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Audierne Polynésie Bretagne : Contes et légendes, Histoire. Minorités ethniques : Thai, H'mongs, Boni, Saramaca Civilisations disparues : Angkor (Camboge),Minoenne (Crète), Mayas et Aztèques (Mexique). Sud Maroc, Thaïlande

La légende des Birvideaux

Erwan

Voici une autre légende de citée engloutie. Comme la Ville d'Ys perdue au fond de la Baie de Douarnenez (ou d'Audierne), comme Occismor et Tolente dans le Nord Finistère, comme Lexobie dans les Côtes d'Armor, toutes ces villes opulentes et splendides ont été détruites par des raz de marée. Le pays de Penmarc'h a connu de nombreux raz de marée (cf. article précédent) ce qui laisse supposer que d'autres séismes plus impressionnants et ravageurs aient marqué l'inconscient collectif de cette population vivant près des côtes. Et cette terreur des flots est arrivée jusqu'à nous sous forme de légendes.

 


 

 

 

 

 


 

La photo ci-dessus montre le site préhistorique de Menez-Dregan qui se trouve sur la commune de Plouhinec, dans le Finistère en baie d'Audierne. Datant du Paléolithique inférieur (soit "vieux" de 350 à 500 000 ans), il se trouve actuellement sur une falaise dominant la mer. Mais d'après les chercheurs, à cette époque, la mer se trouvait à plus de 20 Km de là. On imagine les bouleversements que cette élévation des eaux a pu provoquer.

 

 Les photos de l'article sont prises entre le petit port de Pors Poulhan, proche de ce site…

 

 


 

 

 


 

Et la pointe de Penmarc'h :

 

 

 


 

 

 

 

 

 

A cet endroit, seul un mince et fragile cordon de galets et de dunes protège la terre de la Grande Eau Salée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 


Les Birvideaux, haut fond rocheux, c'est un plateau couvert d'au minimum de 2,60 mètres d'eau. Il occupe une étendue de un mille de diamètre, situé à peu près entre les îles de Groix au Nord -Ouest et de Belle-Ile au Sud-est.

 

 

LES BIRVIDEAUX

 

 

 


 

 

 

 

 

Au large de la côte sauvage de Quiberon, une lumière brille dans le ciel de nuit. C'est le phare des Birvideaux, le cierge planté sur le tombeau marin de la ville dAïse est le dernier signal qui la rappelle au monde vivant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Elle repose sur un plateau noyé par la mer et seuls quelques récifs émergent encore, des brisants nus et cerclés d'écume qui furent autrefois le cœur des douces collines d'Aïse. C'était au temps où il n'y avait qu'un saut de cheval entre l'île d'Houat et la pointe de Quiberon. Je ne vous parle pas d'hier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors, les habitants d'Aïse, les Birvideaux, aimaient venir entendre la messe à Kermorvant, qui était un village de la presqu'île, ou bien à Quiberon. Ils y venaient portés à dos d'âne et ils cheminaient tranquillement sur une belle chaussée de galets.

 

 

 

 

 

 


 

 

 


Et puis, la mer se mit à mordre les galets. Petit à petit, elle digéra la chaussée dans son ventre mouvant. Et Aïse devint une île qui n'arrêtait pas de rétrécir. Les Birvideaux, des îliens désespérés qui voyaient s'éloigner la grande terre. Ils construisirent des bateaux pour se rendre à leur messe du continent. Mais ils ne pouvaient pas toujours franchir le détroit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


On dit qu'aux archives de Quiberon il y avait naguère une pièce, dûment signée du curé du lieu, qui absolvait les Birvideaux d'avoir manqué l'office du dimanche à cause du gros temps et de la mauvaise mer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et à la fin, par une année de grande tempête, Aïse toute entière descendit sous les eaux. Elle descendit d'un bloc, avec les Birvideaux qui n'avaient pas voulu la quitter. Ils y demeurent vivants dans les profondeurs, en récompense de leur insigne fidélité à leur ville. Quand les vagues roulent et sonnent au large de Quiberon, d'étranges voix humaines se mêlent à leur fracas. Ce sont les enfants d'Aïse qui pleurent leur destin.

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Les Birvideaux se nourrissent de moules bleues et de patelles grises. Ils vivent avec les crabes dans les grottes et ils errent en gémissant par les rues de leur ancienne ville où passent, fugitifs, de longs bancs de poissons. Font‑ils un temps de purgatoire pour de très vieux péchés que nous ne savons pas ? Ou refusent‑ils, par attachement, d'abandonner Aïse aux muets abîmes ? Mais certains croient savoir que l'Aïse des Birvideaux est devenue le rendez-vous des naufragés de la mer. Ils y attendent une obscure délivrance ou peut-être y ont‑ils trouvé leur paradis. Qui ne le dira jamais !

 

 

 


 

 

 

 


 

Chaque année, le pardon de Saint Colomban est le jour de gloire des Birvideaux. Ce matin là, ils quittent les ruines d'Aïse la sous-marine, ils suivent la trace de l'ancienne chaussée de galets et « ceux qui ont la permission » peuvent les voir apparaître sur les falaises de Quiberon, enveloppés de manteaux rouge vif.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Ces manteaux sont tissés de feu pur et ils protègent les Birvideaux de pied en cap quand ils émergent du froid brûlant des eaux salées. Roperh er Mason les a vus. Il a écouté retentir leur Kyrie et leur Gloria dans la chapelle du saint avant de chanter lui‑même, en vers bretons, la grande liturgie de ceux qui vivent au fond de la mer.

 

 

 


 

 

 

 

 


 

Quand le pardon est achevé, la voix de la marée montante commande le retour des Birvideaux. Les vivants de la terre amoncellent des fagots sur les collines et le recteur y met le feu. L'un après l'autre, les habitants du plateau marin passent devant la flamme et y jettent leurs manteaux rouge vif. Puis, ils descendent vers les rochers de la côte et poursuivent leur marche sous les eaux pour retrouver Aïse l'engloutie. A l'instant où le dernier disparaît, la nuit recouvre la presqu'île et là‑bas, dans une vague rumeur de plainte, s'allume le phare des Birvideaux.

 

 

Pierre Jakez Hélias

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Commentaires

pascal 29/08/2010 16:04


après un furtif passage à Quiberon faute de temps nous sommes heureux de faire connaissance avec les légendes bretonnes. Très belles photos qui nous emmènent vers le rève


Dông Phong 26/05/2009 13:29

Bonjour JY,
Merci pour cette publication.
Grâce à toi, je me sens un peu Birvideau, car je passe une partie de l'année à Quiberon.
A bientôt,
Très amicalement.

jmp 12/05/2009 10:29

en "re"faisant le tour de ton blog, je me suis arrêté sur les 2 dernières photos qui font "vibrer" la "corde sensible" de mes couleurs imaginaires

TAILLE-CRAYON 16/04/2009 19:55

petit coucou du jeudi à un blog où j aime revenir ....

:0091: lili Flore :0010: 11/04/2009 19:18

Très bon weekend pascal avec des bigs bises