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La fête du goémon à Esquibien

Erwan

Tous les derniers dimanches  de juillet la fête du goémon se déroule au Lennac’h, à Esquibien, non loin du phare de Lervily. Il suffit tout simplement de suivre le sentier côtier qui part de la Pointe de Lervily, et on arrive sur le site. Ce dimanche fut le jour le plus ensoleillé de cet été pourri.

 





 

De très tôt, le ramassage du goémon a été règlementé :

Avec Colbert, et l'Ordonnance sur la Marine d'Août 1681 le cadre juridique à cette exploitation sera très bien défini et encadré, en spécifiant par exemple que "les habitants des paroisses situées sur les côtes de la mer s’assembleront le premier dimanche de Janvier, à l’issue de la Messe Paroissiale, pour décider du jour auquel ils arrêteront de commencer la coupe du varech ou goémon croissant, ou venu à l’endroit de leur territoire".

La loi du 30 octobre 1772 précisait qu’il était interdit de couper le goémon avec une faucille ou un couteau, et qu’il fallait l’arracher soit avec les mains soit avec un râteau. (Après l’arrachement, il reste suffisamment de filaments accrochés au rocher pour permettre la reproduction).

 

A cette époque, le goémon servait d’engrais aux habitants qui possédaient un lopin de terre.

 

 

 


 

Un four est une rigole d’une dizaine de mètres de long et de 60 centimètres de large pour 40 centimètres de profondeur environ. Des dalles de pierres tapissent le fond et les parois de la fosse. Des dizaines de fours ont été ainsi construits tout le long de la côte.

 


 


 

 

Le feu y est allumé avec des genêts et des ajoncs. Quand le four est chaud, on ajoute les laminaires sèches en couches minces. La température atteint 800°. Une bouillie grise se forme après plusieurs heures. On la remue avec de gros bâtons ferrés : les pifons. Dans cet état pâteux, on sépare la masse en blocs de 50 centimètres environ avec des dalles de pierre. On obtient ainsi lors du refroidissement, des blocs ou « pains de soude ».


 


 

 

Après le brûlage, chaque compartiment recueillait un bloc de soude d'environ 50 kilos, et la soude récoltée était vendue à l'usine d’Audierne. Il fallait environ 1 tonne de goémon vert pour obtenir un bloc de 50kg de soude dont l'usine extrayait au mieux 1kg d'iode.

 

 

 


 


Toute la journée, il fallait du monde pour alimenter le feu. Le soir, place au pifonnage : dans la fumée et dans une chaleur d'enfer, les goémoniers remuaient sans arrêt la pâte en fusion avec un pifon, sorte de spatule en métal à long manche de bois, jusqu'à obtention d'une bouillie homogène. Pendant plusieurs jours, des panaches de fumée blanche s'élevaient en tout point de la côte.

 


 


 

 

Ce 2 Décembre 1790, c’est un rappel à l’ordre qui arrivait dans toutes les mairies côtières du Finistère. Il émanait du Siège de l’Amirauté établi à Morlaix et précisait :

Article 1er : les habitants des paroisses situées sur les côtes de la mer s’assembleront le premier dimanche de Janvier, à l’issue de la Messe Paroissiale, pour décider du jour auquel ils arrêteront de commencer la coupe du varech ou goémon croissant, ou venu à l’endroit de leur territoire.
Article 3 : il est fait défense aux habitants de récolter le goémon de nuit, et de faire la cueillette ailleurs que dans l’étendue des côtes de leur paroisse.

Qu’il plaise au Siège d’ordonner que le titre 10 du livre 4 de l’Ordonnance de la Marine (1681) sera exécuté. En conséquence, il est fait défense à toute personne de faire la coupe du goémon hors du temps fixé, sous peine de 50 livres d’amende, de la confiscation des chevaux et harnais et d’être poursuivi.

 


 

 


Ci-dessus, dans cet enclos qui ressemble étrangement à un alignement de menhirs, on entassait le goémon récolté avant de le brûler.

 


 

L’intérêt pour le goémon s’accentue par la découverte du chimiste Bernard Courtois en 1811 :

 

« Tout commence avec la poudre à canon. Pour fabriquer la poudre, on lessive des terres contenant du salpêtre. Sur les eaux obtenues, on fait agir des cendres de bois riches en potasse, ce qui provoque la cristallisation du salpêtre. Pour économiser le bois, Bernard Courtois, ancien élève puis assistant à l'École Polytechnique utilisait les cendres de varech. Un jour de 1811, ayant sans doute employé trop d'acide sulfurique pour détruire les composés sulfurés résultant de la calcination, il vit se dégager des vapeurs violettes. Louis-Joseph Gay-Lussac, s'intéresse à la nouvelle substance à laquelle il donne le nom de "iode", du grec  iodès = violet. Le 14 août 1814, il en présente à l'Institut une étude complète. »

 

« L’iode prendra rapidement une grande importance. Sa solution dans de l’alcool à 90° au titre de 8 à 10% va donner la teinture d’iode, l’antiseptique et cicatrisant universel dont les armées étaient les plus grandes consommatrices ».

 

(D’après Jean Pierre Clochon, « Le Conquet et la mer »)

 

 

 


 

 

A partir de ce moment, la récolte du goémon va prendre de plus en plus d’importance.

 


 


 


 

 


 


Entre 1855 et 1872 toutes les familles habitant près du littoral construisent leur four. Ils sont un millier à le faire en 1860 dans le Cap-Sizun.

La récolte commençait après les tempêtes d'avril et battait son plein, un peu plus tard, quand le goémon était mûr. Les goémoniers le tiraient alors sur la grève à l'aide de grands râteaux. Le plus pénible était de lever les algues imprégnées d'eau pour remplir les charrettes.  Le poids du goémon mouillé est à multiplier par dix. Le goémon était étalé sur la dune et séchait tout l'été.

 

 

 


 

 

Un progrès fut réalisé en 1920 par l'installation de mâts dotés de poulies qui remontaient les laminaires dans des paniers.

 

 

 


 

 

 

 

 


 

 

 


 

 


 


 

 


 

Il ne reste plus beaucoup de ces avancées de pierre, les deviers,  construites avant l'utilisation des mâts.

 

 

 


 

Des paniers plus grands étaient remontés par les chevaux.

Au Lennac'h, il y avait douze chevaux pour autant de mâts.

 

 

 


 

 


 


 

 


 

 

 

 

 

 

 


 

 

Pendant la guerre 39/45, l’Armée allemande a de gros besoins en teinture d’iode. En 1940, le Ravitaillement général lui fourni 35 tonnes sur les 40 tonnes produites.

L’arrêté du Secrétariat à la Marine du 1er juin 1942 donne priorité absolue aux goémoniers pour le ramassage des laminaires. Seules les algues non iodées pourront être ramassées par les cultivateurs pour engrais.

Pour encourager la production d’iode en baisse pendant la guerre, les Allemands ajoutent à la répression contre les fraudeurs, des mesures d’incitation au ramassage du goémon, par exemple :

- Attribution de bon pour une paire de sabots  et un kg de clous pour 15 Kg d’iode dans les cendres ;

- Dispense de réquisition  de cheval et de voiture ;

- Libération de goémoniers détenus en Allemagne.

Malgré ces mesures, la production de soude continue à baisser.

 

En 1952 s'éteignait le dernier four à goémon sur le littoral du Cap-Sizun, point final de la fabrication artisanal de la soude dans la région.

 

De tout ceci, il ne reste plus que les traces, sur le chemin côtier, comme des cicatrices des temps anciens, des tombereaux lourdement chargés de pain de soude qui se rendaient à l’usine d’Audierne.

 

 

 

 

 

 

 

Ci-dessous un tableau d'Edmond Brochard, de la deuxième moitié du 19ème siècle, intitulé "Coup de collier".

Trouvé sur Internet, mais je n'arrive plus à retrouver la source.

Il est exposé à Bordeaux, au musée des beaux-arts.

 

 

 


 


 

 


 

 


 

Commentaires

Mireille.29 28/07/2016 11:32

Bonjour
Article très intéressant.. c'est en faisant des recherches sur le net que j'ai découvert votre site.
Si vous le permettez je vais mettre un lien sur mon article vers le votre..
Amitié. Kenavo de Concarneau. Mireille.

jy 28/07/2016 15:08

OK
merci bonne journée

lylytop 08/12/2011 07:20

superbe et interessant article
le lien sera mis sur mon article pour arriver ici car j'ai photographié des fours a goemon et je ne savais pas expliquer ici mes visiteurs seront comblés pour l'explication.
a bientôt
lyly

les petits bretons 14/11/2008 18:01

Géniale toute cette série sur la fête du goémons. On comprend mieux le dur travail des hommes de d'antan.
A bientôt

damien 17/09/2008 22:19

tro cool ton blog vien voir mon blog photo de la ponte du raz........ si tu aime mon blog incri-toi a ma newsletter

patriarch 14/09/2008 10:52

très bon topo et bien imagé . Merci. Bon dimanche à toi.