La statue d'Ho Chi Min dans le jardin de l'Hôtel de Ville.
Un jardin bien entretenu :
A Saïgon, la mariée était en blanc :
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"Le Large…C'est là que se trouve, au mépris des portulans dérisoires et
des cartes vaines, le Paradis sans latitude ni longitude que les Celtes trouvèrent en eux-mêmes sans sextant ni boussole…
Les Irlandais l'appellent Tir na N'Og et les Bretons Bro ar Re Yaouank, qui veut dire la Terre des Jeunes, parce que le temps n'y est pas compté pour les Bienheureux qui l'habitent et dont l'âge s'éternise dans sa fleur…
Une île, ou peut-être des îles, on ne sait pas, terre flottante, c'est sûr, une ou plusieurs, et qui ne tient à nul continent, ne connaît qu'une fois la même vague, ne reste qu'un instant à l'aplomb de chaque étoile…
Elle est beaucoup plus loin qu'on ne saurait jamais dire, au-delà du dernier mille imaginable, et pourtant il suffit d'une seule marée pour la rejoindre…
Mais il faut le vent haut, le vent d'amont, du moins le vent de bise pour porter en kornog, qui est plein ouest. Vent de galerne, rien ne vaut que l'attente ; et celui de suroît est damnation, qui fait dériver dans un océan spectral où la brume est plus épaisse que l'eau, et la lune plus blême que la chair des morts…
Voilà ce que l'on disait à Molène et dans les autres terres infimes qu'embrasse l'eau salée, dans les ports des grèves, des criques, des anses, des pointes et des caps qui regardent, chaque soir, l'étonnante fantasmagorie du soleil sur la mer. Et l'on cesse de le dire, hélas, depuis que se perd dans les mémoires l'antique science de la voile et des lits du vent.
Ainsi s'éloignent les paradis.
(Texte -extraits- de Pierre Jakez Hélias : Les paradis du couchant)
L'appel du large ! Aucun Breton ne peut rester insensible en voyant cet horizon qui vous tend les bras, qui vous aspire. Je veux aller voir ce qu'il y a là-bas derrière cette ligne d'horizon. Je pars donc en vacances pour des terres lointaines, vers d'autres peuples, d'autres civilisations.
Rendez-vous après le 20 octobre.
Les marins paysans du Cap Sizun fabriquaient leurs casiers de pêche.
Ils utilisaient un matériel simple : une serpe, un couteau, des orins et des pierres. L’orme et le tronc d’ajonc, solides et maniables, résistants à l’eau, sont utilisés pour confectionner les casiers et leur goulot d’entrée. On les leste de cailloux plats pour qu’ils atteignent le fond et ne soient pas emportés par les courants.
Les casiers sont munis d’un orin - cordage en sisal ou en manille d’une longueur de 60 brasses qui permet de le remonter – ainsi que d’une bouée et d’un liège à mi-hauteur qui amortissent les secousses du clapot.
(Source : l'affiche du stand)
(La photo ci-dessous est prise à la Pointe de Brézellec)
Remaillage d’un filet :
Maison de pêcheur à Feuteun Aod (Plogoff)
Retour sur le fête du goémon à Esquibien. Outre les activités déjà décrites dans les deux articles précédents, les animateurs proposaient également
des stands où l'on pouvait admirer des outils anciens, de vieilles machines agricoles, etc.. Il y avait même un maréchal-ferrant en pleine action. Voici donc quelques photos de cet habile ouvrier
en plein travail.
Pour accompagner les photos, un petit conte de Pierre Jakez Hélias. Encore lui, me diriez-vous ! Mais ce fut mon prof de français à l'E.N. de Quimper, et c'est ma façon de lui rendre un
hommage...posthume.
Jean des Loques avait à peine le courage de nourrir ses poux, et encore. Sa femme Jeannette aimait rêver sur une patte, comme la poule au perchoir. Ne vous étonnez donc pas si la Chienne de la Misère avait trouvé sa niche dans leur logis. Et pourtant, le jour de leurs noces, les deux époux étaient à la tête de dix hectares de terres chaudes, deux maisons de paille et une maison d'ardoises. Ils avaient vendu la terre par morceaux, vendu les deux maisons de paille, et maintenant les ardoises de la dernière pleuvaient sur le seuil quand le vent soufflait. Jean résolut de s'établir voleur.
Un soir, notre homme revint chez lui, tirant un cheval au bout d'une corde. Quand elle vit l'animal, Jeannette fut épouvantée :
- Comment, malheureux, vous n'avez trouvé rien d'autre à voler !
‑ Hé quoi ! N'est‑ce pas une bonne bête ! Je l'ai recueillie dans les collines. Elle était seule, sans père ni mère autour d'elle. Dans quelques jours, c'est la grande foire de la Mi‑Avril. Je la vendrai pour une bonne poignée d'écus à quelque maquignon d'Espagne. Vous pourrez mettre un soupçon de viande dans le pain noir de la soupe.
Mais Jeannette s'était assise, toute pâle, sur un escabeau :
‑ Je connais ce cheval. C'est celui de monsieur le Recteur. Imbécile que vous êtes ! Il y a peut-être plus de cent chevaux dans ce pays et vous avez trouvé le moyen de dérober le seul qui ne trompera personne. A cette heure, toute la paroisse vous court après.
Quand il entendit ces paroles, Jean reçut un bon coup. Mais c'était un homme de décision.
‑ Ce qui est fait est fait. J'arriverai bien à le vendre, même si je dois lui enlever la peau tout au long de l'échine pour lui en mettre une autre. Ouvrez l'écurie et trouvez‑moi une bouchée de foin dans la crèche ! Demain, c'est dimanche. Vous irez à la grand'messe et vous écouterez bien le sermon du Recteur.
Le lendemain, Jeannette revint du bourg toute blême d'émotion et ses cheveux tremblaient sous sa coiffe :
‑ Cette fois, nous sommes damnés tous les deux. Je ne sais pas ce qui va arriver encore, mais l'enfer nous attend
‑ Laissez tiédir l'enfer et racontez‑moi le sermon !
‑ Hé bien, monsieur le Recteur est monté en chaire et il était en grande fureur, le saint homme : « On m'a volé mon cheval, cria‑t‑il d'une voix à faire trembler les voûtes. Il s'est trouvé quelqu'un d'assez malhonnête et dénué de vergogne pour démonter le pasteur de cette paroisse. C'est bon. Je ferai ma pénitence en parcourant le pays à pied par tous les temps. Mais écoutez‑moi bien ! Puisqu'on m'a volé mon cheval, J’AI PRIS MA DECISION ! Oui, et s'il y a parmi vous quelqu'un dont la conscience n'est pas en paix, que celui‑là sache bien que J'AI PRIS MA DECISION ». Il l'a répété cinq ou six fois. Et à la dernière, il a déchargé un tel coup de poing sur la tablette de la chaire que son livre de messe est tombé sur les genoux de Jeanne Le Roux, assise contre le pilier, comme d'habitude, parce que ses oreilles la boudent. Et voilà. Nous serons sûrement perdus avant peu.
Et la pauvre femme répandait ses larmes dans son tablier du dimanche. Jean des Loques se trouva grandement gêné. Il s'en fut à l'écurie. Le cheval le regarda avec un oeil d'homme et se mit à rire. Pendant la nuit suivante, ni le voleur ni sa femme ne purent dormir. Ils entendaient la voix énorme du Recteur dans l'église : J'AI PRIS MA DECISION. Et le cheval, derrière le mur, frappait sans cesse du sabot des mea culpa.
A la prime aube, le Recteur entendit cogner à sa porte, Quand il ouvrit, il vit Jean des Loques embarrassé d'une corde au bout de laquelle hennissait un cheval
‑ Bonjour, monsieur le Recteur. Justement hier soir, j'ai trouvé ce cheval qui galopait follement dans les collines. Sans doute avait‑il un taon sous la queue qui lui menait la vie dure. J'ai eu bien du mal à lui mettre la main sur la crinière. Quand je l'ai ramené à la maison, ma femme Jeannette, qui avait été à la grand'messe, m'apprit que vous aviez perdu le vôtre. Alors, je vous le ramène
‑ Mais, mon cher Jean, ce n'est peut‑être pas le mien
‑ Si, si, Monsieur le Recteur, cet animal ne peut être à personne d'autre. On raconte, dans le pays, que votre cheval sait le latin. Et celui‑ci m'a l'air de le savoir aussi
‑ Tiens ! Vous l'avez entendu parler ?
‑ Pas tout‑à‑fait. Mais je sais bien que, si ce cheval se mettait à parler, c'est du latin qui en sortirait, et non pas du breton. Je l'ai à moitié entendu
‑ A moitié entendu ! Alors ne vous étonnez pas. Une moitié de breton, cela ressemble assez à une moitié de latin. Laissez‑le entrer. On verra bien s'il trouve son écurie.
Il la trouva tout de suite, et sa mangeoire aussi. Le Recteur invita Jean des Loques à manger un morceau et à mouiller le morceau d'une gorgée. Mais Jean avait beau faire, le morceau ne descendait pas franc.
‑ Dites‑moi, Jean, vous n'avez pas l'air d'être à l'aise dans votre peau
‑ Si, si, monsieur le Recteur, seulement il y a une chose que je voudrais savoir de vous
‑ Quoi donc !
‑ A la grand'messe, vous avez dit : on m'a volé mon cheval, mais écoutez bien : J'AI PRIS MA DECISION. Et vous avez répété, cinq ou six fois : J'AI PRIS MA DECISION. Quelle décision aviez‑vous prise, monsieur le Recteur ?
Le Recteur sourit. « Quelle décision ? Il n'y en avait qu'une à prendre, mon pauvre homme : vendre la selle et la bride, puisque je n'avais plus de cheval ».
Croyez‑moi si vous voulez, mais Jean des Loques est devenu un laboureur convenable. Ce qui a étonné tout le monde, sauf le Recteur de la paroisse et peut‑être son cheval.
28 juillet 1848 : L’armée bretonne du Duc de Bretagne, François II, est vaincue par les troupes du roi de France, Louis XI, à Saint-Aubin-du-Cormier. Cette défaite sonne le glas de l’indépendance bretonne. Le 10 août, François II doit signer le traité du Verger qui stipule que ses filles ne pourront se marier qu’avec l’assentiment du roi de France. L’hommage-lige de la Bretagne à la France est aussi imposé. François II meurt de chagrin en septembre 1848, et sa fille aînée, Anne de Bretagne lui succède, elle a alors 12 ans.
Pour tenter de retrouver l’indépendance totale, Anne de Bretagne se marie en 1490 avec Maximilien d’Autriche (nous avons failli être Autrichiens !). Ce mariage est vite annulé par le Pape sous la pression du roi de France, Charles VIII, qui dans la foulée, se marie avec Anne de Bretagne au château de Langeais. Mais Charles VIII a la bonne idée de se fracasser la tête contre le linteau d’une porte en 1498.
Succession de Louis XII qui s’empresse d’épouser la veuve avant que celle-ci ait la fâcheuse idée de prendre pour époux un prince Anglais ou Espagnol. La Bretagne était en jeu !
Le duché a gardé son indépendance, de sorte que pour les affaires maritimes les vaisseaux bretons et leurs équipages appartiennent encore à leur suzeraine.
La flotte ducale est forte de plusieurs gros navires dont la plus belle unité est la "Marie Cordelière", dite "La Cordelière".
C'est une nef de 700 tonnes construite à Morlaix par le célèbre Nicolas Coëtanlem. Tout est réuni pour faire de cette nef un des plus beaux navires de l'Océan : harmonie des formes, luxe d'architecture et puissance d'armement.
De voir pareil vaisseau la bonne duchesse "en estoit toute émerveillée".
En 1508, elle en confère le commandement à l'un des plus loyaux et valeureux serviteurs de son pays : le capitaine de Portzmoguer.
Hervé de Portzmoguer est issu d'une noble famille du Bas-Léon (Nord Finistère). Sa seigneurie voisine le village actuel de Plouarzel, non loin de la pointe de Corsen. L'homme est un breton véritable. Sa devise est "VAR VOR HA VAR ZOUAR" (Sur terre et sur mer). Il connaît les choses de l'Océan et sait se battre. Il l'a déjà prouvé, c’est un corsaire craint des Anglais.
Sur La Cordelière, on vient de restaurer les deux châteaux gaillards que l'on a garnis d'écus à l'hermine de Bretagne.
L'artillerie est faite de seize pièces lourdes et d'une quarantaine de pièces légères. En tête des mâts flottent - longue de dix aunes - les flammes de guerre blanches chargées d'une croix noire.
Son équipage compte neuf cents hommes, marins et hommes d'armes.
Nous sommes le 10 août 1512.
La veille, le seigneur Hervé de Portzmoguer a donné une belle soirée à bord de son navire au mouillage à Brest, et ce sont trois cents gentilshommes et gentes dames de la région qui ont festoyé, chanté et dansé sur le bateau. Au lever du jour, tout ce beau monde est encore là, mollement avachi et attend de prendre congé.
Mais le capitaine Porzmoguer se trouve en compagnie de son second sur le château arrière, d’où ils observent le vaisseau amiral La Louise. Celui-ci vient de hisser l’étamine « Attention à tous les navires ». Puis soudain, on voit monter aux drisses de La Louise les pavillons signalant "ordre d'appareillage immédiat".
"Sang de Dieu ! Maudits Godons !" jure tout bas Hervé. Il paraît évident que les Anglais doivent être dans les parages. Mais Hervé de Portzmoguer n'a plus le temps de débarquer ses invités. Ils resteront donc tous à bord et seront momentanément conduits dans l'entrepont.
Les ancres ont été hissées et tout le monde rejoint sans tumulte son poste de combat. L'escadre met cap au large, allure au plus près par petit vent d'ouest - sud-ouest. Il y a là vingt-deux navires. Cinq seulement appartiennent à la couronne de France, quatre à la Duchesse Anne. L'escadre est sous les ordres du vice amiral René de Clermont.
C'est un peu avant l'heure de midi que les vigies découvrent les vingt-cinq vaisseaux de guerre de l'amiral Thomas Howard, partis de Portsmouth. Ils sont venus mouiller en dehors des passes à trois milles au large entre la pointe Saint Mathieu et celle du Toulinguet. Les Anglais sont accompagnés et soutenus par vingt-six hourques noires de Flandre.
Sans doute notre vice amiral René de Clermont juge-t-il d'entrée la partie trop inégale car ses ordres viennent dans l'instant : Il faut virer de bord !
Les vaisseaux de premier rang, La Louise et La Cordelière, sont demeurés en arrière pour couvrir la retraite, accompagnés seulement d'une nef de 400 tonnes La Dieppoise, du capitaine Rigault de Berquetot. Une nef légère ennemie, La Mary James, fait force de voile pour les joindre et acquiert ainsi une avance appréciable sur le reste de la flotte anglaise.
C'est à ce moment que La Louise s’échoue sur des cailloux par on ne sait quelle erreur de manoeuvre et que, dans le même temps, La Mary James attaque La Cordelière. Plus maniable, elle tourne et vire autour du vaisseau breton, tirant des bordées de ses canons pointés très bas. Des voies d'eau apparaissent chez La Cordelière et retardent sa marche. Cela donne aux nefs jumelles de 1.000 tonnes, Le Sovereigh et Le Regent le temps d'entrer en lice.
Hervé de Porzmoguer fait tirer sur Le Sovereigh une bordée bien dirigée et va le forcer à loffer. Puis une deuxième bordée brise net le mât de misaine qui s'abat causant une grande confusion, si bien que, désemparé, Le Sovereigh baisse pavillon et se retire de la bataille. Hervé de Porzmoguer se retourne alors vers Le Regent, forçant vers lui.
A bord du Regent, qui là-bas s'apprête à aborder La Dieppoise, commande Thomas Knyvet, grand écuyer d'Angleterre. Il
n'aura plus longtemps à vivre car à cette seconde un boulet de La Dieppoise lui fait éclater le crâne. Cependant l'Anglais ne mollit pas. Bien au contraire, la perte de son capitaine semble
l'avoir rendu beaucoup plus acharné au combat. Et voilà que Le Regent vire de bord sous le feu conjugué et terrible de La Cordelière et La Dieppoise.
-"Il fuit !" clament les Bretons.
-"Point du tout, messieurs : ce serait mal connaître les Godons qui ont toujours été - rendons-leur cette justice - d'habiles et intrépides marins. Non ! Le Regent ne fait point retraite. Il
manoeuvre seulement pour venir au vent et lorsqu'il jugera être en bonne position il se retournera droit sur La Cordelière.
Ses voiles sont à environ un mille. Dans ce court répit, Hervé de Portzmoguer a réuni
son équipage et fait monter ses invités sur le pont. Il leur parle alors d'une voix chaude qui porte bien au-delà du château de proue. Il exhorte ses gens, rappelle leurs exploits de naguère,
leur montre que la victoire est nécessaire pour débarrasser la Bretagne de ces "malveillants qui y ont de tout temps inféré pestilence". Il les engage à "prendre la mort en gré" pour la noble
cause du pays de France et pour la duchesse Anne qui leur a toujours été bonne. Tous et toutes comprennent qu'il n'y a pas d'autre alternative que l'issue de ce combat et qu'ils doivent s'y
préparer. On ne fuira pas l'Anglais, "Plutost mourir que ce faire !".
Il est cinq heures de l'après-midi. Le vent forcit. L'escadre ennemie a mis en panne dans le goulet. Tous les vaisseaux français sont maintenant hors d'atteinte.
La Dieppoise et La Mary James se battent au loin. Il ne reste sur le devant de la scène que Le Regent et La Cordelière qui font route vers leur destin. Dans quelques minutes ils vont s'aborder. Des centaines de marins et hommes d'armes attendent le choc.
Épées et sabres de combat ont jailli hors des gaines et fourreaux. Et puis, c'est le grand moment ! Le Regent aborde La Cordelière par son travers bâbord. Tout de suite sont lancés de toutes parts les grappins, cordages, filets et filins qui crochent les deux vaisseaux et les immobilisent bord à bord. Des centaines de combats singuliers se livrent sur les gaillards et sur les ponts dans un fouillis mouvant de corps et de cris où l'on ne peut distinguer le Breton de l'Anglais. Ce sont des scènes d'effroyable boucherie sur La Cordelière écrasée par le nombre et qui n'est plus qu'une épave délabrée, encombrée de cadavres, rougie de sang. La Cordelière fait eau de plus en plus et les pompes ne peuvent plus évacuer.
Portzmoguer entrevoit la défaite et décide de faire son sauter son navire et par la même celui des Anglais. Il prépare son équipage et ses invités à mourir par cette phrase « Nous allons fêter saint Laurent qui périt par le feu ! ». Il fait mettre le feu à la Sainte Barbe de son vaisseau. La Cordelière explose, entraînant le Regent dans son naufrage. Et c’est pavillon haut que les deux navires s’enfoncent dans l’Océan.
C’est une histoire vieille comme le temps, l’histoire d’une voile que l’on oublie de changer. Entre la voile noire et la voile blanche, le destin frappe. Déjà chez les Grecs, Thésée, pour mettre fin au tribut exigé chaque année par le roi de Crète Minos (7 jeunes filles et 7 jeunes hommes), se porte volontaire pour être envoyé en pâture au Minotaure, qu’il finit par tuer. Tout à la joie de son retour, il oublie de changer la voile noire de son bateau contre une voile blanche. Désespéré à la vue de ce qu’il interprète comme la mort de son fils, Egée, le roi d’Athènes, se jette dans les flots de la mer qui depuis porte son nom.
Au Moyen Age, c’est Thomas d’Angleterre, poète à la cour d’Aliénor d’Aquitaine, qui reprend le flambeau avec la légende celtique de Tristan et Iseut. Légende que l’on retrouve ci-dessous, raconté à la mode de Bretagne par Pierre Jakez Hélias, sur des photos prises à Penmarc’h.
YSEULT AUX BLANCHES MAINS
Sachez que c'est en Petite‑Bretagne, et nulle part ailleurs, que mourut l'amant incomparable, Tristan de Loonois, le visage tourné vers la mer.
Par honneur, il s'était durement départi de son amie douce, Yseult la blonde. Au château de Carhaix, dans la chambre haute, il trouva la fille du duc Hoël, la jouvencelle au corps gent, qui chantait une chanson de toile en brodant à fils d'or de ses blanches mains. Elle avait nom Yseult, sachez‑le, et Tristan la prit à femme pour l'amour de ce nom. Mais c'était l'autre Yseult qu'il avait au coeur. Et ce fut félonie.
Or, il advint qu'un jour, guerroyant contre le baron Bedalis, il fut navré d'un coup de lance dont il ne cessa de languir. Quand il sut que la vie le quittait, il désira revoir Yseult la blonde. Il manda Kaerden le preux, son beau-frère, lui fit appareiller sa nef pour aller la quérir en Cornouailles d'outre‑mer. Ils convinrent que si Kaerden ramenait la reine Yseult, il cinglerait à voile blanche, à voile noire s'il revenait seul.
Yseult aux blanches mains a surpris le secret de Tristan. De douleur, elle se pâme. Tant elle aime son époux qu'elle ne saurait souffrir nulle autre auprès de lui jusqu'à la mort. La graine amère de la vengeance pousse racines dans son sein. Qui lui ferait grief ?
Tristan s'est fait porter sur les rochers de Penmarc'h qui est le port de Carhaix, dit le conte. Si vous ne croyez pas ce qui est dans les contes, vous n'êtes point prudhommes. Tristan ne vit que d'attente. Ses yeux ne quittent pas l'horizon de mer.
Mais l'orage tourmente au large la nef de Kaerden qui vire et louvoie d'amont en aval. Tristan défaille, la mort est proche. On le ramène à son manoir. Yseult, sa femme, est sur le rocher quand apparaît la voile blanche.
‑ Doux ami, la nef de Kaerden arrive au port. Elle vous apporte la guérison.
‑ Dites‑moi, dame, de quelle couleur est la voile ?
‑ Beau sire, la voile est toute noire, dit la dame jalouse.
Tristan se tourne vers le mur. Par trois fois, il soupire le nom d'Yseult et libère son âme. En vain, l'épouse aux blanches mains l'accole et le baise. C'en est fait de lui.
La blonde Yseult, la reine, débarque au port de Penmarc'h quand les cloches des moutiers sonnent le glas. Elle s'émerveille du grand deuil qui règne par les rues.
On lui dit que le preux Tristan n'est plus. Alors elle monte au palais, aussi vite qu'elle sait, les coiffes pendantes, la guimpe dérangée. Elle écarte l'autre Yseult du linceul, découvre la face de Tristan, lui baise la bouche et s'étend contre lui, corps à corps. A l'instant, elle meurt, pour l'amour de son ami.
Mais l'autre Yseult est morte aussi, pour la même douleur.
Je vous dirai que les goémons fauves de Penmarc'h sont gonflés de larmes et pleurent dans la mer. Ce n'est point pour la passion de Tristan et d'Yseult la blonde, dont les tombeaux de béryl et de calcédoine sont réunis par la tige vivace d'une ronce, à Tingatel. C'est pour le crève‑coeur de l'autre Yseult, la Bretonne aux blanches mains, Yseult la simple et la belle, morte d'amour solitaire entre Penmarc'h et Carhaix, et qui repose, solitaire, dans sa tombe inconnue.
Tous les derniers dimanches de juillet la fête du goémon se déroule au Lennac’h, à Esquibien, non loin du phare de Lervily. Il suffit tout simplement de suivre le sentier côtier qui part de la Pointe de Lervily, et on arrive sur le site. Ce dimanche fut le jour le plus ensoleillé de cet été pourri.
De très tôt, le ramassage du goémon a été règlementé :
Avec Colbert, et l'Ordonnance sur la Marine d'Août 1681 le cadre juridique à cette exploitation sera très bien défini et encadré, en spécifiant par exemple que "les habitants des paroisses situées sur les côtes de la mer s’assembleront le premier dimanche de Janvier, à l’issue de la Messe Paroissiale, pour décider du jour auquel ils arrêteront de commencer la coupe du varech ou goémon croissant, ou venu à l’endroit de leur territoire".
La loi du 30 octobre 1772 précisait qu’il était interdit de couper le goémon avec une faucille ou un couteau, et qu’il fallait l’arracher soit avec les mains soit avec un râteau. (Après l’arrachement, il reste suffisamment de filaments accrochés au rocher pour permettre la reproduction).
A cette époque, le goémon servait d’engrais aux habitants qui possédaient un lopin de terre.
Un four est une rigole d’une dizaine de mètres de long et de 60 centimètres de large pour 40 centimètres de profondeur
environ. Des dalles de pierres tapissent le fond et les parois de la fosse. Des dizaines de fours ont été ainsi construits tout le long de la côte.
Après le brûlage, chaque compartiment recueillait un bloc de soude d'environ 50 kilos, et la soude récoltée était vendue à l'usine d’Audierne. Il fallait environ 1 tonne de goémon vert pour obtenir un bloc de 50kg de soude dont l'usine extrayait au mieux 1kg d'iode.
Toute la journée, il fallait du monde pour alimenter le feu. Le soir, place au pifonnage : dans la fumée et dans une
chaleur d'enfer, les goémoniers remuaient sans arrêt la pâte en fusion avec un pifon, sorte de spatule en métal à long manche de bois, jusqu'à obtention d'une bouillie homogène. Pendant plusieurs
jours, des panaches de fumée blanche s'élevaient en tout point de la côte.
Ce 2 Décembre 1790, c’est un rappel à l’ordre qui arrivait dans toutes les mairies côtières du Finistère. Il émanait du Siège de l’Amirauté établi à Morlaix et précisait :
Article 1er : les habitants des paroisses situées sur les côtes de la mer s’assembleront le premier
dimanche de Janvier, à l’issue de la Messe Paroissiale, pour décider du jour auquel ils arrêteront de commencer la coupe du varech ou goémon croissant, ou venu à l’endroit de leur territoire.
Article 3 : il est fait défense aux habitants de récolter le goémon de nuit, et de faire la cueillette ailleurs que dans l’étendue des côtes de leur paroisse.
Qu’il plaise au Siège d’ordonner que le titre 10 du livre 4 de l’Ordonnance de la Marine (1681) sera exécuté. En conséquence, il est fait défense à toute personne de faire la coupe du goémon hors du temps fixé, sous peine de 50 livres d’amende, de la confiscation des chevaux et harnais et d’être poursuivi.
L’intérêt pour le goémon s’accentue par la découverte du chimiste Bernard Courtois en 1811 :
« Tout commence avec la poudre à canon. Pour fabriquer la poudre, on lessive des terres contenant du salpêtre. Sur les eaux obtenues, on fait agir des cendres de bois riches en potasse, ce qui provoque la cristallisation du salpêtre. Pour économiser le bois, Bernard Courtois, ancien élève puis assistant à l'École Polytechnique utilisait les cendres de varech. Un jour de 1811, ayant sans doute employé trop d'acide sulfurique pour détruire les composés sulfurés résultant de la calcination, il vit se dégager des vapeurs violettes. Louis-Joseph Gay-Lussac, s'intéresse à la nouvelle substance à laquelle il donne le nom de "iode", du grec iodès = violet. Le 14 août 1814, il en présente à l'Institut une étude complète. »
« L’iode prendra rapidement une grande importance. Sa solution dans de l’alcool à 90° au titre de 8 à 10% va donner la teinture d’iode, l’antiseptique et cicatrisant universel dont les armées étaient les plus grandes consommatrices ».
(D’après Jean Pierre Clochon, « Le Conquet et la mer »)
A partir de ce moment, la récolte du goémon va prendre de plus en plus d’importance.
Entre 1855 et 1872 toutes les familles habitant près du littoral construisent leur four. Ils sont un millier à le faire en 1860 dans le Cap-Sizun.
La récolte commençait après les tempêtes d'avril et battait son plein, un peu plus tard, quand le goémon était mûr. Les goémoniers le tiraient alors sur la grève à l'aide de grands râteaux. Le plus pénible était de lever les algues imprégnées d'eau pour remplir les charrettes. Le poids du goémon mouillé est à multiplier par dix. Le goémon était étalé sur la dune et séchait tout l'été.
Un progrès fut réalisé en 1920 par l'installation de mâts dotés de poulies qui remontaient les laminaires dans des paniers.
Il ne reste plus beaucoup de ces avancées de pierre, les deviers, construites avant l'utilisation des mâts.
Des paniers plus grands étaient remontés par les chevaux.
Au Lennac'h, il y avait douze chevaux pour autant de mâts.
Pendant la guerre 39/45, l’Armée allemande a de gros besoins en teinture d’iode. En 1940, le Ravitaillement général lui fourni 35 tonnes sur les 40 tonnes produites.
L’arrêté du Secrétariat à la Marine du 1er juin 1942 donne priorité absolue aux goémoniers pour le ramassage des laminaires. Seules les algues non iodées pourront être ramassées par les cultivateurs pour engrais.
Pour encourager la production d’iode en baisse pendant la guerre, les Allemands ajoutent à la répression contre les fraudeurs, des mesures d’incitation au ramassage du goémon, par exemple :
- Attribution de bon pour une paire de sabots et un kg de clous pour 15 Kg d’iode dans les cendres ;
- Dispense de réquisition de cheval et de voiture ;
- Libération de goémoniers détenus en Allemagne.
Malgré ces mesures, la production de soude continue à baisser.
En 1952 s'éteignait le dernier four à goémon sur le littoral du Cap-Sizun, point final de la fabrication artisanal de la soude dans la région.
De tout ceci, il ne reste plus que les traces, sur le chemin côtier, comme des cicatrices des temps anciens, des tombereaux lourdement chargés de pain de soude qui se rendaient à l’usine d’Audierne.
Ci-dessous un tableau d'Edmond Brochard, de la deuxième moitié du 19ème siècle, intitulé "Coup de collier".
Trouvé sur Internet, mais je n'arrive plus à retrouver la source.
Il est exposé à Bordeaux, au musée des beaux-arts.
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