Histoire

Lundi 27 septembre 2010 1 27 /09 /Sep /2010 09:48

Port de pêche florissant jusqu'à la fin des années 1970 et début 1980, Douarnenez, 15 981 habitants,  garde encore la réputation d'un grand port sardinier. L'activité de la pêche y est aujourd'hui marginale mais de nombreux bateaux y débarquent encore leurs prises. C'est également un port de plaisance important du Finistère avec Tréboul et le Port-Rhu.

 

 

 

 

01PortDuRosmeur

 

 


 

Réputés turbulents et enclins à la fête, les Douarnenistes se font souvent remarquer : en 1921, ils élisent le premier maire communiste de France, Sébastien Velly (1878-1924), puis en 1925, contre la loi, une femme pour conseillère municipale, Joséphine Pencalet (1886-1972), héroïne de la grève des sardinières de 1924.

(Voir le film "Penn sardines", avec Charlotte Valandray, Jean Marie Winling, Marie Pillet. Un film de Marc Rivière produit par Claude Fléouter). 

 

 

 

 

02CartDouarn

 

 


 

Penn sardin est le nom donné aux femmes de Douarnenez en raison de la forme de leur coiffe.

 

 

 

 

03IleTristan

 


 

Le blason, adopté par la ville en 1977, représente une pièce moitié clé moitié ancre qui est unique dans l'héraldique des communes. Elle rappelle la légende de la Ville d'Ys : http://0z.fr/Rqxzv

 

Les entrelacs de cordages aux couleurs de la Bretagne accompagnent les fous de Bassan qui font référence à la vie professionnelle des marins pêcheurs.

 

 

 

 

04IleTristan

 

 


 

Sur la banderole, la devise de la ville, "Dalc'h mad" en français "Tiens bon", rappelle ce que disent les marins pris dans les tourments de la tempête ou de la vie. 

 

 

 

 

05IleTristan

 

 

 


 

Une petite île, l'île Tristan, se situe à 300 mètres des rivages de Douarnenez, dans l'embouchure d'une ria appelée le Port Rhu.

 


 

06IleTristan

 

 

 

 

 

 

07IleTristan

 

 


 

D'une surface de 6 hectares (450 m de long sur 250 m de large), elle présente une multitude d'aspects : côtes rocheuses, falaises, prairies, vergers, bois, jardins.

 

 

 

 

08IleTristan

 

 


 

L'île est accessible à pied par marée basse.

 

 

 

09IleTristan

 

 

 

 

 

 

 

010IleTristan

 

 


 

Aux endroits les plus exposés aux vents et aux embruns, seules subsistent des landes littorales sèches, des bruyères où des fougères.

 

 

 

 

011IleTristan

 

 


 

 

Là où la végétation est plus abritée, des feuillus et des résineux trouvent des conditions pour s'implanter.

 

 

 

012IleTristan

 

 

 


 

Au sud de l'île, le verger abrite une diversité de fruitiers : pommiers, poiriers, pruniers, néfliers.

 

 

 

013IleTristan

 

 

 


 

La présence d'eau douce et une position stratégique expliquent l'occupation humaine depuis des millénaires.

 

Bien que petite, cette île chargée d'histoire occupe une place importante dans le cœur des Douarnenistes.

 

 

 

014IleTristan

 

 


 

 

Dès l'âge du Bronze, les hommes ont fréquenté ce promontoire isolé.

 

Au XIIe siècle, l'île (sous le nom de l'île de Saint Tutuam), fut l'ermitage de Robert, futur évêque de Cornouaille de l'an 1113 à l'an 1130. Puis, il en fait don au monastère de Marmoutier (près de Tours en Indre-et-Loire).

 

 

 

 

015IleTristan

 

 


 

 

Ce nom ancien (Saint Tutuam) fait référence à Saint Tudy, pourrait être à l'origine du nom de la ville. Une autre explication étymologique courante est que Douarnenez vienne de la déformation du breton « douar an enez » qui signifie « la terre de l'île ». L'acte de donation indique qu'une église y existait déjà, ou plutôt un petit monastère. Quant au don, il semble avoir eu comme but un renouveau dans la vie religieuse du diocèse.

 

 

 

 

016IleTristan

 

 


 

Fortifiée durant les guerres de succession de Bretagne, "l'Ile Trestain" est tour à tour occupée par des garnisons anglo-bretonnes et franco-bretonnes.

 

 

 

 

017IleTristan

 

 


La guerre de succession de Bretagne, qui dura de 1341 à 1364, est l'une des guerres secondaires qui ont eu lieu au cours de la guerre de Cent Ans.

 

Elle se déclenche en 1341 à la mort du duc Jean III de Bretagne entre Jean de Montfort et Charles de Blois (neveu du roi de France Philippe de Valois) qui revendiquent chacun le duché. Mais la France et l'Angleterre sont en conflit depuis 1337 et Édouard III s'est proclamé roi de France. Ainsi Jean de Montfort lui prête l'hommage lige alors que Charles de Blois le fait pour son oncle Philippe VI de France.

 

 

 

 

018IleTristan

 


 

 

En juillet 1341, une alliance est scellée entre Jean de Montfort et Edouard III, l'alliance est assortie du comté de Richemont, fief anglais entrant alors dans le patrimoine des ducs de Bretagne.

 

 

 

 

019IleTristan

 


 

 

Edouard III débarque à Brest en 1342.

Jean de Montfort meurt le 26 septembre 1345 à Hennebont. Son fils, le futur Jean IV, est placé sous la tutelle de Edouard III.

 

 

 

020IleTristan

 

 


 

Les défaites françaises à Crécy en 1346, ou Calais en 1347, la grande peste (1348/1352), puis la capture du roi de France Jean le Bon à la bataille de Poitiers (1356) neutralisent les Français. Charles de Blois perd petit à petit du terrain sur les capitaines anglais, et la Bretagne a intérêt à être pro-anglaise pour des raisons économiques (les Anglais importent du sel).

Plus tard, le Duc de Bretagne Jean IV rachètera Brest aux Anglais en 1397.

 

 

 

021IleTristan


 

 

 

Les guerres de la Ligue du XVIème siècle sont un autre épisode sanglant de son histoire.

 

Pendant les guerres de religion, la France est ainsi divisée par deux factions soutenues financièrement et militairement par des pays étrangers.

La reine d'Angleterre Élisabeth Ire intervient en soutenant les protestants et le roi d'Espagne Philippe II en soutenant le clan des Guise, partisan du catholicisme intransigeant.

 

 

 

022IleTristan

 


 

 

En 1595, un certain Guy Eder de la Fontenelle, dont le souvenir est encore très fort à Douarnenez, se retranche dans l'Ile Tristan pour quelques années durant lesquelles il déferlera sur les terres alentour pour piller et semer la terreur.

 

 

 

023IleTristan

 


 

 

Guy Éder de Beaumanoir de la Haye, dit la Fontenelle, né en 1573 est issu d'une ancienne famille de Bretagne, sa famille résidait dans le manoir de Beaumanoir au Leslay, près de Quintin (Côtes-d'Armor).

 

Il a ravagé le Nord Finistère puis la région de Quimper et est entré dans la légende par ses cruautés. Disposant d'une troupe de 400 cavaliers, il s'est livré à des meurtres, des massacres et des pillages.

 

 

 

024IleTristan 037

 


 

 

La lutte contre les protestants, assez peu présents en Bretagne, ne fut plus qu'un prétexte et La Fontenelle devint un chef de brigands redouté surnommé "Ar Bleiz" (le loup en breton). Il se réclame du parti du Duc de Mercoeur, Duc de Bretagne et partisan de la Ligue, allié aux Espagnols.

 

 

 

 

025IleTristan


 

 

En 1595, il ravagea Locronan et ses filatures de lin et de chanvre, puis le port de Pouldavid d'où partaient les voiles tissées à Locronan et enfin Douarnenez, où il obligea les habitants du lieu à démolir leurs maisons pour édifier des fortifications sur l'Ile Tristan.

 

Sur l'île, qu'il baptisa de son nom, "île Guyon", il entretenait une "armée" de 1 200 hommes et avait construit une flotte de 6 à 10 navires de guerre bien armés commandée par un certain capitaine Orange.

 

Plus tard, ce fut la mise à sac de Penmarc'h en mai 1596.

 

 

 

 

026IleTristan

 


 

 

 

Vers 1597, La Fontenelle, dépité de ne pas avoir conquis Quimper et devant le refus de Pont-Croix de lui payer tribut, monta une expédition punitive sur cette dernière cité. Après avoir mis en déroute les paysans qui s'y étaient réfugiés, ainsi que les habitants, ou assassiné ceux qui n'avaient pu s'enfuir, les soudards envahirent et pillèrent la ville.

 

 

 

 

027PontCroix

 


 

 

Les notables se refugièrent dans l'église. Accompagnés du Recteur Jean Le Cosquert, de La Villerouault (le "capitaine" de la population) et de son épouse, ils se replièrent dans le clocher. Les premiers assaillants furent très aisément refoulés. Devant cette résistance, La Fontenelle et son Lieutenant La Boule, les firent enfumer en brûlant des genêts verts dans l'escalier. Après avoir parlementé un certain temps, il leur promit la vie sauve.

 

 

 

 

028PontCroix2

 


 

 

Les assiégés furent alors saisis dès leur sortie, les femmes violées, les hommes massacrés ou pendus.

 

Recherchant des alliances avec les belligérants des guerres de religion, il proposait, contre l'utilisation de sa place forte (l'Ile Tristan), son concours tantôt aux Anglais, tantôt aux Espagnols (déjà installés en face de Brest, sur la pointe qui porte encore leur nom, "la Pointe des Espagnols" et à Port Louis dans le Morbihan).

Assiégée par trois fois, dont une dernière fois du 7 juin au 17 août 1597, elle ne fut jamais prise.

 

 

 

 

029IleTristan

 


 

 

En 1598, après la paix de Vervins qui vit le départ des Espagnols de France, il obtint le pardon du roi Henri IV pour ses crimes. Henri IV le fit gouverneur de l'Ile Tristan et lui donna la vice-amirauté de Bretagne.

 

Plus tard, en 1601, Il est accusé d'avoir participé à la conspiration du duc de Biron au profit des Espagnols et le Parlement de Paris le condamne pour haute trahison au supplice de la roue. Il est rompu vif et exécuté à Paris en place de Grève en septembre 1602. Sa tête fut exposée sur une des portes de Rennes.

 

Henri IV décida le démantèlement des fortifications de l'île Tristan en 1602.

 

 

 

 

030IleTristan


 

 

 

Le XVIIIè siècle voit l'édification d'une batterie…

 

 

 

 

031IleTristan

 


 

 

…et d'un corps de garde.

 

 

 

032IleTristan

 

 

 

 


 

 

033IleTristan

 

 


 

Napoléon III y bâtira ensuite l'actuel fortin.

 

 

 

034IleTristan

 

 

 

 

 

 

 

 

035IleTristan

 

 

 


En 1856, un phare entretenu par un gardien est construit.

 

 

 

 

036IleTristan]

 

 

 

 


 

 

037IleTristan

 

 


 

À la fin du XIXème siècle, des presses à sardine sont construites sur l'île puis une usine de conserves au milieu du XIXème siècle.

 

 

 

 

 

038IleTristan

 

 

 

 

Pendant la seconde guerre mondiale, les Allemands y couleront leurs blockhaus…

 

 

 

041IleTristan

 


 

 

…et détruiront l'usine construite en avant de l'île, où se trouve actuellement une statue commémorative.

 

 

 

042IleTristan

 

 

 

 

 

 

043IleTristan

 

 

Ci-dessus, côté pile de la statue, dessous, côté face :

 

 

 

 

044IleTristan

 

 

 


 

La famille du poète Jean Richepin s'installera sur l'Ile Tristan pendant quelques décennies jusque dans les années 1990.

 

 


 

 

045IleTristan

 


 

 

L'île Tristan est un site classé au titre de la loi de 1930. Abandonnée pendant de nombreuses années, elle a été achetée en 1995 par le Conservatoire  du Littoral qui a entrepris un important programme de travaux de réhabilitation. Un garde assure l'entretien quotidien. L'accès à l'île, accompagné d'un guide, n'est autorisé qu'après inscription auprès de l'Office du Tourisme de Douarnenez.

 

 

 

 

 

046IleTristan

 

 

 

 

 

 

 

 

047IleTristan

 

 

 

 


 

 

 

048IleTristan

 

 

 

 

 


Pour en revenir à La Fontenelle, les mises à sac de Penmarc'h, de Pont-Croix et d'autres villes du Sud Finistère lui ont rapporté un énorme butin qu'il entasse dans l'île Tristan à Douarnenez. Certains pensent encore aujourd'hui qu'un trésor y serait enfoui quelque part. Douarnenez a donc son île au trésor.

 

 

 

 

 

049Trésor

 

 

 


 

 

 

050IleTristan


 

 

Source pour La Fontenelle :

La Fontenelle, seigneur de la ligue, de Jean Lorédan, documents inédits, Librairie Académique, Paris, 1926

 

 


Par Jean Yves - Publié dans : Histoire - Communauté : le Finistère
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Lundi 20 septembre 2010 1 20 /09 /Sep /2010 10:19

 

La bataille de Waterloo s'est déroulée le 18 juin 1815. Elle s'est terminée par la victoire de deux armées : celle des alliés composée principalement de Britanniques, d'Allemands et de Néerlandais, commandée par le duc de Wellington, et celle des Prussiens, commandée par le maréchal Blücher, toutes deux opposées à l'armée française emmenée par l'empereur Napoléon Ier. Ci-dessous, carte Wikipédia :

 

 

 01Carte Wikipédia


Toutefois, les combats n'eurent pas lieu à Waterloo mais un peu plus au sud, sur le territoire des communes actuelles de Lasne et de Braine-l'Alleud. La bataille a souvent été appelée en France «bataille de Mont Saint-Jean», lieu plus précis de l'engagement effectif. En Allemagne, elle est appelée «bataille de la Belle-Alliance».

 

 

 

 

 

02Waterloo 002

 

 


Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le Lion de Waterloo n'est pas un lion Anglais, mais le lion des Armoiries des Pays-Bas créées par Guillaume de Nassau, prince d'Orange, (1533/1584).  Appelé également Guillaume le Taciturne, il est surtout connu pour avoir été l'initiateur et le chef de la révolte des Pays-Bas espagnols contre le roi d'Espagne Philippe II, fils de Charles Quint. Cette révolte, souvent appelée Guerre de Quatre-Vingts Ans, conduisit à l'indépendance des Provinces-Unies.

 

 

 

03lion

 


 

Guillaume le Taciturne est considéré comme le Père de la Patrie Néerlandaise. La devise du prince était : Je maintiendrai (en français dans ses armoiries).

 

 

 04Armoiries


 

 

La butte du lion à Waterloo a été érigée par les Hollandais de 1824 à 1826, à l'endroit même où fut blessé le prince héritier de Hollande,  Guillaume II, Prince d'Orange.

 

 

05Lion

 

 

 

Pour élever ce monument, on a raclé la terre sur le champ de bataille. Au milieu de ce tumulus de 169 m de diamètre, s'élève une colonne de briques de 41 m de hauteur qui supporte le piédestal du lion d'un poids de 80 tonnes et la statue elle-même qui pèse 28 tonnes.

 

 

 06lion


 

 

 

07lion

 

 

 

08lion

 


 

226 marches permettent d'atteindre le sommet.

 

 

09lion

 

 

 

010lion


 


À côté du Lion, se trouve un bâtiment circulaire : le Panorama. Il contient une peinture de 110 mètres de circonférence et 12 m de haut, réalisée en 1912 par le peintre militaire français Louis Dumoulin aidé d'autres peintres et représentant un panorama de la bataille. C'est à partir de cette fresque que j'ai réalisé quelques photos.

 

 

 

011Waterloo

 

 

 

Quant au déroulement de la bataille elle-même, je préfère vous renvoyer au récit fait par Victor Hugo dans "Les Misérables", deuxième partie du tome 1 : "Cosette", livre premier : "Waterloo". Extraits en italique.

 

 

 

012lionLion

 

 

 

Les ondulations des plaines diversement inclinées où eut lieu la rencontre de Napoléon et de Wellington ne sont plus, personne ne l’ignore, ce qu’elles étaient le 18 juin 1815. En prenant à ce champ funèbre de quoi lui faire un monument, on lui a ôté son relief réel, et l’histoire déconcertée ne s’y reconnaît plus. Pour le glorifier, on l’a défiguré. Wellington, deux ans après, revoyant Waterloo, s’est écrié : "On m’a changé mon champ de bataille".

 

 

013BelleAlliance01

 

 

La belle Alliance vue du sommet de la Butte du Lion

 

 

 

014BelleAlliance02 

 

 

S’il n’avait pas plu dans la nuit du 17 au 18 juin 1815, l’avenir de l’Europe était changé. Quelques gouttes d’eau de plus ou de moins ont fait pencher Napoléon. Pour que Waterloo fût la fin d’Austerlitz, la providence n’a eu besoin que d’un peu de pluie, et un nuage traversant le ciel à contre-sens de la saison a suffi pour l’écroulement d’un monde…

 

 

 

 

015EtatMajor

Etat major de napoléon à Waterloo : à gauche, le maréchal Ney, à côté de lui, Cambronne,

assis à droite, le maréchal Soult.


 

 

 

La bataille de Waterloo, et ceci a donné à Blücher le temps d’arriver, n’a pu commencer qu’à onze heures et demie. Pourquoi ? Parce que la terre était mouillée. Il a fallu attendre un peu de raffermissement pour que l’artillerie pût manœuvrer…

Supposez la terre sèche, l’artillerie pouvant rouler, l’action commençait à six heures du matin. La bataille était gagnée et finie à deux heures, trois heures avant la péripétie prussienne…

 

 

 

016Carte ancienne de Waterloo 11h15


 Carte ancienne de Waterloo à 11 h 15


 

 

 

Mais la bataille de Waterloo commence mal : d'abord, il y a Hougomont :

 

 

 

017Hougomon01

 Sur la droite de la photo, le petit bois.

 

 

 

La façon dont les attaques contre Hougoumont ont été menées a toujours été un sujet d'étonnement pour tous les militaires qui ont étudié la bataille. La seule explication plausible est que Napoléon et ses généraux ne savaient pas ce que cachait le bois d'Hougoumont. Ce n'est qu'au cours des combats qu'ils apprennent qu'il y a "des maisons, un village". Mais aucun d'eux n'a conscience de la configuration réelle de l'ensemble, un château et une ferme dont les bâtiments forment un rectangle…

 

 

 

 

 

 

018Hougomont02

 

On distingue le mur sur la droite de la photo.

 

 

 

 

Il n’y a de meurtrières qu’au mur sud, l’attaque principale venait de là. Ce mur est caché au dehors par une grande haie vive ; les français arrivèrent, croyant n’avoir affaire qu’à la haie, la franchirent, et trouvèrent le mur, obstacle et embuscade, les gardes anglaises derrière, les trente-huit meurtrières faisant feu à la fois, un orage de mitraille et de balles ; et la brigade Soye s’y brisa. Waterloo commença ainsi.

 

 

 

019Hougomont03

 

 


 

 

Vers quatre heures, la situation de l’armée anglaise était grave...

 

La bataille, pour Wellington, avait deux points d’appui, Hougomont et la Haie-Sainte ; Hougomont tenait encore, mais brûlait ; la Haie-Sainte était prise.

 

 

 020LaHayeSainte01

 


 

 021LaHayeSainte03

 

 

 

 

 

022LaHayeSainte02


 


Là où est aujourd’hui la grosse pyramide de terre surmontée du lion, il y avait une crête qui, vers la route de Nivelles, s’abaissait en rampe praticable, mais qui, du côté de la chaussée de Genappe, était presque un escarpement.

Le long de la crête du plateau courait une sorte de fossé impossible à deviner pour un observateur lointain.

 

 

 

023CheminCreux01

 


 

Qu’était-ce que ce fossé ? Disons-le. Braine-l’Alleud est un village de Belgique, Ohain en est un autre. Ces villages, cachés tous les deux dans des courbes de terrain, sont joints par un chemin d’une lieue et demie environ qui traverse une plaine à niveau ondulant, et souvent entre et s’enfonce dans des collines comme un sillon, ce qui fait que sur divers [ 46 ]points cette route est un ravin. En 1815, comme aujourd’hui, cette route coupait la crête du plateau de Mont-Saint-Jean entre les deux chaussées de Genappe et de Nivelles ; seulement, elle est aujourd’hui de plain-pied avec la plaine ; elle était alors chemin creux.

 

 

 

 

024CheminCreux02


 

 

Un jour de bataille, ce chemin creux dont rien n’avertissait, bordant la crête de Mont-Saint-Jean, fossé au sommet de l’escarpement, ornière cachée dans les terres, était invisible, c’est-à-dire terrible. [ 48 ]

 

 

 

 

025heminCreux03


 

 

Au moment où Wellington rétrograda, Napoléon tressaillit. Il vit subitement le plateau de Mont-Saint-Jean se dégarnir et le front de l’armée anglaise disparaître. Elle se ralliait, mais se dérobait. L’empereur se souleva à demi sur ses étriers. L’éclair de la victoire passa dans ses yeux.

 

 

 

 

026Waterloo 041


 

 

Wellington acculé à la forêt de Soignes et détruit, c’était le terrassement définitif de l’Angleterre par la France ; c’était Crécy, Poitiers, Malplaquet et Ramillies vengés. L’homme de Marengo raturait Azincourt.

 

 

 

 

027Waterloo 042

 


 

Il donna l’ordre aux cuirassiers de Milhaud d’enlever le plateau de Mont-Saint-Jean. [ 52 ]

 

Ils étaient trois mille cinq cents. Ils faisaient un front d’un quart de lieue. C’étaient des hommes géants sur des chevaux colosses. Ils étaient vingt-six escadrons ; et ils avaient derrière eux, pour les appuyer, la division de Lefebvre-Desnouettes...

 

 

 

 

 

028Waterloo 013

 

 

 

Ils portaient le casque sans crins et la cuirasse de fer battu, avec les pistolets d’arçon dans les fontes et le long sabre-épée.

 

 

 

029Waterloo 005

 


 

 

A l'extrémité [ 53 ]gauche, les cuirassiers de Kellerman ; à l'extrémité droite, les cuirassiers de Milhaud.

L’aide de camp Bernard leur porta l’ordre de l’empereur. Ney tira son épée et prit la tête. Les escadrons énormes s’ébranlèrent.

 

 

 

 

 

030Ney01

 


 

 

Alors on vit un spectacle formidable.

 

Toute cette cavalerie, sabres levés, étendards et trompettes au vent, formée en colonne par division, descendit d’un même mouvement et comme un seul homme, avec la précision d’un bélier de bronze qui ouvre une brèche, la colline de la Belle-Alliance, s’enfonça dans le fond redoutable où tant d’hommes déjà étaient tombés, y disparut dans la fumée, puis, sortant de cette ombre, reparut de l’autre côté du vallon, toujours compacte et serrée, montant au grand trot, à travers un nuage de mitraille crevant sur elle, l’épouvantable pente de boue du plateau de Mont-Saint-Jean.

 

 

 

 

 

031Ney02

 

 

 

Ils montaient, graves, menaçants, imperturbables ; dans les intervalles de la mousqueterie et de l’artillerie, on entendait ce piétinement colossal… On croyait voir de loin s’allonger vers la crête du plateau deux immenses couleuvres d’acier. Cela traversa la bataille comme un prodige.

 

 

 

 

032Ney03

 

 


 

 

Tout à coup, chose tragique, à la gauche des anglais, à notre droite, la tête de colonne des cuirassiers se cabra avec une clameur effroyable. Parvenus au point culminant de la crête, effrénés, tout à leur furie et à leur course d’extermination sur les carrés et les canons, les cuirassiers venaient d’apercevoir entre eux et les anglais un fossé, une fosse. C’était le chemin creux d’Ohain.

 

 

 

 

033CheminCreux04

 

 

 

L’instant fut épouvantable. Le ravin était là, inattendu, béant, à pic sous les pieds des chevaux, profond de deux toises entre son double talus ; le second rang y poussa le premier, et le troisième y poussa le second ; les chevaux se dressaient, se rejetaient en arrière, tombaient sur la croupe, glissaient les quatre pieds en l’air, pilant et bouleversant les cavaliers, aucun moyen de reculer, toute la colonne n’était plus qu’un projectile, la force acquise pour écraser les anglais écrasa les français, le ravin inexorable ne pouvait se rendre que comblé, cavaliers et chevaux y roulèrent pêle-mêle se broyant les uns sur les autres, ne faisant qu’une chair dans ce gouffre, et, quand cette fosse fut pleine d’hommes vivants, on marcha dessus et le reste passa. Presque un tiers de la brigade Dubois croula dans cet abîme.

 

 034CheminCreux05

 

 

 

Ceci commença la perte de la bataille.

 

 

En même temps que le ravin, la batterie s’était démasquée.

Soixante canons et les treize carrés foudroyèrent les cuirassiers à bout portant.

Toute l’artillerie volante anglaise était rentrée au galop dans les carrés. Les cuirassiers n’eurent pas même un temps d’arrêt. Le désastre du chemin creux les avait décimés, [ 62 ]mais non découragés. C’étaient de ces hommes qui, diminués de nombre, grandissent de cœur.

 

 

 

035CheminCreux06

 

 

 

Alors ce fut effrayant.

 

Toutes les faces des carrés anglais furent attaquées à la fois. Un tournoiement frénétique les enveloppa. Cette froide infanterie demeura impassible. Le premier rang, genou en terre, recevait les cuirassiers sur les baïonnettes, le second rang les fusillait ; derrière le second rang les canonniers chargeaient les pièces, le front du carré s’ouvrait, laissait passer une éruption de mitraille et se refermait.

Les cuirassiers anéantirent sept carrés sur treize, prirent ou enclouèrent soixante pièces de canon, et enlevèrent aux régiments anglais six drapeaux, que trois cuirassiers et trois chasseurs de la garde allèrent porter à l’empereur devant la ferme de la Belle-Alliance.

 

À cinq heures, Wellington tira sa montre, et on l’entendit murmurer ce mot sombre : "Blücher, ou la nuit !"

 

 

037CarrésBritaniques

 

 

 

 

On connaît la poignante méprise de Napoléon : Grouchy espéré, Blücher survenant ; la mort au lieu de la vie.

 

La destinée a de ces tournants ; on s’attendait au trône du monde ; on aperçoit Sainte-Hélène.

 

Or, une heure de retard, c’est le général prussien Muffling qui le déclare, et Blücher n’aurait plus trouvé Wellington debout ; « la bataille était perdue ». [ 70 ]

 

 

 

038Waterloo 009


 

 

On sait le reste : l’irruption d’une troisième armée, la bataille disloquée…

 

A la nuit tombante sur nos régiments démantelés, toute la ligne anglaise reprenant [ 74 ]l’offensive et poussée en avant… L’extermination, le désastre de front, le désastre en flanc, la garde entrant en ligne sous cet épouvantable écroulement.

 

 

039Waterloo 010

 



 

La garde impériale sentit dans l’ombre l’armée lâchant pied autour d’elle, et le vaste ébranlement de la [ 75 ]déroute, elle entendit le "sauve-qui-peut !" qui avait remplacé le "vive l’empereur !" et, avec la fuite derrière elle, elle continua d’avancer, de plus en plus foudroyée et mourant davantage à chaque pas qu’elle faisait. Il n’y eut point d’hésitants ni de timides. Le soldat dans cette troupe était aussi héros que le général. Pas un homme ne manqua au suicide.

 

 

 

 

041Waterloo 014042Waterloo 015

 

 

 

Ney, éperdu, grand de toute la hauteur de la mort acceptée, s’offrait à tous les coups dans cette tourmente. Il eut là son cinquième cheval tué sous lui. En sueur, la flamme aux yeux, l’écume aux lèvres, l’uniforme déboutonné, une de ses épaulettes à demi coupée par le coup de sabre d’un horse-guard, sa plaque de grand-aigle bosselée par une balle, sanglant, fangeux, magnifique, une épée cassée à la main, il disait : "Venez voir comment meurt un maréchal de France sur le champ de bataille !" Mais en vain ; il ne mourut pas.

 

 

043Waterloo 075

 

 

 

Quelques carrés de la garde, immobiles dans le ruissellement de la déroute comme des rochers dans de l’eau qui coule, tinrent jusqu’à la nuit.

 

 

 

044BestréT007

 

 

 


 

Chaque régiment, isolé des autres et n’ayant plus de lien avec l’armée rompue de toutes parts, mourait pour son compte. Ils avaient pris position, pour faire cette dernière action, les uns sur les hauteurs de Rossomme, [ 82 ]les autres dans la plaine de Mont-Saint-Jean. Là, abandonnés, vaincus, terribles, ces carrés sombres agonisaient formidablement…

 

 

 

045Waterloo 007


 

 

Au crépuscule, vers neuf heures du soir, au bas du plateau de Mont-Saint-Jean, il en restait un. Dans ce vallon funeste, au pied de cette pente gravie par les cuirassiers, inondée maintenant par les masses anglaises, sous les feux convergents de l’artillerie ennemie victorieuse, sous une effroyable densité de projectiles, ce carré luttait.

 

 

 

046Waterloo 012



 

Il était commandé par un officier obscur nommé Cambronne. À chaque décharge, le carré diminuait, et ripostait. Il répliquait à la mitraille par la fusillade, rétrécissant continuellement ses quatre murs…


Quand cette légion ne fut plus qu’une poignée, quand leur drapeau ne fut plus qu’une loque, quand leurs fusils épuisés de balles ne furent plus que des bâtons, quand le tas de cadavres fut plus grand que le groupe vivant, il y eut parmi les vainqueurs une sorte de terreur sacrée autour de ces mourants sublimes, et l’artillerie anglaise, reprenant haleine, fit silence. Ce fut une espèce de répit.

 

 

040Waterloo 006

 

 

 

Ils purent entendre dans l’ombre crépusculaire [ 83 ]qu’on chargeait les pièces, les mèches allumées pareilles à des yeux de tigre dans la nuit firent un cercle autour de leurs têtes, tous les boute-feu des batteries anglaises s’approchèrent des canons, et alors, ému, tenant la minute suprême suspendue au-dessus de ces hommes, un général anglais, Colville selon les uns, Maitland selon les autres, leur cria : "Braves français, rendez-vous !", Cambronne répondit : "Merde !"

[ 84 ]

 

 

 

049le dernier care hillingford

 

Tableau de Hillingford


 

Donc, parmi tous ces géants, il y eut un titan, Cambronne.

 

Dire ce mot, et mourir ensuite, quoi de plus grand ? Car c’est mourir que de le vouloir, et ce n’est pas la faute de cet homme, si, mitraillé, il a survécu.

 

L’homme qui a gagné la bataille de Waterloo, ce n’est pas Napoléon en déroute, ce n’est pas Wellington pliant à quatre heures, désespéré à cinq, ce n’est pas Blücher qui ne s’est point battu ; l’homme qui a gagné la bataille de Waterloo, c’est Cambronne.

 

 

050Pierre Cambronne

 

 

 

Foudroyer d’un tel mot le tonnerre qui vous tue, c’est vaincre.

 

 

Faire cette réponse à la catastrophe, dire cela au destin, donner cette base au lion futur, jeter cette réplique à la [ 85 ]pluie de la nuit, au mur traître de Hougomont, au chemin creux d’Ohain, au retard de Grouchy, à l’arrivée de Blücher, être l’ironie dans le sépulcre, faire en sorte de rester debout après qu’on sera tombé, noyer dans deux syllabes la coalition européenne, offrir aux rois ces latrines déjà connues des césars, faire du dernier des mots le premier en y mêlant l’éclair de la France, clore insolemment Waterloo par le mardi gras, compléter Léonidas par Rabelais, résumer cette victoire dans une parole suprême impossible à prononcer, perdre le terrain et garder l’histoire, après ce carnage avoir pour soi les rieurs, c’est immense.

 

 

 

051Waterloo 078

 


 

Au mot de Cambronne, la voix anglaise répondit : feu ! Les batteries flamboyèrent, la colline trembla, de toutes ces bouches d’airain sortit un dernier vomissement de mitraille épouvantable ; une vaste fumée, vaguement blanchie du lever de la lune, roula, et, quand la fumée se dissipa, il n’y avait plus rien. Ce reste formidable était anéanti, la garde était morte.

 

 

Victor Hugo "Les Misérables, tome 1 – Waterloo"

 

 

 

 

052Waterloo 046

 

 

 

Cambronne, blessé à la tête, sabré au bras droit et ayant également reçu un coup de baïonnette à la main droite et d'autres blessures à la jambe, s'écroule inanimé. Sa détermination provoqua l'admiration des Britanniques, qui firent tout pour le capturer. Il se fait ainsi capturer par les hommes du bataillon "Osnabrück" de H. Halckett. Soigné durant sa captivité par Mary Osburn, une infirmière d'origine écossaise, Cambronne l'épousa.

 

 

053Waterloo 066

 

 

Wellington écrira de Bruxelles : " C'est l'affaire la plus désespérée où je me suis trouvé. Je n'ai jamais pris tant de peine pour une bataille ; je n'ai jamais été si près d'être battu ! "

 

 

054Wellington

 

 

 

En sortant du bois de Paris, les Prussiens forment leur ligne parallèlement à la chaussée de Bruxelles. Le corps de Ziethen fait sa jonction avec la gauche de Wellington, et s'avance vers la ferme de Papelotte, sur le flanc de l'Armée française.

 

 

 

 

055Papelotte

 

 

Le corps de Bülow s'avance dans la direction du village de Plancenoit, afin de prendre l'armée française à revers et de lui couper sa retraite.

A Plancenoit, où la lutte s'est poursuivie avec un acharnement extraordinaire, deux bataillons de la Vieille Garde ont tenu le village jusqu'à la tombée du jour, permettant le repli des débris de Lobau.

 

 

 

 

056Carte ancienne de Waterloo 19h45


 Carte ancienne de Waterloo à 19 h 45

 


Lors de la bataille de Ligny entre Français et Prussiens, le 16 juin 1815, où les Prussiens furent battus, le maréchal Blücher échappa miraculeusement à la capture par les Français. En effet, vers la fin de la bataille, le cheval de Blücher est tué, s'écroulant sur lui et l'immobilise totalement, alors que les soldats français approchent ! Mais le soleil se couchant, les cavaliers français ne virent pas le vieux Prussien, qui fut dégagé de son cheval par son fidèle aide de camp, le comte von Nostitz, resté près de lui après sa chute.

 

 

057Blücher (nach Gebauer)

 

 

Le bilan des pertes au cours de la journée du 18 juin est évalué à 40.000 Français morts, blessés ou disparus, 15.000 Anglais et 7.000 Prussiens. Mais ce bilan demeure très incertain du fait de nombreuses désertions sur le champ de bataille. (Le jour J en Normandie : 10 300 hommes dont le tiers de tués).

 

 

 

058Kellerman

 

Le général Kellerman

 

 

Vue générale du champ de bataille vu du côté Anglais, de la bute du Lion.

 

 

 059ChampdeBataille

 


Par Jean Yves - Publié dans : Histoire - Communauté : images du monde
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Lundi 24 août 2009 1 24 /08 /Août /2009 10:19

Situé à la pointe extrême du continent, le sémaphore de la Pointe du Raz fait partie du réseau de surveillance des côtes et de la navigation sous la responsabilité de la Marine nationale qui les arme en personnels militaires spécialisés : les guetteurs sémaphoriques.

Il est possible de le visiter tous les jeudis de 11h à midi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

La mission du sémaphore de la Pointe du Raz est de surveiller la Chaussée de Sein, la baie de Douarnenez et la baie d'Audierne. La chambre de veille (la tour de contrôle) s'élève à 80 m au-dessus du niveau de la mer. Il est également un poste principal météorologique. C'est un sémaphore de 1ère catégorie.

 

 


 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Pour exercer ses missions, le personnel du sémaphore dispose d'une chambre de veille équipée de larges baies vitrées et de puissantes paires de jumelles donnant sur la zone maritime à surveiller, d'un radar, de moyens de radiocommunication et de systèmes de surveillance de la navigation très sophistiqués.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Les photos étant interdites dans la chambre de veille pour cause de terrain militaire, ci-dessous, une photographie de l'affiche de la Marine Nationale exposée à l'entrée du sémaphore. Quant aux systèmes de surveillance, la rigueur militaire et son culte du secret étant poussés à l'extrême, font que l'on trouve toutes les indications voulues sur Internet. Secret-défense oblige.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 
















 

La construction du sémaphore de la Pointe du Raz date du 2ème quart du 19ème siècle, année 1838. A l'origine, c'était un phare, le phare du "bec du Raz". Le 15 mai 1839 s'allume un feu de premier ordre fixe blanc sur une tour carrée en pierres de taille de 15m de hauteur.

L'année 1881 voit la construction des logements des gardiens.

 

 

 


 

 

 

 

 

(carte postale source Marine Nationale)

 

 

 

 


 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 15 septembre 1887, la mise en service du phare de la Vieille (photos ci-dessous) a pour conséquence l'arrêt du phare du Bec du  Raz, et dès octobre 1892, la tour du phare porte le sémaphore.

 

 





 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Le sémaphore est la suite historique des corps de garde et des batteries côtières créées sous Louis XIV (voir article précédent sur le corps de garde de la Pointe du Souch). Napoléon Ier remet ce système de surveillance au goût du jour. En 1806, Louis Jacob, (amiral et homme politique français né à Tonnay-Charente, Charente-Maritime, le 11 novembre 1768 et mort à Livry-Gargan, Seine-Saint-Denis, le 14 mars 1854), fait du  sémaphore un poste de guet établi sur la côte, chargé de surveiller les approches maritimes et de signaler par signaux optiques toute activité ennemie (le mot sémaphore vient du grec sema : signe, et phoros : qui porte).

 

 

 


 

 

 

 

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les sémaphores sont, avec leur capacité télégraphique, conçus comme un canal de communication, le seul pour l'époque en tout point de la côte entre les navires et la terre. Les sémaphores étaient des bureaux télégraphiques à part entière. L'aspect de surveillance complète ce rôle central : «Chaque poste sémaphorique est un œil - et un œil vigilant - ouvert sur la mer pour voir tout ce qui s'y passe.»

 

 

 

 

 


 

 

 

En 1958, le service de télégraphie est fermé. Les sémaphores sont désormais chargés de la surveillance de l'espace maritime, aérien et terrestre, militaire et civil. Ils doivent, en particulier, participer à la sécurité de la navigation et à la sauvegarde de la vie humaine dans la zone côtière.

 

 

 

 

 

 


 

 


 

Initialement, 162 électro-sémaphores furent construits le long du littoral français, mais aussi en Algérie et en Tunisie.

59 d'entre-eux sont encore en activité.

 

Actuellement les sémaphores sont classés en trois groupes selon leur situation géographique et l'importance des missions qu'ils assurent :

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

1) Les vigies armées par 10 personnes assurent une veille permanente à l'entrée des ports militaires (Homet pour Cherbourg ; Stiff, St Mathieu et Portzic pour Brest ; Cepet pour Toulon).

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

2) Les sémaphores de 1ère catégorie ou permanents, fonctionnent avec 9 personnes et assurent une veille permanente en des endroits remarquables de la côte ou dangereux pour la navigation ainsi qu'à l'entrée des ports de commerce d'intérêt majeur comme Le Havre, Nantes, Bordeaux, Marseille.

 

 

 

 

 

 


 

 

 

3) Les sémaphores de 2ème catégorie ou intermittents répartis le long de la côte pour obtenir une surveillance continue avec le reste de la chaîne sémaphorique, assurent avec un équipage de 5 personnes, une veille du lever au coucher du soleil mais peuvent être réarmés en quelques heures.

 

Le personnel engagé suit les cours de formation à l'école des guetteurs sémaphoriques. Cette école est une partie intégrante de l'École de manœuvre et de navigation située à Lanvéoc Poulmic (coté sud de la rade de Brest).

 

 


 

 

 

 

 

 


 

 

Missions militaires

  • Assurer la présence de la marine nationale en certains points de la côte.
  • Surveiller l'espace maritime, terrestre et aérien : surveillance de la zone qui leur a été attribuée.
  • Assurer un service de transmissions : écoute de fréquences civiles et militaires.
  • Informer les commandements opérationnels et organiques.
  • Réguler et surveiller le trafic maritime : signaler à l'autorité maritime toute infraction à la réglementation relative à la navigation, à la pêche ...

 

 

 

 

 

 


 

 

 

Missions de service public

  • Sauvegarde de la vie humaine (en liaison avec les CROSS).
  • Surveillance du plan d'eau.
  • Écoute des fréquences de détresse.
  • Diffusion de toute information relative à la sécurité de la vie humaine.
  • Signalisation des avis de coups de vents et tempête.
  • Participation aux opérations de sauvetage en mer.
  • Surveillance de l'espace terrestre (feu de forêt).
  • Observations météorologiques au profit de la Marine nationale et de Météo France.
  • Concours aux tâches des autres administrations (Douanes, Affaires Maritimes, Gendarmerie, Mairie ...) dans le cadre de la coordination de l'action de l'état en mer exercée par le Préfet Maritime (police des pêches, surveillance des zones interdites de mouillage, des sites archéologiques, zones de tirs, du balisage de jour et de nuit).
  • Prévention des pollutions maritimes accidentelles.

 

 

Source : Marine Nationale

 

 


 

 

 

 


 

Les photos ci-dessous sont prises de la chambre de veille du sémaphore, à travers les vitres teintées.

 

 











 

 

 

 

 

 


 

Il semblerait cependant que les hommes n'aient pas une confiance absolue dans le sémaphore malgré tous les moyens modernes déployés pour assurer la sécurité dans l'un des passages les plus fréquentés et les plus dangereux du monde. Aussi, ils ont préféré s'adjoindre la puissance des instances divines en érigeant à l'extrême pointe la statue de Notre Dame des Naufragés.

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Si les marins demandent au sémaphore de veiller sur leur navire, ils confient, eux et leurs familles, leur vie et leur âme  à Notre Dame des Naufragés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Par Erwan - Publié dans : Histoire - Communauté : Les Bretons sont dans la place
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Lundi 29 juin 2009 1 29 /06 /Juin /2009 11:21

De 1689 à 1815, la France est presque continuellement en guerre avec l´Angleterre, les historiens ont parlé de «Seconde guerre de 100 ans». Après la bataille navale de la Hougue en 1692, la France s´oriente alors vers une stratégie défensive. Seuls les corsaires peuvent rivaliser avec les Anglais maîtres des mers.

 

 

 





 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

A la suite de la révolution de novembre 1688 qui a porté le stathouder Guillaume d'Orange sur le trône d'Angleterre, le roi détrôné Jacques II Stuart s'est réfugié en France. Louis XIV va s'efforcer pendant plusieurs années de le remettre sur le trône.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rappelé dans son royaume, en 1692, par une faction de ses sujets, Jacques II demanda à Louis XIV une flotte et des troupes pour débarquer en Angleterre. Il se rendit à La Hougue avec 16.000 hommes afin d'embarquer sur la flotte du Vice-amiral de France, le Comte de Tourville, forte de 44 vaisseaux de guerre.

 

 


 


 

 

 


L'escadre française appareilla le 12 mai, et rencontra la flotte anglo-hollandaise qui alignait 84 vaisseaux de premier rang et quantité de brûlots.

La disproportion des forces était énorme. Le 29 mai 1692, en livrant pendant douze heures un combat à un contre deux sans qu'aucun bâtiment français n'ait été détruit ou capturé, Tourville et ses hommes réalisèrent l'un des plus beaux exploits de l'histoire maritime.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais il fallait se dégager. L'amiral français prévoit de rejoindre Brest ou Saint-Malo poursuivit par la flotte ennemie. Une majorité des navires (soit 27 navires) parvient à franchir le Cap de la Hague, mais treize ne peuvent franchir des courants du raz Blanchard. Ils sont alors contraints de revenir vers l'ennemi en se réfugiant devant Cherbourg qui n'était alors qu'une rade sans protection. Les 2 et 3 juin, les Anglais, embarqués sur des chaloupes, incendient l'un après l'autre les navires en rade de la Hougue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette sévère défaite révèle la nécessité de consolider la défense côtière. C'est à partir de ce moment que se multiplient batteries côtières et corps de garde tout le long des côtes, en particulier sur la côte Nord de Bretagne, de Saint Malo à Brest et la presqu'île de Crozon.

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le corps de garde du Souc'h fut construit en 1747. Cette ancienne bâtisse servait aux gardes-côtes pour surveiller les mouvements des navires ennemis et prévenir toute tentative d'attaque, principalement contre les invasions de pirates ou d’Anglais.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 1815, il est déclassé et affecté aux services des douanes, puis est abandonné par la suite. La restauration date de 1997 pour les murs et de 1998 pour la toiture.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Tous les hommes, de 18 à 60 ans, dont le clocher de la paroisse est à moins de 2 lieues (environ 8 km) du rivage marin sont astreints à participer à une "Milice Garde-côte". Ils se relaient quotidiennement sur un cycle de 20 jours. Ils doivent assurer le guet de la mer : mission de surveillance des bateaux de passage. Les conditions de vie lors des gardes étaient draconiennes : interdiction de faire du feu pour se chauffer ou pour se nourrir.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 


En cas d´apparition de voiles ennemies, les miliciens de la compagnie garde-côte alertaient les autorités par signaux codés : jeux de pavillons par temps clair, coup de canon, tocsin de l´église la plus proche, feux la nuit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Quand on pense à la guerre des côtes, on pense escadres au combat. Mais la guerre des côtes est tout autre. Ce sont des persécutions, des opérations de harcèlement et des attaques sournoises par des bâtiments légers à faible tirant d´eau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Les souvenirs de pillages et de descentes : Morlaix (1522), Belle-Ile, Houat et Hoëdic (1545-1548), Le Conquet (juillet 1558), Camaret (1694), Lorient (1746), Saint-Cast (1758) reviennent toujours pour confirmer ce qu´on considère comme un péril.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’état de guerre qui s’instaura durant ces longues années allait rendre la vie des populations littorales peu sûre. Beaucoup de hameaux et de villages riverains ne furent pas épargnés : rapines, enlèvements (cf. article précédent), viols, incendies…

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

Ici, l'ennemi héréditaire n'est pas l'Allemand comme sur les frontières de l'Est, mais l'Anglais, le Saxon maudit (Saoz milliget).

 

Un pays de Celtes comme le nôtre...

Là, autant, tous, petits et grands,

Du Saxon maudit ont méfiance et haine,

Dieu veuille que nous puissions, un jour, quand le coup sera propice,

Les chasser, pour jamais, loin hors de notre pays !

 

Pièce de théâtre, Le Roi Arthur,

Auteur inconnu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La plage de Gwendrez et la pointe du Souc'h.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Erwan - Publié dans : Histoire - Communauté : Les Bretons sont dans la place
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Lundi 15 juin 2009 1 15 /06 /Juin /2009 21:23

26 Nivôse de l'an V de la République (14 janvier 1797) : une page de l'Histoire de France qui marque la vie de la commune de Plozévet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dis-moi, ami, quel est ce mât de pierre

Dressé entre Penhors et Porz Poulhan

Près d'un sentier où fleurit la bruyère,

A la limite de l'estran ?

Pourquoi a-t-il un jour jailli de terre,

Dessus la lande et face à l'Océan ?

Dis-moi, ami, je t'en fais la prière,

Quel est le nom de ce géant ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est le menhir des "Droits de l'Homme",

Le monument des trépassés,

Qui apparaît, tel un fantôme,

Devant la plage de Canté.

Ce mégalithe ainsi se nomme

En souvenir des naufragés

Du grand vaisseau "Les Droits de l'Homme"

Venu, ici, se fracasser.

 

Chanson de Georges Tanneau

(Ecrivain et poète Breton, né au Guilvinec en 1937,

ancien marin,

connu en Bretagne pour ses chansons de marins).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    


 

26 Nivôse de l'an V de la République : le "Les Droits de l'Homme", vaisseau de 74 canons de classe Téméraire commandé par le capitaine de vaisseau Raymond de Lacrosse, fit naufrage en Baie d'Audierne, en face du village de Plozévet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bataille entre le vaisseau "Les Droits de l'Homme" et les frégates anglaises l'Indefatigable et l'Amazon les 13 et 14 janvier 1797 en baie d'Audierne (Tableau de Léopold Le Guen peint en 1853 - Musée de Brest)

 


 Les cent sept vaisseaux de ligne de la classe Téméraire furent construits par la France, entre 1782 et 1813 ; ils constituent la première série de navires de ligne construite selon des plans identiques, leurs éléments étant ainsi interchangeables entre deux navires de la série.

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 


La coque mesure 55,87 mètres de long, et 14,90 mètres de large. Le déplacement est de 2900 tonnes. La voilure, dont la surface est de 2485 m², est à trois mâts, gréés carrés. L'équipage nécessaire pour armer ces navires est de 562 officiers et hommes.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

















Son artillerie occupe deux ponts complets. Le pont inférieur, le plus proche de la ligne de flottaison, est garni de quatorze canons de 36 livres, sur chaque bord. Ce type de pièce, long de 3,274 mètres, pèse 3520 kg, auxquels s'ajoutent les 900 Kg de son affût. Son service nécessite quinze hommes, il est capable d'expédier un boulet plein de 17,62 kg à 3700 mètres, environ toutes les huit minutes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


Ce type de navire devint vite l'ossature de toutes les flottes de combat européennes.

 












Le vaisseau "Les Droits de l'Homme" était affecté à l'expédition qui devait débarquer une armée française sur les côtes de l'Irlande. L’Expédition d’Irlande de 1796 est une tentative avortée d’invasion de l’Irlande pendant les guerres révolutionnaires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les 16.500 hommes de l'Armée d'Irlande commandés par le Général Hoche embarquaient sur les navires de l'Armée navale de l'Océan.  44 bâtiments, répartis en trois escadres, se regroupaient au port de Brest à la fin de l'An IV (août-septembre 1796) pour appareiller le 15 décembre 1796. Parmi eux, 17 vaisseaux de 74 canons de classe Téméraire, dont "Les Droits de l'Homme", construit à Port-Liberté (Lorient) le 10 Prairial de l'An II (29 mai 1794).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A son bord, les 650 hommes d'équipage et 549 hommes de la Légion des Francs sous les ordres du Général Humbert.

Le vaisseau "Les Droits de l'Homme" est  commandé par le Capitaine de vaisseau Lacrosse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A peine l'escadre a-t-elle quitté le goulet de Brest qu'elle doit affronter une grosse tempête qui la disperse au milieu d'une énorme confusion. Seuls dix navires peuvent mouiller en baie de Bantry (Sud Irlande). "La Fraternité","ayant à son bord le Général Hoche, commandant des troupes de débarquement, n'est pas au rendez-vous. Toute idée du débarquement est annulée. 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Le navire "Les Droits de l'Homme" patrouilla 8 jours, capturant les bricks britanniques "Cumberland" et "Calypso", en faisant une cinquantaine de prisonniers,  dont le Lieutenant Pipon. Il ne voulut pas s'éloigner sans s'être assuré qu'aucun des vaisseaux français n'avait été jeté sur les côtes. Lacrosse se décida alors à rallier l'escadre en se dirigeant vers les côtes de France.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

























Nous sommes donc le 22 nivôse an V de la République (13 janvier 1797), le commandant du "Les Droits de l'Homme" croisait à 25 lieues de Penmarch, quand il aperçut au vent la frégate britannique, l'Indefatigable, de 44 canons, accompagnée de l'Amazon, de 36 canons. Vers trois heures, le "Les Droits de l'Homme" décide d'engager le combat avec les frégates.

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 


Aux bordées de l'Indefatigable, le Capitaine Lacrosse répond par des volées de canon et de mousqueterie, mais la tempête l'empêche d'ouvrir sa batterie basse de canons de 36. L'Anglais dispose d'une supériorité en voilure. Il évite ainsi  les manœuvres du "Les Droits de l'Homme" cherchant à le prendre à l'abordage. Dans cette situation, le vaisseau français aurait bénéficié d'une incontestable supériorité due aux 600 hommes de la Légion des Francs embarqués à son bord.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


À six heures trois quarts, après une heure et demie de combat,  l'Amazon  arriva à portée et tira une bordée dans la hanche du "Les Droits de l'Homme", avant de s'éloigner avec l’Indefatigable pour réparer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur les huit heures et demie du soir, les Britanniques rouvrirent le feu. Profitant de la supériorité de leur voilure, ils tournaient autour du "Les Droits de l'Homme" en le prenant en enfilade. "Les Droits de l'Homme" perdit son mât d'artimon et les frégates britanniques tentèrent de s'approcher, mais furent repoussées par le feu du vaisseau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vers une heure du matin, le commandant Lacrosse fut atteint au genou gauche par le ricochet d'un boulet mort. Il fit jurer à son équipage de ne pas amener le pavillon français. "Non, jamais, Capitaine, vaincre ou mourir !"  Fût la réponse de l'équipage. Le second du navire, Prévost de Lacroix,  prit le commandement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Durant la nuit, à la faveur de la lueur de la lune qui était pleine à cette époque, les Anglais s'acharnent autour du vaisseau. Le Français doit subir les bordées successives des navires ennemis qui l'obligent à combattre des deux bords.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Le combat dura encore quatre heures ; le navire voit ses mâts se casser, sa coque est criblée de boulets, partout des morts et des blessés. Vers six heures du matin, la vigie du "Les Droits de l'Homme" signala la côte, et le vaisseau tenta de gagner la terre, brisant ses mâts de misaine et de beaupré endommagés dans le combat. Démâté, ses ancres endommagées et son gouvernail détruit, "Les Droits de l'Homme" se jeta à la côte.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

L’Amazon en état de délabrement et ingouvernable, se brisa à la côte et son équipage fut fait prisonnier. L’Indefatigable, réduit à l'état de ponton, parvint à contourner les récifs de Penmarch et à s'échapper.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 


 


 

"Les Droits de l'Homme" s'échoua dans la baie d'Audierne le 25 nivôse à sept heures du matin. Dans la tempête, les canots légers étaient emportés par les lames avant d'être mis à l'eau. Plusieurs de ses matelots périrent en tentant d'établir un va-et-vient ou de chercher des secours.

 

 

 

 


 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Dans la nuit du 25 au 26, cinq chaloupes venues d'Audierne purent emmener les blessés et environ 400 matelots ou soldats ; la tempête interrompit les opérations de sauvetage pendant 5 jours. Le 30, Lacrosse s'embarqua sur une corvette qu'on lui avait envoyée de Brest après s'être assuré qu'il ne restait plus un seul homme à bord.

 

Lacrosse fut élevé au grade d'officier général.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Quant au Lieutenant Pipon, cet officier anglais fait prisonnier sur les côtes d'Irlande, il  fut sauvé du naufrage. "Traité avec la plus grande humanité" dira-t-il, il fut conduit à Brest et envoyé sans rançon en Angleterre où il arriva dès le 7 mars et reprit du service actif dans l'armée anglaise.

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

En 1840, alors qu'il était à la retraite dans l'île de Jersey, il revint sur le site du naufrage et y fait dresser une pierre en forme de menhir où il inscrit le témoignage de sa reconnaissance. Brisée par les tempêtes elle sera restaurée en 1882 par le maire Lucien LE BAIL au cours d'une cérémonie.

 









 

 

 

"Le major Pipon, né à Jersey, et miraculeusement échappé à ce désastre, est revenu sur cette place le 21 juillet 1840, et dûment autorisé, a fait graver sur cette pierre ce durable témoignage de sa reconnaissance, A Deo Vita Spes In Deo.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


   

Sous cette inscription, une plaque :

"Cette pierre doublement consacrée par le temps et l'histoire a été sauvée de la destruction l'an 1882."

 

 


 

En 1896, une forte tempête mis à jour les restes des naufragés hâtivement inhumés sur la falaise. Le 22 août 1937 Albert LE BAIL, député maire socialiste de Plozévet, petit-fils de Lucien Le Bail,  inaugure, dans l'enclos de l'église de Plozévet, une plaque commémorative encadrée par deux fûts de canon provenant du naufrage. Sur cette plaque est gravée l'inscription :

 

 

 

 


 


 

 

 

   

 "Ici reposent 400 hommes marins du vaisseau "Les Droits de l'Homme" et soldats de la légion des Francs qui, le 25 Nivôse de l'an V de la République, luttèrent victorieusement contre deux vaisseaux anglais au large des côtes de Plozévet et moururent aux cris de "Vive la République".

 





La plage de Canté à Plozévet aujourd'hui : une petite plage si tranquille.

 

 

 

 

 


 

 

 

Sources :

Mairie de Plozévet, exposition permanente "Les Droits de l'Homme",

Divers Internet dont Wikipédia.

 

 

 

Par Erwan - Publié dans : Histoire - Communauté : Les Bretons sont dans la place
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Lundi 24 novembre 2008 1 24 /11 /Nov /2008 15:11

 

2 - Le bilan humain

 

 

Le 7 mai 1954, l’Armée Vietminh investissait le camp retranché de Diên Biên Phù tombé après de violents combats. C’est sur le quartier général du camp, le P.C. GONO (Groupement Opérationnel du Nord Ouest) que la reconstitution, diffusée aux actualités cinématographiques de l’époque, montre les soldats Vietminh brandissant le drapeau rouge à l’étoile d’or.

 

Ci-dessous, le PC Gono, où commandait le colonel De Castries.

 


 


 

 

 

 

 

 

 

La salle de commandement :


 

 


 

Le pont sur la Nam Youn :

 

 

 


 


C’est sous ce pont que se réfugièrent ceux qui avaient craqué durant la bataille, ceux que l’on appelle communément des déserteurs,"les rats de la Nam Youn".  Mais avant de juger confortablement assis dans un fauteuil, rappelons-nous la phrase du célèbre écrivain Conrad dans son livre « Lord Jim » : « Entre la lâcheté et le courage, il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette ».

 


 

 



 Ce pont se trouve à quelques centaines de mètres du P.C.

 

 

 

 


 

Ce fut la bataille la plus longue, la plus furieuse, la plus meurtrière de l'après Seconde Guerre Mondiale, et l'un des points culminants de la Guerre Froide.

 

Près de la colline Éliane 2, un musée a été construit en souvenir de cette bataille. A l’intérieur, outre les différents objets que l’on peut trouver dans les musées militaires de ce type, on peut suivre une vidéo (avec le plan de la bataille sur maquette) retraçant  le déroulement des combats vu du côté Vietminh.

 

 

 


 


A l'extérieur, est exposé du matériel de guerre français (canon de 105 et char M24 Chaffe) :

 


 

 

 


et du matériel vietminh (armes russes et chinoises) :

 

 

 

 

 

 

 


Le cimetière vietminh se trouve au pied d’Eliane 2, là où leurs troupes eurent le plus grand nombre de tués.

 

 

 

 

 


 

 

 


 

 

Dans l’armée vietnamienne forte de 40 000 hommes et appuyée de près de 60 000 coolies chargés de l’approvisionnement en nourriture, armes, munitions, et construction de routes, les pertes sont estimées à près de 20 000 hommes.

 

 



 

 

Mais jamais, dans aucune bataille (que ce soit contre les Français ou contre les Américains), les responsables Vietminh n’ont fait état du nombre de soldats tués. D’autant qu’en plus de leurs soldats réguliers, des milliers d’autres, sans noms, les irréguliers, ceux-là même qui formaient les premières vagues d’assaut, n’étaient pas comptabilisés dans les effectifs.

 

 



 

 

Peu importait au général Giap le nombre de victimes, leur héroïsme, leur abnégation, car pendant ce temps, se tenait la Conférence de Genève qui allait décider du sort de l’Indochine : il fallait la victoire à  tout prix. "La stratégie militaire vietminh, c'est la victoire à n'importe quel prix", paroles du général Giap.

 

 


 


 

 

 

Bilan pour l'armée française (Source : La Saint-Cyrienne) :

 

  • 15 090 hommes ont combattu dans les rangs de l’armée française à Diên Biên Phù (10 813 présents le 13 mars et 4 277 parachutés, dont 5 bataillons, 1 500 individuels dont 700 non brevetés), 316 ont pu être évacués du 16 au 28 mars,
  • 4 500 ont été tués, disparus ou déserteurs (1 161),
  • 10 274 ont été faits prisonniers le 7 mai (dont 858 blessés rendus par les VM),
  • 9 415 partirent en captivité,
  • 3 290 furent libérés en septembre 1954 : soit 4 500 tués en 60 jours de combat et 6 152 morts en 120 jours de captivité.

 

 

(Stèle à la mémoire du Colonel Piroth, après le pont, à l'emplacement de son P.C.)


 


L'ensemble des prisonniers devra en effet, marcher à travers jungle et montagnes sur 700 km. Ceux qui étaient trop faibles mouraient ou étaient achevés. Puis ils ont été installés dans des villages, aux confins de la frontière chinoise, hors d'atteinte du Corps Expéditionnaire.

 

 


(Diên Biên Phù, vue du pont)


 

Là un autre calvaire attendait les prisonniers. Dans ces camps, ils avaient des conditions de survie effroyables, en particulier le camp 113 , où sévit le triste Boudarel, professeur de philosophie, membre du PCF, nommé Instructeur Politique adjoint au commissaire politique du Camp 113. Il est assimilé à un chef de compagnie avec une ration triple, soit trois kilos de paddy par jour. (Cliquer sur l’insigne pour suivre le lien)

 

 

 


 

(Le kilo de paddy, riz non décortiqué, est alors l’unité monétaire dans les zones occupées par le Viet-Minh). Quant à l’alimentation quotidienne des prisonniers, elle se limitait à une boule de riz pour ceux qui étaient valides, et pour les agonisants, une soupe de riz. Un grand nombre de soldats sont morts de dénutrition et de maladies. Ils n'avaient droit à aucun soin médical.

 

 

Quant au gouvernement français, il s’est empressé d’oublier les 6 152 soldats morts dans les camps. Soldats perdus, soldats oubliés ! Rien n’a été fait pour essayer de les retrouver. Il fallait tourner la page de cette guerre au plus vite.

 

 

 

 

 

 

Légende du graphique concernant les prisonniers de guerre :

2 % : Prisonniers français en Allemagne ;

37 % : Prisonniers allemands en Russie ;

57,5 % : Prisonniers russes en Allemagne ;

59,9 % : Prisonniers français dans les camps vietminh ;

69 % : Prisonniers du corps expéditionnaire français, toutes ethnies réunies ;

72 % : Prisonniers de Diên Biên Phù (en 4 mois de captivité).

 

 

 

 

 

Le monument du Légionnaire Rolf Rodel

 


Un homme seul a su pallier les carences du gouvernement français, le légionnaire Rolf Rodel, en érigeant à ses frais le monument ci-dessous :

 

 



 

 


 

 


 

 

 

 

 


Davantage de précisions sur ce monument en cliquant sur l’insigne ci-dessous :

 

 

 


 

 

 

 

La honte n'est pas d'être inférieur à l'adversaire, c'est d'être inférieur à soi-même (Maxime mandchoue)

 

 

 

A suivre... Le Nord Ouest du "Tonkin"


 

Par Erwan - Publié dans : Histoire - Communauté : Les Bretons sont dans la place
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Dimanche 23 novembre 2008 7 23 /11 /Nov /2008 11:24


1 - La bataille



Novembre 1953 / Novembre 2008…

Il était une fois, il y a de cela bien longtemps, 55 ans exactement, Diên Biên Phù…

Si Waterloo sonnait le glas du 1er Empire, Diên Biên Phù sonna celui de l’Empire colonial français. Qu’aurait écrit Victor Hugo s’il avait été là ?

 

 « Waterloo Diên Biên Phû ! Diên Biên Phû ! Diên Biên Phû ! Morne plaine !

Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,

Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons,

La pâle mort mêlait les sombres bataillons ; »


 

Cet article, un peu spécial, ne veut être qu’un petit et modeste rappel historique.

 

 

Ðiện Biên Phủ se trouve à proximité de la frontière laotienne, en plein pays Thaï, dans la province de Laï Chau.  La région autour de Diên Biên Phû se présente comme une petite plaine de 16 Km de long sur 9 de large, couverte de rizières et de champs, avec la ville proprement dite, et une rivière (La Nam Youn) qui la traverse.

 




 

 

 

Diên Biên Phû n’est plus le petit village de paillotes de 1953, c’est devenu une capitale de province. Elle s’est développée sur l’ancien champ de bataille, entre et sur les collines qui furent des points d’appui français. Seule, la colline Eliane 2 a été préservée de justesse pour rappeler le souvenir de ce qui fut la plus célèbre des batailles de l’Indochine car elle concrétisa son Indépendance.

 



 

 

 



Après quelques opérations réussies qui écartent la menace que le Viêt-minh fait peser sur le delta (dont la victoire de Vinh Yen en 1951 avec le Maréchal De Lattre), le commandement français décide d'attirer les troupes ennemies sur un terrain de son choix en vue de les détruire de toute la force de son artillerie et de son aviation.

 

 



 

 

 

Voulant s’inspirer du succès du camp retranché de Na San, en décembre 1952, où l'artillerie du camp et les avions d'assaut furent les éléments déterminants de cette victoire, il choisit pour cela la cuvette de Diên Biên Phû, située près de la frontière laotienne.

Le 20 novembre 1953, deux bataillons de parachutistes (6e BPC du commandant Bigeard et 2/1er RCP) sautent sur Diên Biên Phù et en chassent le régiment du Viêtminh qui l'occupait. C’est l’opération Castor placée sous les ordres du général Gilles. D'autres unités sont parachutées dans l'après-midi du 20 novembre et dans les jours suivants. Un bulldozer est largué sur la position pour permettre la rénovation de la piste d'atterrissage, construite par les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale.

 




 

 





 




Les photos suivantes sont prises sur la colline Éliane 2.

 



 


 

Les raisons du choix de Diên Biên Phù :

 

Ø      Le commandement français voulait contrôler une voie de passage essentielle de l'adversaire via le Laos vers le delta du Mékong et le Triangle d’Or (Diên Biên Phû est la porte du Laos et la route qui traverse la ville est encore de nos jours la route de tous les trafics)

 




 


 

Ø      Il voulait également créer un abcès de fixation et un solide point d'amarrage en pays Thaï, en  attirant les insaisissables forces vietminh pendant que se déroulait l’opération Atlante en Annam (opération marquée par l’embuscade d’Ankhé le 24 juin 1954 qui  aura coûté à elle seule aux Forces Françaises du GM 100, près de mille morts ou disparus en trois heures de combat).

 



 


 



Ø      Son but était aussi de créer l'insécurité sur les arrières Vietminh, de rechercher des renseignements en capturant des prisonniers, et de détruire des installations ennemies.

 




 



Ø      L’opération Castor avait également pour objectif de récupérer la garnison de la ville de Laï Chau encerclée par des régiments Vietnimh (opération Pollux). Mais l'évacuation de la base de Laï Chau prend une tournure dramatique. Le troisième et dernier élément de la garnison, fort de 2.000 partisans, s'est dispersé en petits groupes pour échapper à l’ennemi. Le 10, une compagnie commandée par le sergent Blanc est assiégée à Muong Pon, à 18 kilomètres à peine de Diên Biên Phù. Quand les légionnaires du 1er BEP atteignent Muong Pon, le 13 en fin de matinée, les derniers défenseurs sont tombés.

 





 



Et l’encerclement de Diên Biên Phù se précise :

Le 5 décembre, un groupement parachutiste (8ème BPC, 1er BPC et 2/1 RCP) s'engage sur la RP 41 à moins de 5 Km au Nord Est du centre de Diên Biên Phù. Il est sévèrement accroché et subit de lourdes pertes.

 





 

 


Le 13 décembre, sur la piste Pavie, nouvel accrochage sérieux pour un groupement parachutiste (1er BEP, 5ème BPVN) qui s'est porté en recueil des éléments de Laï Chau évacué. Les pertes sont encore importantes.

 





 


Le 20 décembre, un autre groupement composé du 8ème BPC et du 1er BEP part vers le sud ouest tendre la main à un groupement mobile venant de Luang Prabang (Laos). Le but de cette opération est de prouver que la garnison de Dien Bien Phu conservait toujours sa liberté de mouvement et que ses éléments pouvaient se rendre où ils voulaient quand ils voulaient. La marche est épuisante et longue. La liaison se fait cependant dans la région de Sop Nao (Laos). Mais le retour sera plus harassant et semé d'embûches car le Vietminh a repéré l'axe de progression de la colonne française. Cette dernière, et à l’initiative du capitaine Tourret, pour déjouer les traquenards et les embuscades, choisira la piste des sommets. Malgré quelques accrochages, le groupement ralliera Diên Biên Phù après avoir passé la nuit de Noël sur les crêtes sous une bruine froide et tenace.

 



 


 



Entre le 6 décembre 1953 et le 24 janvier 1954, cinq divisions vietminh convergeront vers Diên Biên Phù et prendront position sur les hauteurs dominant le centre de résistance. La 316 arrivera la première. Les divisions 308, 351 (la division lourde) et 312 s'y installeront entre le 24 et le 28 décembre 1953. La division 304 y parviendra le 24 janvier 1954 :  à ce moment-là, le camp retranché est définitivement encerclé. Son évacuation est peu probable, à moins de réitérer le désastre de Cao Bang en octobre 1950. (La garnison de Cao Bang, ville à la frontière N.E du Tonkin, en se repliant sur Langson, tomba dans une embuscade sur la R.C.4, avec la colonne de secours venue à sa rencontre.  Bilan désastreux : près de 5 000 morts du côté français).

 






 

 

Les centres de résistance de Diên Biên Phû furent, pour des raisons pratiques, baptisés de prénoms féminins correspondant à l'alphabet :

Anne-Marie, Béatrice, Claudine, Dominique, Éliane, Françoise, Gabrielle, Huguette, Isabelle, Junon.

 

 

Carte :

 






 




L'assaut est déclenché le 13 mars contre le point d'appui « Béatrice » tenu par la 13e demi-brigade de Légion étrangère commandée par le commandant Pégot. Le point d'appui est écrasé par les obus de canons et de mortiers lourds. Pendant plusieurs heures il reçoit des milliers d'obus. Les abris, n'étant pas conçus pour résister à des projectiles de gros calibre, furent pulvérisés. La surprise fut totale dans le camp français.

 

 




 


 

« La mêlée en hurlant grandit comme une flamme.

La batterie anglaise  vietminh écrasa nos carrés.

La plaine où frissonnaient nos drapeaux déchirés

Ne fut plus, dans les cris des mourants qu’on égorge,

Qu’un gouffre flamboyant, rouge comme une forge ;

Gouffre où les régiments, comme des pans de murs,

Tombaient, où se couchaient comme des épis mûrs…. »

 







 

En une nuit, c'est une unité d'élite de la Légion qui est supprimée. Nul n'a imaginé un tel déluge d'artillerie. La contre-batterie française se révèle inefficace. Constatant cet échec, le Colonel d'artillerie Piroth se suicide quelques jours après le début de la bataille.

 

 


 

 

Eliane 2

 

 

 

 

« Derrière un mamelon, la Garde était massée,

La Garde, espoir suprême et suprême pensée !

- Allons ! Faites donner la Garde, cria-t-il.

Et lanciers, grenadiers aux guêtres de coutil,

Dragons que Rome eût pris pour des légionnaires,

Cuirassiers, canonniers qui traînaient des tonnerres,

Portant le noir colback ou le casque poli,

Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli,

Comprenant qu’ils allaient mourir dans cette fête,

Saluèrent leur dieu, debout dans la tempête. »

 



 


 

 

Dans la nuit du 3 mai 1954, la 2ème compagnie du capitaine Marcel Edme est parachutée sur Dien Bien Phu. « Le courage de la goutte d'eau, c'est qu'elle ose tomber dans le désert (Lao She) ».

Elle part relever les légionnaires du commandant Coutant qui tiennent Eliane 2 depuis le 30 mars. Au sein du corps Vietminh, cette colline a une sinistre réputation, car depuis le 30 mars tous leurs assauts s’y sont brisés, les légionnaires n’ont pas lâché un mètre.

 

« Puis, à pas lents, musique en tête, sans fureur,

Tranquille, souriant à la mitraille anglaise vietminh,

La garde impériale entra dans la fournaise ».

 

 

 




 

La 3ème compagnie du capitaine Pouget vient également en renfort dans la journée et se positionne sur la partie Sud de la colline.

 







 

Le capitaine Edme et ses hommes couvrent la partie Est.

 




 




Mais une sape est creusée par les soldats Vietminh sous cette partie de colline. A 23 heures, le 6 mai, la terre se soulève brutalement comme le couvercle d’une marmite : deux tonnes de TNT viennent de faire exploser le sommet Est d’Eliane 2. Le capitaine Edme, se trouvant à 15 m de là, voit sa compagnie disparaître sous ses yeux.

 





 

 

 

« Hélas ! Napoléon, sur sa Garde penché,

Regardait ; et, sitôt qu’ils avaient débouché

Sous les sombre canons crachant des jets de souffre,

Voyait, l’un après l’autre, en cet horrible gouffre,

Fondre ses régiments de granit et d’acier,

Comme fond une cire au fond d’un brasier ».

 







 

Mais les parachutistes du Capitaine Pouget continueront à se battre jusqu’au matin, où, à court de munitions, ils seront submergés par le nombre des assaillants.

 

"Ils allaient, l’arme au bras, front haut, graves, stoïques,

Pas un ne recula. Dormez, morts héroïques ! "

 

Victor Hugo

 

 

Le 7 Mai à 17 h 30, le camp fortifié de Diên Biên Phù, sombrant sous le nombre, cessait le combat sans hisser le drapeau blanc.
 


 

 

 

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Cet article est dédié à Yvette et à la mémoire de son père, sous-officier au 8° Choc, tué à Diên Biên Phù, sur le point d'appui Claudine, le 20 avril 1954.



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A suivre...






Par Erwan - Publié dans : Histoire - Communauté : Les Bretons sont dans la place
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Samedi 20 septembre 2008 6 20 /09 /Sep /2008 14:28

28 juillet 1848 : L’armée bretonne du Duc de Bretagne, François II, est vaincue par les troupes du roi de France, Louis XI, à Saint-Aubin-du-Cormier. Cette défaite sonne le glas de l’indépendance bretonne. Le 10 août, François II doit signer le traité du Verger qui stipule que ses filles ne pourront se marier qu’avec l’assentiment du roi de France. L’hommage-lige de la Bretagne à la France est aussi imposé. François II meurt de chagrin en septembre 1848, et sa fille aînée, Anne de Bretagne lui succède, elle a alors 12 ans.

 



 

Pour tenter de retrouver l’indépendance totale, Anne de Bretagne se marie en 1490 avec Maximilien d’Autriche (nous avons failli être Autrichiens !). Ce mariage est vite annulé par le Pape sous la pression du roi de France, Charles VIII, qui dans la foulée, se marie avec Anne de Bretagne au château de Langeais. Mais Charles VIII a la bonne idée de se fracasser la tête contre le linteau d’une porte en 1498.

Succession de  Louis XII qui s’empresse d’épouser la veuve avant que celle-ci ait la fâcheuse idée de prendre pour époux un prince Anglais ou Espagnol. La Bretagne était en jeu !

 

 

Le duché a gardé son indépendance, de sorte que pour les affaires maritimes les vaisseaux bretons et leurs équipages appartiennent encore à leur suzeraine.

La flotte ducale est forte de plusieurs gros navires dont la plus belle unité est la "Marie Cordelière", dite "La Cordelière".

C'est une nef de 700 tonnes construite à Morlaix par le célèbre Nicolas Coëtanlem. Tout est réuni pour faire de cette nef un des plus beaux navires de l'Océan : harmonie des formes, luxe d'architecture et puissance d'armement.

De voir pareil vaisseau la bonne duchesse "en estoit toute émerveillée".

 


En 1508, elle en confère le commandement à l'un des plus loyaux et valeureux serviteurs de son pays : le capitaine de Portzmoguer.

Hervé de Portzmoguer est issu d'une noble famille du Bas-Léon (Nord Finistère). Sa seigneurie voisine le village actuel de Plouarzel, non loin de la pointe de Corsen. L'homme est un breton véritable. Sa devise est "VAR VOR HA VAR ZOUAR" (Sur terre et sur mer). Il connaît les choses de l'Océan et sait se battre. Il l'a déjà prouvé, c’est un corsaire craint des Anglais.

 

 

 



Sur La Cordelière, on vient de restaurer les deux châteaux gaillards que l'on a garnis d'écus à l'hermine de Bretagne. L'artillerie est faite de seize pièces lourdes et d'une quarantaine de pièces légères. En tête des mâts flottent - longue de dix aunes - les flammes de guerre blanches chargées d'une croix noire. Son équipage compte neuf cents hommes, marins et hommes d'armes.

 

 

 


 

Nous sommes le 10 août 1512.


La veille, le seigneur Hervé de Portzmoguer a donné une belle soirée à bord de son navire au mouillage à Brest, et ce sont trois cents gentilshommes et gentes dames de la région qui ont festoyé, chanté et dansé sur le bateau. Au lever du jour, tout ce beau monde est encore là, mollement avachi et attend de prendre congé.

 

 

 


 

Mais le capitaine Porzmoguer  se trouve en compagnie de son second sur le château arrière, d’où ils observent le vaisseau amiral La Louise. Celui-ci vient de hisser l’étamine « Attention à tous les navires ». Puis soudain, on voit monter aux drisses de La Louise les pavillons signalant "ordre d'appareillage immédiat".

"Sang de Dieu ! Maudits Godons !" jure tout bas Hervé. Il paraît évident que les Anglais doivent être dans les parages. Mais Hervé de Portzmoguer n'a plus le temps de débarquer ses invités. Ils resteront donc tous à bord et seront momentanément conduits dans l'entrepont.

Les ancres ont été hissées et tout le monde rejoint sans tumulte son poste de combat. L'escadre met cap au large, allure au plus près par petit vent d'ouest - sud-ouest. Il y a là vingt-deux navires. Cinq seulement appartiennent à la couronne de France, quatre à la Duchesse Anne. L'escadre est sous les ordres du vice amiral René de Clermont.

 

 

 

 

C'est un peu avant l'heure de midi que les vigies découvrent les vingt-cinq vaisseaux de guerre de l'amiral Thomas Howard, partis de Portsmouth. Ils sont venus mouiller en dehors des passes à trois milles au large entre la pointe Saint Mathieu et celle du Toulinguet. Les Anglais sont accompagnés et soutenus par vingt-six hourques noires de Flandre.

Sans doute notre vice amiral René de Clermont juge-t-il d'entrée la partie trop inégale car ses ordres viennent dans l'instant : Il faut virer de bord !

 

 


Les vaisseaux de premier rang, La Louise et La Cordelière, sont demeurés en arrière pour couvrir la retraite, accompagnés seulement d'une nef de 400 tonnes La Dieppoise, du capitaine Rigault de Berquetot. Une nef légère ennemie, La Mary James, fait force de voile pour les joindre et acquiert ainsi une avance appréciable sur le reste de la flotte anglaise.

C'est à ce moment que La Louise s’échoue sur des cailloux par on ne sait quelle erreur de manoeuvre et que, dans le même temps, La Mary James attaque La Cordelière. Plus maniable, elle tourne et vire autour du vaisseau breton, tirant des bordées de ses canons pointés très bas. Des voies d'eau apparaissent chez La Cordelière et retardent sa marche. Cela donne aux nefs jumelles de 1.000 tonnes, Le Sovereigh et Le Regent le temps d'entrer en lice.

Hervé de Porzmoguer fait tirer sur Le Sovereigh une bordée bien dirigée et va le forcer à loffer. Puis une deuxième bordée brise net le mât de misaine qui s'abat causant une grande confusion, si bien que, désemparé, Le Sovereigh baisse pavillon et se retire de la bataille. Hervé de Porzmoguer se retourne alors vers Le Regent, forçant vers lui.

 

 

 


 


A bord du Regent, qui là-bas s'apprête à aborder La Dieppoise, commande Thomas Knyvet, grand écuyer d'Angleterre. Il n'aura plus longtemps à vivre car à cette seconde un boulet de La Dieppoise lui fait éclater le crâne. Cependant l'Anglais ne mollit pas. Bien au contraire, la perte de son capitaine semble l'avoir rendu beaucoup plus acharné au combat. Et voilà que Le Regent vire de bord sous le feu conjugué et terrible de La Cordelière et La Dieppoise.


-"Il fuit !" clament les Bretons.

 
-"Point du tout, messieurs : ce serait mal connaître les Godons qui ont toujours été - rendons-leur cette justice - d'habiles et intrépides marins. Non ! Le Regent ne fait point retraite. Il manoeuvre seulement pour venir au vent et lorsqu'il jugera être en bonne position il se retournera droit sur La Cordelièr
e.

 

 



 

 

Ses voiles sont à environ un mille. Dans ce court répit, Hervé de Portzmoguer a réuni son équipage et fait monter ses invités sur le pont. Il leur parle alors d'une voix chaude qui porte bien au-delà du château de proue. Il exhorte ses gens, rappelle leurs exploits de naguère, leur montre que la victoire est nécessaire pour débarrasser la Bretagne de ces "malveillants qui y ont de tout temps inféré pestilence". Il les engage à "prendre la mort en gré" pour la noble cause du pays de France et pour la duchesse Anne qui leur a toujours été bonne. Tous et toutes comprennent qu'il n'y a pas d'autre alternative que l'issue de ce combat et qu'ils doivent s'y préparer. On ne fuira pas l'Anglais, "Plutost mourir que ce faire !".

 

 

 


 

Il est cinq heures de l'après-midi. Le vent forcit. L'escadre ennemie a mis en panne dans le goulet. Tous les vaisseaux français sont maintenant hors d'atteinte.

La Dieppoise et La Mary James se battent au loin. Il ne reste sur le devant de la scène que Le Regent et La Cordelière qui font route vers leur destin. Dans quelques minutes ils vont s'aborder. Des centaines de marins et hommes d'armes attendent le choc.

 

 


 

Épées et sabres de combat ont jailli hors des gaines et fourreaux. Et puis, c'est le grand moment ! Le Regent aborde La Cordelière par son travers bâbord. Tout de suite sont lancés de toutes parts les grappins, cordages, filets et filins qui crochent les deux vaisseaux et les immobilisent bord à bord. Des centaines de combats singuliers se livrent sur les gaillards et sur les ponts dans un fouillis mouvant de corps et de cris où l'on ne peut distinguer le Breton de l'Anglais. Ce sont des scènes d'effroyable boucherie sur La Cordelière écrasée par le nombre et qui n'est plus qu'une épave délabrée, encombrée de cadavres, rougie de sang. La Cordelière fait eau de plus en plus et les pompes ne peuvent plus évacuer.

 

 

 


Portzmoguer entrevoit la défaite et décide de faire son sauter son navire et par la même celui des Anglais. Il prépare son équipage et ses invités à mourir par cette phrase « Nous allons fêter saint Laurent qui périt par le feu ! ». Il fait mettre le feu à la Sainte Barbe de son vaisseau. La Cordelière explose, entraînant le Regent dans son naufrage. Et c’est pavillon haut que les deux navires s’enfoncent dans l’Océan.

 

 


Par Erwan - Publié dans : Histoire - Communauté : Les Bretons sont dans la place
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