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Bretagne : tempête sur le Cap Sizun

Erwan

Joseph Conrad (Teodor Józef Konrad Korzeniowski h. Nałęcz) est un écrivain anglais d'origine polonaise, né le 3 décembre 1857 à Berditchev en Russie (aujourd'hui en Ukraine), au sein d'une famille de la noblesse polonaise (Szlachta). Il est décédé le 3 août 1924 à Bishopsbourne (Angleterre). Orphelin à l'âge de onze ans, il part en 1874 pour Marseille, où il s’embarque comme mousse sur un voilier.

 


 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 Il fait ainsi pendant près de quatre ans son apprentissage en France pour entrer ensuite dans la marine marchande britannique. Il va y servir plus de seize ans. Il obtient son brevet de capitaine au long cours le 10 novembre 1886, et prend la même année la nationalité britannique, sous le nom de Joseph Conrad.

[Le film "Apocalypse Now"  réalisé par Francis Ford Coppola (1979), est une adaptation libre du roman de Joseph Conrad "Au cœur des ténèbres"].

 

 


 

 

 

 

 

 

 

Son livre, "Typhon", écrit en 1903, raconte l'histoire d'un capitaine de navire (le Nan-Shan) prit dans un typhon en Mer de Chine. Extraits :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"La mer agitée, comme par une propulsion interne, s'élevait en montagnes à pic qui cherchaient à se chevaucher, se heurtaient entre elles et claquaient pesamment contre les flancs du Nan‑Shan, cependant qu'un gémissement affaibli, l'infinie plainte de la fureur de la tempête, arrivait de par-delà les confins de ce calme oppressant.

 

 

 




 

 






 

Le capitaine Mac Whirr restait silencieux. Jukes, l'oreille tendue, perçut soudain le rugissement lointain et traînant de quelque immense lame invisible qui prenait son élan sous l'épaisse obscurité formant l'effroyable limite de son cercle visuel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le murmure du vent s'approchait rapide. En première ligne on pouvait distinguer une sorte de plainte assoupie et, très loin, à l'arrière, l'accroissement d'une clameur multiple qui s'avançait en s'étalant. On y distinguait comme des roulements d'une multitude de tambours, une note impétueuse et mauvaise, et le chant d'une foule en marche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une clameur confuse envahit sa cabine. Cette clameur redoubla de violence tandis qu'il s'apprêtait à sortir pour faire face à quoi que ce fût. Il en avait l'oreille remplie, et cela était fait de la ruée du vent, du fracas de la mer et de cette vibration de l'air, profonde et prolongée, qui semblait le lointain roulement d'un tambour immense battant la charge de la tempête.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis l'instant où il avait senti le premier souffle frôler sa joue, la tempête semblait grossir avec l'élan multiplié d'une avalanche.

Puis les flottantes ténèbres se rabattirent. Et c'est alors enfin que la réelle chose arriva.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce fut je ne sais quoi de formidable et de prompt, pareil à l'éclatement soudain du grand vase de la Colère. L'explosion enveloppa le navire avec un jaillissement tel qu'il sembla que quelque immense digue venait d'être crevée à l'avant. Chaque homme aussitôt perdit contact. Car tel est le pouvoir désagrégeant des grands souffles : il isole. Un tremblement de terre, un éboulement, une avalanche s'attaque à l'homme incidemment pour ainsi dire et sans colère. L'ouragan, lui, s'en prend à chacun comme à son ennemi personnel, tâche à l'intimider, à le ligoter membre à membre, met en déroute sa vertu.

 






 

 

 

 


 

 

La tempête geignait, piaulait, se démenait, gigantesque dans les ténèbres, comme si le monde entier n'eût été qu'un égout noir. Oui, parfois, le souffle agissait contre le navire avec une force de propulsion telle qu'on eût cru l'aspiration par un piston dans un corps de pompe, et le navire durant quelques instants semblait alors soulevé tout entier hors de l'eau, maintenu en l'air par la volonté pneumatique, avec seulement un grand frisson le parcourant d'un bord à l'autre. Puis il retombait et cabriolait de nouveau dans cette cuve effervescente

 

 



 


 

 



 

 

 


 

 

 

A travers l'obscurité, les lames semblaient de toutes parts se ruer pour le repousser à sa perte. Dans leur acharnement on sentait de la haine, de la férocité dans leurs coups. On eût dit une créature vivante en proie à une foule enragée, victime offerte, brutalisée, bousculée, culbutée, roulée à terre et piétinée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le capitaine et Jukes ne se lâchaient plus ; assourdis par le bruit, bâillonnés par le vent ; et ce grand tumulte physique qui secouait leurs corps atteignait et désemparait l'âme comme eût fait la passion déchaînée.

Un de ces cris sauvages, effarants, que parfois l'ouragan transporte et qui passent au-dessus de nos têtes mystérieusement, s'abattit soudain sur le navire comme eût fait un oiseau de proie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le vent pesait de tout son poids sur le navire, comme s'il eût voulu l'immobiliser dans les vagues. Celles-ci faisaient par-dessus lui d'énormes bonds comme autour du tronc profondément immergé d'un vieil arbre, et du plus loin déjà s'entendait leur amoncellement de menace. Les lames jaillissaient de la nuit, portant une lueur spectrale à leur crête, cette lueur de l'écume effervescente qui, dans un mol clair, désignait férocement, par-dessus le frêle corps du navire, la ruée, l'écroulement bouillonnant, puis la galopade en fuite éperdue de chaque lame.

 

 









 

 

 

Personne, pas même le capitaine, qui, seul sur le pont, avait aperçu une blanche ligne d'écume s'avancer, à une telle hauteur qu'il n'en pouvait croire ses yeux, personne ne devait jamais savoir ce qu'avait été l'escarpement de cette lame, et l'effrayante profondeur du gouffre que l'ouragan avait creusé derrière la mouvante muraille d'eau.

 

 




 

 




 

 


 

 

 

Elle accourait à la rencontre du navire ; et le Nan‑Shan, alors, s'arrêtant comme pour se ceindre les reins, souleva son avant, puis sauta. Les flammes de toutes les lampes s'affaissèrent, assombrissant la chambre des machines. Avec un fracas déchirant, un tumulte furieux et giratoire, des tonnes d'eau tombèrent sur le pont ; on eût dit que le navire s'était élancé sous une cataracte. Le Nan‑Shan plongea droit au fond du gouffre, comme basculant par-dessus le rebord du monde.

 

 



 





 

 

 

Ne vous laissez surtout déconcerter par rien, continua le capitaine précipitamment, et toujours faites face au vent. Ils peuvent dire tout ce qu'ils veulent, mais les plus grosses lames courent toujours dans le sens du vent. Debout au vent, ‑ toujours debout au vent ‑ c'est le seul moyen d'en sortir. Vous êtes un novice. Faites face, ça n'est déjà pas si facile. Et du sang-froid.

‑ Oui, capitaine, dit Jukes, le cœur battant".

 




 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 


 

 

 

 

 

 

 


 

 


Commentaires

spartacus 21/12/2009 16:13


super photos. Compliments. je viens de mettre un lien et quelques mots pour présenter ce travail sur "konchennou". Spartacus


channig 15/12/2009 13:30


Très prenant ton récit !!!
Pour les photos : je reconnais bien les lieux ...même si souvent je les vois plutôt en été et, donc en principe, avec moins de houle !!! Belle région que la nôtre ...
Bonne journée et BiZHous


xavier 13/12/2009 18:00


Je reconnais là ma Bretagne dans toute sa force et son caractère ! belles photos ! Ton texte a la même puissance que tes photos ! Bien écrit !


Jabadao 08/12/2009 16:45


voilà tout ce que j'aime sur "ta toile"...le texte joint à l'image...merci bien!


durgalola 07/12/2009 21:39


les mots se marient bien avec tes photos. Le grand Océan, tout doux peut être, mais bien violent aussi ... être marin est un métier dangereux
bonne soirée