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Audierne Polynésie Bretagne : Contes et légendes, Histoire. Minorités ethniques : Thai, H'mongs, Boni, Saramaca Civilisations disparues : Angkor (Camboge),Minoenne (Crète), Mayas et Aztèques (Mexique). Sud Maroc, Thaïlande

La Marie Cordelière

Erwan

28 juillet 1488 : L’armée bretonne du Duc de Bretagne, François II, est vaincue par les troupes du roi de France, Louis XI, à Saint-Aubin-du-Cormier. Cette défaite sonne le glas de l’indépendance bretonne. Le 10 août, François II doit signer le traité du Verger qui stipule que ses filles ne pourront se marier qu’avec l’assentiment du roi de France. L’hommage-lige de la Bretagne à la France est aussi imposé. François II meurt de chagrin en septembre 1848, et sa fille aînée, Anne de Bretagne lui succède, elle a alors 12 ans.

 



 

Pour tenter de retrouver l’indépendance totale, Anne de Bretagne se marie en 1490 avec Maximilien d’Autriche (nous avons failli être Autrichiens !). Ce mariage est vite annulé par le Pape sous la pression du roi de France, Charles VIII, qui dans la foulée, se marie avec Anne de Bretagne au château de Langeais. Mais Charles VIII a la bonne idée de se fracasser la tête contre le linteau d’une porte en 1498.

Succession de  Louis XII qui s’empresse d’épouser la veuve avant que celle-ci ait la fâcheuse idée de prendre pour époux un prince Anglais ou Espagnol. La Bretagne était en jeu !

 

 

Le duché a gardé son indépendance, de sorte que pour les affaires maritimes les vaisseaux bretons et leurs équipages appartiennent encore à leur suzeraine.

La flotte ducale est forte de plusieurs gros navires dont la plus belle unité est la "Marie Cordelière", dite "La Cordelière".

C'est une nef de 700 tonnes construite à Morlaix par le célèbre Nicolas Coëtanlem. Tout est réuni pour faire de cette nef un des plus beaux navires de l'Océan : harmonie des formes, luxe d'architecture et puissance d'armement.

De voir pareil vaisseau la bonne duchesse "en estoit toute émerveillée".

 


En 1508, elle en confère le commandement à l'un des plus loyaux et valeureux serviteurs de son pays : le capitaine de Portzmoguer.

Hervé de Portzmoguer est issu d'une noble famille du Bas-Léon (Nord Finistère). Sa seigneurie voisine le village actuel de Plouarzel, non loin de la pointe de Corsen. L'homme est un breton véritable. Sa devise est "VAR VOR HA VAR ZOUAR" (Sur terre et sur mer). Il connaît les choses de l'Océan et sait se battre. Il l'a déjà prouvé, c’est un corsaire craint des Anglais.

 

 

 



Sur La Cordelière, on vient de restaurer les deux châteaux gaillards que l'on a garnis d'écus à l'hermine de Bretagne. L'artillerie est faite de seize pièces lourdes et d'une quarantaine de pièces légères. En tête des mâts flottent - longue de dix aunes - les flammes de guerre blanches chargées d'une croix noire. Son équipage compte neuf cents hommes, marins et hommes d'armes.

 

 

 


 

Nous sommes le 10 août 1512.


La veille, le seigneur Hervé de Portzmoguer a donné une belle soirée à bord de son navire au mouillage à Brest, et ce sont trois cents gentilshommes et gentes dames de la région qui ont festoyé, chanté et dansé sur le bateau. Au lever du jour, tout ce beau monde est encore là, mollement avachi et attend de prendre congé.

 

 

 


 

Mais le capitaine Porzmoguer  se trouve en compagnie de son second sur le château arrière, d’où ils observent le vaisseau amiral La Louise. Celui-ci vient de hisser l’étamine « Attention à tous les navires ». Puis soudain, on voit monter aux drisses de La Louise les pavillons signalant "ordre d'appareillage immédiat".

"Sang de Dieu ! Maudits Godons !" jure tout bas Hervé. Il paraît évident que les Anglais doivent être dans les parages. Mais Hervé de Portzmoguer n'a plus le temps de débarquer ses invités. Ils resteront donc tous à bord et seront momentanément conduits dans l'entrepont.

Les ancres ont été hissées et tout le monde rejoint sans tumulte son poste de combat. L'escadre met cap au large, allure au plus près par petit vent d'ouest - sud-ouest. Il y a là vingt-deux navires. Cinq seulement appartiennent à la couronne de France, quatre à la Duchesse Anne. L'escadre est sous les ordres du vice amiral René de Clermont.

 

 

 

 

C'est un peu avant l'heure de midi que les vigies découvrent les vingt-cinq vaisseaux de guerre de l'amiral Thomas Howard, partis de Portsmouth. Ils sont venus mouiller en dehors des passes à trois milles au large entre la pointe Saint Mathieu et celle du Toulinguet. Les Anglais sont accompagnés et soutenus par vingt-six hourques noires de Flandre.

Sans doute notre vice amiral René de Clermont juge-t-il d'entrée la partie trop inégale car ses ordres viennent dans l'instant : Il faut virer de bord !

 

 


Les vaisseaux de premier rang, La Louise et La Cordelière, sont demeurés en arrière pour couvrir la retraite, accompagnés seulement d'une nef de 400 tonnes La Dieppoise, du capitaine Rigault de Berquetot. Une nef légère ennemie, La Mary James, fait force de voile pour les joindre et acquiert ainsi une avance appréciable sur le reste de la flotte anglaise.

C'est à ce moment que La Louise s’échoue sur des cailloux par on ne sait quelle erreur de manoeuvre et que, dans le même temps, La Mary James attaque La Cordelière. Plus maniable, elle tourne et vire autour du vaisseau breton, tirant des bordées de ses canons pointés très bas. Des voies d'eau apparaissent chez La Cordelière et retardent sa marche. Cela donne aux nefs jumelles de 1.000 tonnes, Le Sovereigh et Le Regent le temps d'entrer en lice.

Hervé de Porzmoguer fait tirer sur Le Sovereigh une bordée bien dirigée et va le forcer à loffer. Puis une deuxième bordée brise net le mât de misaine qui s'abat causant une grande confusion, si bien que, désemparé, Le Sovereigh baisse pavillon et se retire de la bataille. Hervé de Porzmoguer se retourne alors vers Le Regent, forçant vers lui.

 

 

 


 


A bord du Regent, qui là-bas s'apprête à aborder La Dieppoise, commande Thomas Knyvet, grand écuyer d'Angleterre. Il n'aura plus longtemps à vivre car à cette seconde un boulet de La Dieppoise lui fait éclater le crâne. Cependant l'Anglais ne mollit pas. Bien au contraire, la perte de son capitaine semble l'avoir rendu beaucoup plus acharné au combat. Et voilà que Le Regent vire de bord sous le feu conjugué et terrible de La Cordelière et La Dieppoise.


-"Il fuit !" clament les Bretons.

 
-"Point du tout, messieurs : ce serait mal connaître les Godons qui ont toujours été - rendons-leur cette justice - d'habiles et intrépides marins. Non ! Le Regent ne fait point retraite. Il manoeuvre seulement pour venir au vent et lorsqu'il jugera être en bonne position il se retournera droit sur La Cordelièr
e.

 

 



 

 

Ses voiles sont à environ un mille. Dans ce court répit, Hervé de Portzmoguer a réuni son équipage et fait monter ses invités sur le pont. Il leur parle alors d'une voix chaude qui porte bien au-delà du château de proue. Il exhorte ses gens, rappelle leurs exploits de naguère, leur montre que la victoire est nécessaire pour débarrasser la Bretagne de ces "malveillants qui y ont de tout temps inféré pestilence". Il les engage à "prendre la mort en gré" pour la noble cause du pays de France et pour la duchesse Anne qui leur a toujours été bonne. Tous et toutes comprennent qu'il n'y a pas d'autre alternative que l'issue de ce combat et qu'ils doivent s'y préparer. On ne fuira pas l'Anglais, "Plutost mourir que ce faire !".

 

 

 


 

Il est cinq heures de l'après-midi. Le vent forcit. L'escadre ennemie a mis en panne dans le goulet. Tous les vaisseaux français sont maintenant hors d'atteinte.

La Dieppoise et La Mary James se battent au loin. Il ne reste sur le devant de la scène que Le Regent et La Cordelière qui font route vers leur destin. Dans quelques minutes ils vont s'aborder. Des centaines de marins et hommes d'armes attendent le choc.

 

 


 

Épées et sabres de combat ont jailli hors des gaines et fourreaux. Et puis, c'est le grand moment ! Le Regent aborde La Cordelière par son travers bâbord. Tout de suite sont lancés de toutes parts les grappins, cordages, filets et filins qui crochent les deux vaisseaux et les immobilisent bord à bord. Des centaines de combats singuliers se livrent sur les gaillards et sur les ponts dans un fouillis mouvant de corps et de cris où l'on ne peut distinguer le Breton de l'Anglais. Ce sont des scènes d'effroyable boucherie sur La Cordelière écrasée par le nombre et qui n'est plus qu'une épave délabrée, encombrée de cadavres, rougie de sang. La Cordelière fait eau de plus en plus et les pompes ne peuvent plus évacuer.

 

 

 


Portzmoguer entrevoit la défaite et décide de faire son sauter son navire et par la même celui des Anglais. Il prépare son équipage et ses invités à mourir par cette phrase « Nous allons fêter saint Laurent qui périt par le feu ! ». Il fait mettre le feu à la Sainte Barbe de son vaisseau. La Cordelière explose, entraînant le Regent dans son naufrage. Et c’est pavillon haut que les deux navires s’enfoncent dans l’Océan.

 

 


Commentaires

La Marie Cordelière 25/04/2012 17:22

Belle version, on a l'impression de lire un roman historique.

Si ça vous intéresse, j'ai écris un article historique sur mon blog sur La Marie Cordelière : http://www.culture-bretagne.net/navire-marie-cordeliere/

N'hésitez pas à m'y laisser un commentaire si ça vous plait.

patriarch 21/09/2008 10:23

merci pour cette leçon d'histoire !!!

chris spé 21/09/2008 10:17

merci pour cette tranche d'histoire très vivante! chris.

andrée 21/09/2008 10:16

ce sont des couleurs de soleil ... ce sont des paysages forts ... et nous partirions bien vers les mers du sud ...

Melly 20/09/2008 15:48

Un peu d'histoire et de magnifiques photos de notre chère Bretagne et ses côtes sauvages !

MERCI !!! bon we ! (merci pour ton soutien sur very nice blog, tu peux le refaire autant de fois que tu veux d"'ici fin octobre !)