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Tempête sur la pointe de Bretagne : ce n'est pas de la neige que vous voyez ci-dessous, mais l'écume des vagues que des vents à plus de 100 Km/h transforment en flocons blancs insaisissables.
D'autres photos accompagnées d'une légende racontée par Pierre Jakez Hélias :
La femme au croc
Au temps où le Raz n'était pas encore éclairé par les tours de feu, c'était un immense cimetière de
navires. Les gens du pays lui donnaient eux-mêmes ce nom là. Sur plus de six lieues à partir de la fine pointe, par l'île de Sein et la roche extrême d'Ar Men, les écueils découverts et
les basses tendent un filet sournois où les courants et les tempêtes rabattaient les plus habiles marins de la terre.
Ce filet toujours prêt et qui n'avait pas besoin de ramendage, a souvent apporté aux îliens et aux capistes des aubaines de mer dont les misérables avaient bien besoin pour s'empêcher de mourir. Il ne prenait pas de poissons, mais il broyait les barques et les vaisseaux.
Les débris des naufrages et les cargaisons arrivaient à la côte avec les corps morts. Sur la côte, il y avait presque autant de paires d'yeux à l'affût que d'âmes incarnées, presque autant de crocs à goémon brandis que de paires de mains.
On entrait dans les vagues pour écumer tout ce qui flottait, on fouillait les grèves pas à pas, on peignait soigneusement les goémons pour découvrir les menus trésors, on déployait toutes ses forces pour ces récoltes sans semailles dont le temps n'était pas connu, mais qui étaient plus drues en hiver et mûrissaient au vent plus qu'au soleil.
Tant mieux si la planche était une proue entière, la corde amarrée à un canot en dérive, le sac plein de blé ou de coton, le baril garni de vin ou de rhum. Hé quoi ! Ils risquaient bien leur vie pour amener tout cela au sec. Et le seigneur duc savait bien en réclamer un sixième. Et certains commis aux écritures du roi prélevaient au passage plus d'une dîme sans avoir seulement mouillé leurs chaussures à boucles. Les voleurs ! Ils auraient dû venir vivre sur le cap toute l'année pour apprendre à faire les lois.
Les femmes étaient les premières au pillage, dit‑on. Cela vous étonne ? Elles avaient les enfants à tenir en vie. Elles perdaient souvent leurs hommes dans le Raz qui avalait les barques des capistes aussi bien que les navires étrangers. On devient louve à vivre de vent.
Elles étaient plus habiles que les hommes à la cueillette, plus patientes aussi et plus rusées. Elles savaient découvrir les plus petits objets qui sont aussi les plus précieux. Quand elles descendaient à Pont-Croix, après les tempêtes, les bourgeois du commerce faisaient quelquefois de bonnes affaires avec ce qui sortait du pli de leurs robes. Et elles repartaient avec de la bonne toile sur l'épaule. On les appelait les « Marie du Cap», du nom de la sirène elle-même, mais seulement derrière leur dos et quand le dos était déjà loin.
Il y en avait une, autrefois, qui travaillait merveilleusement du croc sur la côte de Cléden et à la Pointe du Van. Dès que la mer était grosse et les vents hargneux, elle prenait le guet avec son croc en main. Son œil aigu repérait les épaves à une lieue. Quand un bateau se brisait sur une roche du Raz, c'était la fête. Tout lui était butin. On dit même que, sans égard pour le seigneur Saint They dont la chapelle protège le Van, elle dépouillait les cadavres échoués à la côte jusqu'à les laisser nus dans les goémons.
Son mari était un bon homme et n'aimait pas ses façons. Le droit d'épave, soit, mais il faut de la révérence pour les morts. Un prêche n'eût servi à rien. Il fallait frapper l'esprit de la femme pour l'empêcher désormais de profaner les Trépassés.
Par une nuit de tempête, quand elle fut sortie avec son croc, il prit un raccourci par la falaise et alla s'étendre dans le goémon et l'écume, sur une grève où elle avait ses habitudes. La femme arriva peu après, tâtant soigneusement du croc devant elle. Quand le croc toucha le corps, elle se mit à genoux pour le dépouiller. A l'instant même, le mari se retourna en poussant un hurlement terrible. La pilleuse prit la fuite sans demander son reste.
Quand elle rentra chez elle, sans croc et le visage couleur de sable, le mari l'attendait paisiblement.
« Qu'avez vous trouvé cette nuit, femme ?
- J'ai trouvé un mort qui est devenu vif sous mon croc. Un fantôme, peut-être. On ne verra plus mes pieds sur la grève.
- Ainsi soit‑il ! »
Le droit d'épave s'est effacé devant le devoir de sauvetage. Les gens du cap et de l'île n'y ont jamais failli.
Bises
Bon mercredi Erwan
@+
avant, La pauvreté existait, a demeuré et aujourd'hui revient en force hélas.
bonne soirée
Je ne connaissais pas cette histoire. Il faut dire que la baie de Paimpol est plus calme que ce coin de Bretagne.
Aujourd'hui c'est vrai que nous sommes toujours prêts à aider les marins en difficulté, mais, sans dépouiller les corps, je crois que si l'occasion se présente, les Bretons renouent avec leurs vieilles traditions : ce qui est échoué appartient à celui qui le trouve.
Rappelle toi au début des années 90, les conteneurs qui arrivaient sur les grèves : les crocs étaient de sortie, des fois qu'il y aurait eu quelques palettes de cigarettes...
Bon w-e à toi.
Merci d'être passée voir mon blog.
A bientôt et BiZHous
Merci pour cette belle série de clichés... ah ce Cap Sizun ... Ne serait-ce pas le paradis sur terre ?
J'étais présent ce Lundi 23/11/2009 tout au bout de l'éperon final de Beg Ar Raz ... Qqs clichés sympa...
En tous les cas, sincères félicitations à objectif-cap-sizun-polynesie.over-blog.com...
@ John USHANT de KELLER
Guard of sheeps in Ushant Island
48°28'; Nord
5°06'; Ouest
Une légende (celle de la femme) que j'ai déjà pu entendre. Bien pris ce qui devait arriver :)
Je ne pensais pas que la mer avait tant en furie que cela durant notre absence ! Impressionnante comme toujours pour les hommes.