Traduction :
" Tiens bon ! Mon fils. C'est quand la mer est basse qu'elle recommence à monter !"
Bon week-end
A suivre, Voyage au Vietnam...
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Depuis près de 2 000 ans, les Thays pratiquent la riziculture irriguée en terrasse. Les rizières épousent les courbes des montagnes. Fruit d'un savoir-faire transmis de génération en génération, des traditions sacrées et d'un équilibre social délicat, elles créent de superbes paysages. Elles illustrent la persistance de traditions culturelles et une remarquable continuité dans la transmission des savoirs.
L’entretien des rizières en terrasses est basé sur un travail essentiellement coopératif de toute la communauté. Un système d’irrigation complexe, qui capte l’eau des montagnes, reflète une maîtrise de cette technique ancestrale.
(Les photos sont celles d’une vallée avant Lai Chau).
Les Thays cultivent également le maïs, le manioc, la patate douce, le coton, de l’indigo et le mûrier... La chasse et la pêche complètent leur mode de subsistance. A cela s’ajoute maintenant les touristes (quoique très peu nombreux dans cette région), car les femmes Thays sont réputées pour la qualité de leurs tissages et de leurs broderies.
Les Thays possèdent également leur propre écriture dérivée du sanskrit.
L’histoire du grain de riz
Autrefois, le grain de riz était gros comme le poing. Nul besoin de travailler pour l’obtenir. Quand venait le moment de sa maturité, il suffisait d’allumer des chandelles et des baguettes d’encens sur l’autel du Génie de Foyer, de faire des vœux pendant trois jours et le riz entrait à son gré dans la maison.
Une année, le temps de la récolte venue, un homme se mit à préparer l’autel pendant que sa femme balayait la maison. Le grain de riz ne supportait pas de rouler sur un sol mouillé.
Mais la femme n’avait pas la tête à son ouvrage et avait encore le balai à la main, quand l’homme commença ses invocations et que le riz se précipita avec fracas et impatience dans la maison.
Irritée, la femme lui donna un coup de balai qui le brisa en mille morceaux. Le Grain de riz, fort en colère, déclara : « Dorénavant, je ne viendrai dans les maisons que si l’on me plante et me récolte ».
Voilà pourquoi maintenant les hommes doivent travailler pour avoir du riz, et pourquoi les grains sont si petits.
D’après Ngô Vàn (Contes d’autrefois du Vietnam)
A suivre...
Les villages des Thays sont reconnaissables à leurs maisons sur pilotis, de forme rectangulaire, agrémentées d’un balcon. Sous la maison, se réfugient poules, canards et même buffles pour se protéger du soleil ou de la pluie. Chaque maison est entourée d’une clôture en bambou tressé. Les villages ne se trouvent pas très loin d’une rivière.
Histoire de la tache sur la lune
A la pleine lune, quand on regarde l'astre des nuits, on croit y voir l'image d'un homme assis au pied d'un arbre. La légende raconte que c'est Cuôi et son banian. L’histoire commença le jour où Cuôi, bûcheron de son état, partit en forêt chercher du bois. En chemin, il tomba sur une portée de jeunes tigres près d'un rocher. Comme il avait sa hache à la main, il en profita pour les tuer.
Mais voilà qu'il entendit le grognement de la mère qui regagnait sa tanière. Pris de panique, il grimpa dans l'arbre le plus proche. En se cachant dans le feuillage, Cuôi risqua un coup d'oeil sur la scène en bas.
La tigresse, constatant la mort de ses petits, poussa des rugissements de douleur, puis se précipita vers le torrent en contrebas. Là, Cuôi la vit sauter pour attraper une à une les feuilles d'un arbre au bord de l'eau. Revenue auprès des cadavres de ses petits, elle mâcha les feuilles, mit la bouillie dans la bouche des tigrons, qui, comme par miracle, revinrent à la vie. Ensuite la tigresse les emmena dans la forêt profonde.
Cuôi attendit longtemps avant de quitter sa cachette. Puis il décida d'aller examiner de plus près l'arbre miraculeux. Il eut l'idée d'en prendre une branche et de l'emporter avec lui. Une fois rentré à la maison, il plaça la branche dans un pot pour lui faire prendre racine, et veilla sur elle jour et nuit, lui prodiguant tous les soins dont il était capable.
Bientôt, la branche prit racine et devint un arbre qui grandit rapidement. Dès lors, Cuôi fit à son tour des miracles et sauva quantité de gens très malades, en utilisant la bouillie de feuilles, comme l'avait fait la tigresse. Évidemment, Cuôi chérissait son arbre. Il ne cessait de recommander à sa femme d'éviter à tout prix de le souiller de quelque façon que ce soit.
À force, sa femme finit par devenir jalouse de l'arbre. Un jour, en allant vider les ordures, elle eut la méchante idée de les jeter contre l'arbre.
Aussitôt, l'arbre s'arracha de terre et commença à s'élever dans les airs.
Cuôi, qui arrivait à ce moment‑là, ne sachant comment le retenir, n'eut que le temps de planter dans le tronc la hache qu'il avait à la main et de s’y agripper comme il put. L’arbre continua de s'élever de plus en plus haut et de plus en plus vite.
Bientôt, il atteignit la Lune avec le pauvre Cuôi toujours accroché à son tronc. Depuis, Cuôi, assis sur la Lune au pied de son arbre, attend l'occasion de redescendre sur Terre.
D’après Nguyên-Xuân-Hùng
A suivre...
Le Vietnam compte aujourd’hui près de 85 millions d’habitants et rassemble une soixantaine d’ethnies différentes. Mais les Kinh, ou Vietnamiens proprement dits, représentent les 9/10 de la population. Ils sont établis dans les régions basses et les plaines côtières, à forte densité de population.
Les ethnies minoritaires sont essentiellement réparties dans les montagnes du Nord, du Nord Ouest et du Centre. Au Nord Ouest, pour faire simple, on peut distinguer deux grands ensembles : les communautés des hautes vallées qui occupent les espaces au-dessous de 600 m, et les communautés des montagnes qui se répartissent entre 900 et 1 500 m d’altitude.
(Ci-dessous, le casque de moto que porte cette femme Thay ne fait pas partie du costume traditionnel !)
Les Thays, environ 1 million, vivent dans la région de Son La, Diên Biên Phù et Lai Chau. Ils se subdivisent en Thays Blancs (région de Son La)…
… Et en Thays Noirs (Diên Biên Phù / Lai Chau). Venant de la Chine méridionale, ils se sont implantés dans cette région vers le premier millénaire avant J.C. On les retrouve au Laos et bien entendu en Thaïlande.
Si les hommes ont depuis longtemps adopté la tenue européenne, les femmes conservent le costume traditionnel : longue jupe noire et courte veste serrée sur la poitrine se fermant avec une série de boutons qui, une fois attachés, forment comme des papillons. Les couleurs sont diverses : vert, orange, bleu…
Le chignon est porté sur le sommet de la tête, si la femme est mariée, et sur le côté, si elle est célibataire, ou alors, les cheveux sont portés longs.
La danse du bambou :
Elle rythme toutes les fêtes au Pays Thay, cérémonies religieuses,
mariages...
Deux jeunes filles, placées l’une en face de l’autre, tiennent chacune deux tiges de
bambou par leurs extrémités. Les tiges sont parallèles et bougent constamment au rythme d’un tambour. Les danseuses doivent sauter entre les tiges sans se faire coincer les
chevilles.
Fête de l’alcool de riz.
En général, elle se pratique après la moisson du
riz.
Dans les régions montagneuses l’alcool de riz est consommé sous une forme cérémonielle.
L’alcool est fabriqué à partir d’une variété particulière de riz gluant, dont le grain cuit à la vapeur prend un aspect transparent.
Après une série de chants et de danses, les personnes présentent se retrouvent autour d’une jarre commune dans laquelle on puise l’alcool à l’aide d’un siphon.
A suivre.. l'habitat au Pays Thay
Troisième partie du voyage, le Nord Ouest du Vietnam, de Diên Biên Phù à Bac Ha, de la frontière du Laos à la frontière de la Chine :
A la rencontre des ethnies des montagnes.
A Diên Biên Phù, la paix est revenue, le marché bat son plein tous les jours :
Attention, image à ne pas mettre entre tous les yeux ! On y vend même de la viande de chien, ce qui est un met de luxe pour les Vietnamiens de cette région, car elle est très chère :
Collégiennes de retour de l'école, comme dans tout le pays, chemisette blanche et pantalon noir :
Le temps est bien souvent brumeux dans ces régions, mais dans l'après-midi, un rayon de soleil vient parfois déchirer le rideau de
brume.
Dans la plaine où se déroulaient de furieux combats, la moisson du riz est commencée. Les paysans, en ligne, coupent le riz à la
faucille. Pas de machine agricole en vue, ni ici, ni ailleurs dans le pays.
Pour retourner la terre, pas de tracteur, mais le buffle.
Pourquoi se presser ? Proverbe chinois :
"Le buffle est lent, mais la terre est patiente."
Et pour contraster avec la "gravité" des deux articles précédents, un conte plus léger :
Le Buffle, le Tigre et l'Intelligence
Dans les temps très anciens, les hommes menaient les buffles aux champs en les tirant par une corde attachée à leurs cornes. Ce n'était pas toujours facile, et les buffles allaient souvent où ils voulaient.
Un jour, quelqu'un eut l'idée de passer un anneau dans leurs naseaux et d'y nouer la corde. Depuis, les buffles suivaient docilement. Et ainsi, même les enfants pouvaient les garder.
Un jour, après les travaux de labour, un jeune gardien laissa son buffle paître tranquillement à la lisière de la forêt. Survint le tigre, qui en ce temps-là n'avait pas de rayures sur sa robe jaune.
Le féroce animal s'étonna de l'obéissance du puissant buffle que lui‑même craignait.
Il lui demanda :
‑ Buffle, pourquoi obéis-tu à ce frêle humain, toi dont la force égale la mienne ?
Le buffle lui répondit :
‑ Physiquement, le petit homme est faible, mais son intelligence est plus puissante que nos cornes et nos griffes !
Étonné, le tigre s'adressa alors au garçon :
‑ Dis‑moi, petit homme, où est ton intelligence qui fait peur même au puissant buffle ?
Le petit gardien lui répondit :
‑ Je n’ai pas apporté mon intelligence avec moi. Je l'ai laissée à la maison.
‑ Alors, va la chercher, lui suggéra le tigre.
‑ Mais tu vas profiter de mon absence pour dévorer mon buffle ! Si tu acceptes que je t'attache, j'irai chercher mon intelligence pour te la montrer.
Le tigre hésita mais, poussé par la curiosité, accepta la proposition. Le garçon demanda au tigre de s'aplatir contre un solide tronc d'arbre, prit une longue corde et l'attacha solidement en faisant plusieurs tours.
Une fois qu'il eut fini, il prit un gros gourdin et se mit à battre le tigre, en s'exclamant :
‑ Voici mon intelligence !
Sous les coups, le tigre se débattit de douleur et de rage. Il se débattit si violemment que sa peau fut brûlée, à force de frotter contre les cordes.
Voici pourquoi les tigres ont des rayures noires sur leur robe jaune.
Le tigre parvint finalement à se dégager et s'enfuit dans la forêt sans demander son reste.
Le buffle, qui assistait à la scène, fut pris d'un fou rire. Il riait en secouant si fortement sa lourde tête qu'il cogna sa mâchoire par terre à s'en casser les dents. C'est ainsi que les buffles n'ont plus de dents à la mâchoire supérieure.
A suivre...
Le 7 mai 1954, l’Armée Vietminh investissait le camp retranché de Diên Biên Phù tombé après de violents combats. C’est sur le quartier général du camp, le P.C. GONO (Groupement Opérationnel du Nord Ouest) que la reconstitution, diffusée aux actualités cinématographiques de l’époque, montre les soldats Vietminh brandissant le drapeau rouge à l’étoile d’or.
Ci-dessous, le PC Gono, où commandait le colonel De Castries.
La salle de commandement :
Le pont sur la Nam Youn
:
C’est sous ce pont que se réfugièrent ceux qui avaient craqué durant la bataille, ceux que l’on appelle communément des déserteurs,"les rats de la Nam Youn". Mais avant de juger confortablement assis dans un fauteuil, rappelons-nous la phrase du célèbre écrivain Conrad dans son livre « Lord Jim » : « Entre la lâcheté et le courage, il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette ».
Ce pont se trouve à quelques centaines de mètres du P.C.
Ce fut la bataille la plus longue, la plus furieuse, la plus meurtrière de l'après Seconde Guerre Mondiale, et l'un des points culminants de la Guerre Froide.
Près de la colline Éliane 2, un musée a été construit en souvenir de cette bataille. A l’intérieur, outre les différents objets que l’on peut trouver dans les musées militaires de ce type, on peut suivre une vidéo (avec le plan de la bataille sur maquette) retraçant le déroulement des combats vu du côté Vietminh.
A l'extérieur, est exposé du matériel de guerre français (canon de
105 et char M24 Chaffe) :
et du matériel vietminh (armes russes et chinoises) :
Le cimetière vietminh se trouve au pied d’Eliane 2, là où leurs troupes eurent le plus grand nombre de tués.
Dans l’armée vietnamienne forte de 40 000 hommes et appuyée de près de 60 000 coolies chargés de l’approvisionnement en nourriture, armes, munitions, et construction de routes, les pertes sont estimées à près de 20 000 hommes.
Mais jamais, dans aucune bataille (que ce soit contre les Français ou contre les Américains), les
responsables Vietminh n’ont fait état du nombre de soldats tués. D’autant qu’en plus de leurs soldats réguliers, des milliers d’autres, sans noms, les irréguliers, ceux-là même qui formaient les
premières vagues d’assaut, n’étaient pas comptabilisés dans les effectifs.
Peu importait au général Giap le nombre de victimes, leur héroïsme, leur abnégation, car pendant ce temps, se tenait la Conférence de Genève qui allait décider du sort de l’Indochine : il fallait la victoire à tout prix. "La stratégie militaire vietminh, c'est la victoire à n'importe quel prix", paroles du général Giap.
Bilan pour l'armée française (Source : La Saint-Cyrienne) :
(Stèle à la mémoire du Colonel Piroth, après le pont, à l'emplacement de son P.C.)
L'ensemble des prisonniers devra en effet, marcher à travers jungle et montagnes sur 700 km. Ceux qui étaient trop faibles mouraient ou étaient achevés. Puis ils ont été installés dans des villages, aux confins de la frontière chinoise, hors d'atteinte du Corps Expéditionnaire.
(Diên Biên Phù, vue du pont)
Là un autre calvaire attendait les prisonniers. Dans ces camps, ils avaient des conditions de survie effroyables, en particulier le camp 113 , où sévit le triste Boudarel, professeur de philosophie, membre du PCF, nommé Instructeur Politique adjoint au commissaire politique du Camp 113. Il est assimilé à un chef de compagnie avec une ration triple, soit trois kilos de paddy par jour. (Cliquer sur l’insigne pour suivre le lien)
(Le kilo de paddy, riz non décortiqué, est alors l’unité monétaire dans les zones occupées par le Viet-Minh). Quant à l’alimentation quotidienne des prisonniers, elle se limitait à une boule de riz pour ceux qui étaient valides, et pour les agonisants, une soupe de riz. Un grand nombre de soldats sont morts de dénutrition et de maladies. Ils n'avaient droit à aucun soin médical.
Quant au gouvernement français, il s’est empressé d’oublier les 6 152 soldats morts dans les camps. Soldats perdus, soldats oubliés ! Rien n’a été fait pour essayer de les retrouver. Il fallait tourner la page de cette guerre au plus vite.
Légende du graphique concernant les prisonniers de guerre :
2 % : Prisonniers français en Allemagne ;
37 % : Prisonniers allemands en Russie ;
57,5 % : Prisonniers russes en Allemagne ;
59,9 % : Prisonniers français dans les camps vietminh ;
69 % : Prisonniers du corps expéditionnaire français, toutes ethnies réunies ;
72 % : Prisonniers de Diên Biên Phù (en 4 mois de captivité).
Le monument du Légionnaire Rolf Rodel
Un homme seul a su pallier les carences du gouvernement français, le légionnaire Rolf Rodel, en érigeant à ses frais le monument ci-dessous :
Davantage de précisions sur ce monument en cliquant sur l’insigne ci-dessous :
La honte n'est pas d'être inférieur à l'adversaire, c'est d'être inférieur à soi-même (Maxime mandchoue)
A suivre... Le Nord Ouest du "Tonkin"
1 - La bataille
Novembre 1953 / Novembre 2008…
Il était une fois, il y a de cela bien longtemps, 55 ans exactement, Diên Biên Phù…
Si Waterloo sonnait le glas du 1er Empire, Diên Biên Phù sonna celui de l’Empire colonial français. Qu’aurait écrit Victor Hugo s’il avait été là ?
« Waterloo Diên Biên Phû ! Diên Biên Phû ! Diên Biên Phû ! Morne plaine !
Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,
Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons,
La pâle mort mêlait les sombres bataillons ; »
Cet article, un peu spécial, ne veut être qu’un petit et modeste rappel historique.
Ðiện Biên Phủ se trouve à proximité de la frontière laotienne, en plein pays Thaï, dans la province de Laï Chau. La région autour de Diên Biên Phû se présente comme une petite plaine de 16 Km de long sur 9 de large, couverte de rizières et de champs, avec la ville proprement dite, et une rivière (La Nam Youn) qui la traverse.
Diên Biên Phû n’est plus le petit village de paillotes de 1953, c’est devenu une capitale de province. Elle s’est développée sur l’ancien champ de bataille, entre et sur les collines qui furent des points d’appui français. Seule, la colline Eliane 2 a été préservée de justesse pour rappeler le souvenir de ce qui fut la plus célèbre des batailles de l’Indochine car elle concrétisa son Indépendance.
Après quelques opérations réussies qui écartent la menace que le Viêt-minh fait peser sur le delta (dont la victoire de Vinh Yen en 1951 avec le Maréchal De Lattre), le commandement français décide d'attirer les troupes ennemies sur un terrain de son choix en vue de les détruire de toute la force de son artillerie et de son aviation.
Voulant s’inspirer du succès du camp retranché de Na San, en décembre 1952, où l'artillerie du camp et les avions d'assaut furent les éléments déterminants de cette victoire, il choisit pour cela la cuvette de Diên Biên Phû, située près de la frontière laotienne.
Le 20 novembre 1953, deux bataillons de parachutistes (6e BPC du commandant Bigeard et 2/1er RCP) sautent sur Diên Biên Phù et en chassent le régiment du Viêtminh qui l'occupait. C’est l’opération Castor placée sous les ordres du général Gilles. D'autres unités sont parachutées dans l'après-midi du 20 novembre et dans les jours suivants. Un bulldozer est largué sur la position pour permettre la rénovation de la piste d'atterrissage, construite par les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale.
Les photos suivantes sont prises sur la colline Éliane 2.
Les raisons du choix de Diên Biên Phù :
Ø Le commandement français voulait contrôler une voie de passage essentielle de l'adversaire via le Laos vers le delta du Mékong et le Triangle d’Or (Diên Biên Phû est la porte du Laos et la route qui traverse la ville est encore de nos jours la route de tous les trafics)
Ø Il voulait également créer un abcès de fixation et un solide point d'amarrage en pays Thaï, en attirant les insaisissables forces vietminh pendant que se déroulait l’opération Atlante en Annam (opération marquée par l’embuscade d’Ankhé le 24 juin 1954 qui aura coûté à elle seule aux Forces Françaises du GM 100, près de mille morts ou disparus en trois heures de combat).
Ø Son but était aussi de créer l'insécurité sur les arrières Vietminh, de rechercher des renseignements en capturant des prisonniers, et de détruire des installations ennemies.
Ø L’opération Castor avait également pour objectif de récupérer la garnison de la ville de Laï Chau encerclée par des régiments Vietnimh (opération Pollux). Mais l'évacuation de la base de Laï Chau prend une tournure dramatique. Le troisième et dernier élément de la garnison, fort de 2.000 partisans, s'est dispersé en petits groupes pour échapper à l’ennemi. Le 10, une compagnie commandée par le sergent Blanc est assiégée à Muong Pon, à 18 kilomètres à peine de Diên Biên Phù. Quand les légionnaires du 1er BEP atteignent Muong Pon, le 13 en fin de matinée, les derniers défenseurs sont tombés.
Et l’encerclement de Diên Biên Phù se précise :
Le 5 décembre, un groupement parachutiste (8ème BPC, 1er BPC et 2/1 RCP) s'engage sur la RP 41 à moins de 5 Km au Nord Est du centre de Diên Biên Phù. Il est sévèrement accroché et subit de lourdes pertes.
Le 13 décembre, sur la piste Pavie, nouvel accrochage sérieux pour un groupement parachutiste (1er BEP, 5ème BPVN) qui s'est porté en recueil des éléments de Laï Chau évacué. Les pertes sont encore importantes.
Le 20 décembre, un autre groupement composé du 8ème BPC et du 1er BEP part vers le sud ouest tendre la main à un groupement mobile venant de Luang Prabang (Laos). Le but de cette opération est de prouver que la garnison de Dien Bien Phu conservait toujours sa liberté de mouvement et que ses éléments pouvaient se rendre où ils voulaient quand ils voulaient. La marche est épuisante et longue. La liaison se fait cependant dans la région de Sop Nao (Laos). Mais le retour sera plus harassant et semé d'embûches car le Vietminh a repéré l'axe de progression de la colonne française. Cette dernière, et à l’initiative du capitaine Tourret, pour déjouer les traquenards et les embuscades, choisira la piste des sommets. Malgré quelques accrochages, le groupement ralliera Diên Biên Phù après avoir passé la nuit de Noël sur les crêtes sous une bruine froide et tenace.
Entre le 6 décembre 1953 et le 24 janvier 1954, cinq divisions vietminh convergeront vers Diên Biên Phù et prendront position sur les hauteurs dominant le centre de résistance. La 316 arrivera la première. Les divisions 308, 351 (la division lourde) et 312 s'y installeront entre le 24 et le 28 décembre 1953. La division 304 y parviendra le 24 janvier 1954 : à ce moment-là, le camp retranché est définitivement encerclé. Son évacuation est peu probable, à moins de réitérer le désastre de Cao Bang en octobre 1950. (La garnison de Cao Bang, ville à la frontière N.E du Tonkin, en se repliant sur Langson, tomba dans une embuscade sur la R.C.4, avec la colonne de secours venue à sa rencontre. Bilan désastreux : près de 5 000 morts du côté français).
Les centres de résistance de Diên Biên Phû furent, pour des raisons pratiques, baptisés de prénoms féminins correspondant à l'alphabet :
Anne-Marie, Béatrice, Claudine, Dominique, Éliane, Françoise, Gabrielle, Huguette, Isabelle, Junon.
Carte :
L'assaut est déclenché le 13 mars contre le point d'appui « Béatrice » tenu par la 13e demi-brigade de Légion étrangère commandée par le commandant Pégot. Le point d'appui est écrasé par les obus de canons et de mortiers lourds. Pendant plusieurs heures il reçoit des milliers d'obus. Les abris, n'étant pas conçus pour résister à des projectiles de gros calibre, furent pulvérisés. La surprise fut totale dans le camp français.
« La mêlée en hurlant grandit comme une flamme.
La batterie anglaise vietminh écrasa nos
carrés.
La plaine où frissonnaient nos drapeaux déchirés
Ne fut plus, dans les cris des mourants qu’on égorge,
Qu’un gouffre flamboyant, rouge comme une forge ;
Gouffre où les régiments, comme des pans de murs,
Tombaient, où se couchaient comme des épis mûrs…. »
En une nuit, c'est une unité d'élite de la Légion qui est supprimée. Nul n'a imaginé un tel déluge d'artillerie. La contre-batterie française se révèle inefficace. Constatant cet échec, le Colonel d'artillerie Piroth se suicide quelques jours après le début de la bataille.
« Derrière un mamelon, la Garde était massée,
La Garde, espoir suprême et suprême pensée !
- Allons ! Faites donner la Garde, cria-t-il.
Et lanciers, grenadiers aux guêtres de coutil,
Dragons que Rome eût pris pour des légionnaires,
Cuirassiers, canonniers qui traînaient des tonnerres,
Portant le noir colback ou le casque poli,
Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli,
Comprenant qu’ils allaient mourir dans cette fête,
Saluèrent leur dieu, debout dans la tempête. »
Dans la nuit du 3 mai 1954, la 2ème compagnie du capitaine Marcel Edme est parachutée sur Dien Bien Phu. « Le courage de la goutte d'eau, c'est qu'elle ose tomber dans le désert (Lao She) ».
Elle part relever les légionnaires du commandant Coutant qui tiennent Eliane 2 depuis le 30 mars. Au sein du corps Vietminh, cette colline a une sinistre réputation, car depuis le 30 mars tous leurs assauts s’y sont brisés, les légionnaires n’ont pas lâché un mètre.
« Puis, à pas lents, musique en tête, sans fureur,
Tranquille, souriant à la mitraille anglaise
vietminh,
La garde impériale entra dans la fournaise ».
La 3ème compagnie du capitaine Pouget vient également en renfort dans la journée et se positionne sur la partie Sud de la colline.
Le capitaine Edme et ses hommes couvrent la partie Est.
Mais une sape est creusée par les soldats Vietminh sous cette partie de colline. A 23 heures, le 6 mai, la terre se soulève brutalement comme le couvercle d’une marmite : deux tonnes de TNT viennent de faire exploser le sommet Est d’Eliane 2. Le capitaine Edme, se trouvant à 15 m de là, voit sa compagnie disparaître sous ses yeux.
« Hélas ! Napoléon, sur sa Garde penché,
Regardait ; et, sitôt qu’ils avaient débouché
Sous les sombre canons crachant des jets de souffre,
Voyait, l’un après l’autre, en cet horrible gouffre,
Fondre ses régiments de granit et d’acier,
Comme fond une cire au fond d’un brasier ».
Mais les parachutistes du Capitaine Pouget continueront à se battre jusqu’au matin, où, à court de munitions, ils seront submergés par le nombre des assaillants.
"Ils allaient, l’arme au bras, front haut, graves, stoïques,
Pas un ne recula. Dormez, morts héroïques ! "
Victor Hugo
Le 7 Mai à 17 h 30, le camp fortifié de Diên Biên Phù, sombrant sous
le nombre, cessait le combat sans hisser le drapeau blanc.
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Cet article est dédié à Yvette et à la mémoire de son père, sous-officier au 8° Choc, tué à Diên Biên Phù, sur le point d'appui Claudine, le 20 avril 1954.
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A suivre...
Il était une fois une jeune fille qui s'appelait To. Ses parents étaient morts alors qu'elle était encore enfant. Elle fut donc obligée de se placer comme domestique chez une riche harpie. Celle-ci avait un caractère exécrable et était si cruelle qu'elle battait souvent To. Excédée de tant de brutalité, To s’enfuit un jour dans la forêt. Elle préférait affronter les dangers plutôt que d'endurer plus longtemps les mauvais traitements de sa maîtresse. Elle courut longtemps, se blessant les pieds et les mains sur les rochers, déchirant ses vêtements aux branches, se salissant dans les marais boueux. Enfin, exténuée, elle se laissa tomber au pied d'un arbre et s'endormit.
Le génie des lieux avait le don de connaître le fond de l'âme humaine, il sut la détresse de la jeune fille, et décida de la protéger. Quand elle se réveilla, toute sa fatigue avait disparu. Elle était allongée dans une grotte, sur un lit de mousse douce comme du velours. Autour d'elle, à portée de main, se trouvaient toutes sortes de fruits aussi succulents que parfumés. Soudain, elle vit arriver un vieillard à l'aspect bienveillant. Celui-ci n'était autre que le génie de la Forêt.
Il feignit d'être surpris de la présence de la jeune fille. Elle lui raconta son histoire. Le vieillard approuva sa fuite. Il dit être bûcheron, et lui offrit de rester dans la grotte. Il ne l'occupait pas souvent, devant se déplacer dans la forêt pour son travail. Il assura To qu'elle pouvait y habiter sans crainte. De plus, il lui expliqua qu'en cas de danger, il suffisait qu'elle appelle « Ô bûcheron» trois fois et il serait aussitôt à ses côtés.
Le jour suivant, le bûcheron apporta à To des vêtements neufs et confortables. Dès lors, elle vécut tranquille et libre. Tous les animaux et les oiseaux de la forêt étaient devenus ses amis. Elle rayonnait de bonheur.
Sa beauté la fit remarquer par un Immortel. En effet, un Immortel s'était échappé de la cour céleste à cause de ses penchants pour les femmes du monde des mortels. Partout où il passait, il usait de ses pouvoirs magiques pour séduire toutes les femmes, mariées ou pas, depuis les princesses inaccessibles jusqu'aux simples paysannes, pourvu que toutes fussent belles ou suffisamment attirantes. Aussi, quand il vit la jeune ingénue s'ébattre dans la forêt avec tant de grâce et de fraîcheur, un jour qu'elle s'était aventurée loin de la grotte, il fut pris d'une forte envie de la conquérir et se précipita vers elle.
Mais To connaissait la forêt comme sa poche, et elle put lui échapper, tantôt en se cachant dans un buisson, tantôt en sautant par-dessus des fossés, tantôt en se glissant sous les rochers. L’Immortel fut surpris de la voir disparaître si facilement. Il usa alors de ses pouvoirs pour la retrouver et il la surprit dans une cachette. Alors qu'il était sur le point de la capturer, un cerf survint, qui enleva To sur son dos. Après une longue course, il la déposa devant la grotte.
Le génie lui donna alors un bracelet de jade qui la rendrait invisible chaque fois qu'elle le souhaiterait et lui suggéra de prononcer le nom de « Quan-Thé-Âm Bô-Tàt »
L’Immortel furieux de voir une jeune fille lui échapper ainsi, décida de tendre sur tous les sentiers de la forêt des filets tressés de fils si fins qu'ils étaient à peine visibles. To, une fois rassurée par le génie, ne put s'empêcher de sortir de la grotte et d'aller se promener. Elle fut ainsi prise dans un des filets.
L’Immortel surgit. Mais un éléphant blanc arriva et, cassant le filet d'un coup de défense, il emporta la jeune fille. Pendant un certain temps, To n'osa plus sortir de son refuge. Mais elle ne put résister à l'envie de courir librement dans la forêt.
L’Immortel devina quel chemin elle allait emprunter. Il la prit encore une fois dans ses filets. Aussitôt, To prononça le nom de « Quan‑Thé‑Âm BôTàt». Alors les mailles du filet fondirent et formèrent une petite boule de la taille d'un haricot.
Comme To était en train d'appeler à tue-tête, la bouche grande ouverte, la boule tomba au fond de sa gorge.
Entre-temps, voyant que ses tentatives pour s’emparer de cette simple fille se soldaient toujours par des échecs, l'Immortel décida de mobiliser toutes les forces surnaturelles qui étaient sous ses ordres. Il demanda ainsi au génie des Éclairs, à celui du Tonnerre, à celui du Vent, à celui des Pluies de venir à sa rescousse. Ils déclenchèrent des pluies et des orages dévastateurs, afin de décourager tout ce qui pouvait aider ou abriter la jeune fille, sans toutefois la blesser, car l'Immortel la voulait vivante.
Surprise en pleine promenade, et devant tant d'acharnement, To eut beaucoup de mal à s'échapper. Un éclair déchira ses vêtements, et bientôt elle fut prise toute nue dans les filets. L’Immortel cria sa satisfaction et s'apprêta à abuser d'elle. To eut alors recours à son bracelet, et disparut. Avec beaucoup de difficultés, elle parvint à regagner la grotte et s'y terra.
Transie de froid et de peur, elle n'osa pas cependant appeler le bûcheron à son aide, à cause de sa nudité. Elle resta ainsi recroquevillée. Soudain, prise de vomissements, elle cracha la boule de fils. Celle-ci se déploya comme un drap.
To s'enveloppa dedans et le trouva à la fois doux et chaud. Mais, épuisée par tant d'épreuves, elle sentit sa vie la quitter progressivement. Avant de mourir, elle eut une pensée pour tous ceux qui avaient froid et qui manquaient de vêtements. Elle fit le vœu que les fils qui l'enveloppaient puissent servir de tissu pour fabriquer des vêtements. C'est ainsi qu'elle se transforma en ver à soie.
Afin de réaliser son voeu, l'âme de la jeune fille emporta les fils de soie et les accrocha sur les branches des mûriers qui bordaient les allées du jardin royal, là où le roi et la reine avaient l'habitude de se promener.
C'est ainsi que la reine remarqua les fils. Elle en prit un entre ses doigts, et s'aperçut de sa douceur. Elle voulut le casser, et s'aperçut de sa résistance. En l'exposant au soleil, elle s'aperçut de son éclat. Alors elle donna l'ordre de rassembler tous les fils trouvés sur les branches et de les tisser pour en faire une robe.
La robe terminée, elle la présenta au roi et à la Cour.
Tout le monde fut séduit par l'extraordinaire souplesse et la beauté miroitante qui se dégageaient de la robe…
et qui rehaussaient la grâce de celle qui la portait.
D'après Nguyên-Xuân-Hùng
A suivre, direction Nord Ouest...
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