Cambodge

Lundi 11 avril 2011 1 11 /04 /Avr /2011 10:25

Les textes en italique de l'article sont extraits du livre de Roland Dorgelès : "La route Mandarine", écrit en 1925.

 

"… On voit grandir, coupant la route, une porte monumentale. Angkor Thom, la ville royale ! Jamais je n'oublierai ce sourire de pierre qui m'accueillit, à l'instant de franchir l'enceinte. Une tour grise que le temps a fendue, et dominant la voûte étroite, quatre visages humains couronnés de lotus, qui sourient aux quatre vents du ciel..."

 

 

 

Angkor Thom01

 

 

 

Lorsque Jayavarman VII décide de créer Angkor Thom à la fin du XIIè siècle, il fait entourer la ville d'une haute muraille pour se prémunir d'une nouvelle attaque des troupes du Champa. Il est aussi possible que ce mur ait été bâti en fonction du Bayon (son temple d'état) dont il constituerait la quatrième enceinte.

 

 

 

Angkor Thom02

 

 

 

Le mur, de 8 mètres de hauteur, qui entoure Angkor Thom (Traduction : la Grande Ville), la dernière capitale de l'Empire Khmer, forme un carré de 3 km de côté délimitant une surface de 900 ha. Elle accueillait en ses murs la cour du roi, les prêtes et les hauts fonctionnaires. On estime à un million de personnes la population qui vivait en dehors des fortifications. Angkor Thom restera capitale jusqu'au XVIIè siècle.

 

 

 

Angkor Thom03

 

 

 

Le vaste quadrilatère d'Angkor Thom est partagé par deux axes, Nord-Sud et Est-Ouest, sur lesquels se situent quatre portes, plus une porte supplémentaire sur le côté Est qui conduit au palais royal. A la rencontre des deux axes, se trouve le grand Temple du Bayon. Des douves de 100 m de large et profondes de 5 à 6 mètres par endroits, entourent les 12 km de muraille.

 

 

 

Angkor Thom04

 

 


 

PlanAngkor2

 

 

 

On peut pénétrer dans Angkor Thom par cinq portes de conception identique. Quatre sont axées sur le Temple du Bayon :

 


 

 

Bayon0027 2


 

 

On nomme ces portes : Porte Sud, Porte Nord, Porte Ouest, Porte Est, appelée aussi Porte des Morts. La cinquième entrée, à l'Est, axée sur le centre de la terrasse du Palais royal, est la Porte de la Victoire.

 

 

 

Angkor Thom05

 

 

 

Chacune des cinq portes est surmontée d'une structure en forme de tour constitué de quatre visages. La tour médiane, la plus haute, domine le sol à près de 23 mètres. Les deux massifs de grès qui flanquent la tour centrale, moins hauts, sont couverts chacun par une tour à un seul visage.

 

 

 

Angkor Thom06

 

 

 

On atteint la Porte Sud en franchissant les douves sur une digue large de 16 m, longue de 108 m et haute de près de 6 m. Sur la partie supérieure des murs de la digue, une margelle de grès supporte des géants de pierre de 2 m de hauteur tenant dans leurs bras le serpent nâga. Celui-ci dresse son capuchon et ses sept têtes à 4 m du sol, à l'entrée de la chaussée.

 

"De chaque côté de la chaussée, des géants de pierre soutiennent le nâga, le monstrueux serpent aux sept têtes en éventail. Des membres, des torses, attendent encore dans le fossé, débris épars d'un puzzle formidable..."

 

 

 

Angkor Thom07

 

 

 

Les 54 géants du côté droit de la chaussée ont les traits accusés, les sourcils froncés, la bouche aux lèvres tombantes, les yeux ronds et globuleux, ce sont des démons (les Asura). Ceux du côté gauche, 54 également, ont les traits sereins, le front ceint d'un diadème surmonté d'une tiare conique, ce sont les dieux bienfaisants (les Deva). La plupart des têtes ont été remplacées par des moulages. Les 54 Deva et les 54 Asura forment le nombre sacré de 108 protecteurs de la cité.

 

 

 

Angkor Thom08

 

 


Angkor Thom08 2Angkor Thom08 3

 

 

 

 

 

 

 

A l'intérieur de cette enceinte, de nombreux temples ou prasat.

 

Le Baphuon ci-dessous, construit en 1060, bien avant Angkor Thom, était un temple montagne de dimensions exceptionnelles, autrefois comparé à une montagne d'or. Le poids des galeries, des tours d'angles et des gopura d'entrées étant si énorme que le temple a fini par s'écrouler. Les Khmers n'avaient pas à l'époque les compétences techniques nécessaires pour ce genre de constructions monumentales.

 

 

 

Angkor Thom09

 


 

 

Angkor Thom010

 

 

 


 

Angkor Thom011

 

 

 

 

Ci-dessous, le gopura (l'entrée) du Palais Royal vue de la Terrasse des Eléphants.

 

 

 

Angkor Thom012

 

 

 

D'une superficie de 14 hectares, il est entouré par une douve et un mur d'enceinte en latérite de 5 mètres de haut. Le palais était divisé en quartier, mais les habitations construites en bois sur des soubassements en pierre ont toutes disparues. Avec le bassin réservé aux concubines du roi ci-dessous, il ne reste que le Phiméanakas.

 

 

 

Angkor Thom013

 

 

 

Le Phiméannakas, est petit temple de forme pyramidale de 12 mètres de haut. Son nom voudrait dire "Palais des dieux". Les quatre escaliers axiaux qui mènent au sommet ont une pente raide de l'ordre de soixante degrés. Au dire d'un ambassadeur chinois de l'époque, ce palais, dont la coupole était en or, servait d'écrin à l'union du souverain et d'une nagani, créature mi-femme mi-serpent. Le roi devait s'étendre à ses côtés toutes les nuits avant de rejoindre ses épouses, faute de quoi le malheur s'abattrait sur le royaume. Cette croyance remonte à la naissance du Founan, l'ancien Cambodge (voir l'article "Il était une fois, le Cambodge").

 

 

 

Angkor Thom014

 

 

 

En face de la Terrasse des Eléphants, les vestiges de 12 tours, les Prasat Suor Prat, "tours des Danseurs de Cordes", disposées symétriquement par rapport à la Porte de la Victoire.

 

 

 

Angkor Thom015

 

 

 

D'après Tchéou Ta Kouan, l'ambassadeur Chinois, c'était là que se rendait le jugement céleste : quand deux familles se disputaient sans que l'on puisse régler le litige, un représentant de chaque famille s'asseyait au sommet de l'une des tours alors que le restant de la famille restait au pied des tours à surveiller l'autre famille. Après quelques jours d'observation, celui qui a tort finit par le manifester d'une façon ou d'une autre (fièvre, maladie…), et celui qui a raison n'a pas le moindre malaise. Les dieux ont ainsi révélé celui qui était juste.

 

 

 

Angkor Thom016

 

 

 

La terrasse du roi lépreux doit son nom à une petite statue trouvée à son sommet dont le corps couvert de lichens faisait penser à la lèpre dont le souverain aurait été atteint.

 

 

 

Angkor Thom017

 

 

 

Cette terrasse, qui devait servir de lieu de crémation, est entourée d'un premier mur couvert d'un bas-relief de haut en bas. Derrière ce mur, un autre mur mis à jour par hasard, est orné du même bas-relief.

 

 

 

Angkor Thom018

 

 

 

On circule entre ces murs dans une étroite galerie en frôlant toutes les divinités du monde khmer.

 

 

 

Angkor Thom019

 

 

 

A l'origine recouvert de sable et de terre, cet endroit représentait probablement le monde des Enfers, que le guide appelait "le monde invisible".

 

 

 

Angkor Thom020Angkor Thom021

 

 

 


 

 Angkor Thom022Angkor Thom023

 

 

 

La Terrasse des Eléphants, longue de 350 mètres, en bordure du palais royal. C'est ici que Jayavarman VII et sa cour s'installaient sous des chapiteaux de bois et de toile pour admirer les spectacles donnés en son honneur sur la Place Royale.

 

 

 

Angkor Thom024

 

 

 

"Ici, c'est la Place Royale, vaste pelouse nue... Je regarde de tous côtés entouré de ruines que la brousse tient encore…

 

 

 

Angkor Thom026

 

 

 

C'est la Terrasse des Eléphants et son long mur sculpté où les lourdes bêtes défilent depuis mille ans, ce sont les oiseaux chimériques à croupe de tigre qui supportent les corniches et gardent les perrons…"

 

 

 

Angkor Thom026

 

 


 

 

Angkor Thom027

 

 


 

 

Angkor Thom028

 

 

 

"J'ai longuement regardé. Je faisais un effort de tout mon esprit pour chercher à animer ce palais endormi, à lui rendre sa vie magnifique de jadis, quand Sùryavarman quittait pour un jour sa demeure royale, debout sur son éléphant et l'épée sacrée à la main, escorté de filles armées, de bayadères aux cheveux fleuris, de brahmanes portant le feu sacré, de concubines en palanquins.

 

 

 

Angkor Thom029

 

 

 

Mais non, je ne vois rien... Mon imagination est impuissante à ressusciter ces cortèges. Et pourtant ils ont défilé sur les dalles que je foule.

Tchéou Ta Kouan, le voyageur chinois, les a vus de ses yeux, il y a sept cents ans..."

 

 

Angkor Thom030

 

 

Par Jean Yves - Publié dans : Cambodge - Communauté : Asie
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Lundi 4 avril 2011 1 04 /04 /Avr /2011 10:50

La fin du règne de Suryavarman II, le constructeur d'Angkor Vat, annonce une première période de déclin de l'Empire Khmer. Suryavarman lança une campagne militaire désastreuse contre le Dai Viet au cours de laquelle il fut tué. Des rivalités entre ses successeurs, ajoutées au mauvais fonctionnement des réservoirs et des canaux d'irrigation et aux difficultés financières auxquelles se trouvait confronté le royaume suite à la construction d'Angkor Vat, engendrèrent une période troublée. S'ajoute à tout cela un problème religieux : le Dieu Roi ayant failli, le culte de Suryavarman II, l'adoration de Vishnu, commença à céder la place au Bouddhisme.

 

 

 

Bouddha

 

 

 

Profitant de cette période troublée, en 1177, les Chams, du Royaume Champa, située au niveau de Danang sur la côte vietnamienne, remontent le Mékong, puis le Tonlé Sap, prennent et saccagent Angkor, tuent son roi, brûlent la cité de bois et pillent ses richesses.

C'est alors qu'apparaît Jayavarman VII, le "Protégé de la Victoire", quatre ans plus tard. Il défait les Chams sur le lac Tonlé Sap en 1181. (La Fête de l'Eau qui se déroule à Phnom Penh, trois jours après la pleine lune de novembre, commémore cet évènement). Accessoirement, il annexe le Champa.

 

 

 

EmpireKhmer001

 

 

 

Vishnou n'ayant pas su protéger le royaume, Jayavarman VII opte pour le bouddhisme mahayana, religion qui semblerait déjà avoir les faveurs de son peuple. Comme on l'a vu précédemment pour les autres rois Khmers, sa première préoccupation fut d'entreprendre des travaux d'utilité publique : restauration du système hydraulique, construction de 102 d'hôpitaux, de routes avec ses 121 gîtes d'étape, de ponts comme celui de Kampong k'day ci-dessous :

 

 

 PontKampong01


 

 


 

 

PontKampong02

 

 

 


 

PontKampong03

 

 

 

Puis il se lance dans la construction de temples, en commençant par rendre hommage à ses ancêtres. En 1186, il fait construire le Ta Prohm dédié à sa mère.

 

 

 

Ta Prohm01

 

 

 


 

Ta Prohm02

 

 

 

C'était un vaste monastère bouddhique qui couvrait 60 hectares et se composait de deux parties :

D'après une inscription trouvée sur une stèle dans le Ta Prohm, la première partie, d'une surface de 55 hectares, permettait de loger 12 640 personnes.

La seconde partie, d'une surface de 5 hectares, était réservée aux 260 divinités.

 

 

 

Ta Prohm03

 

 

 

Les inscriptions sur la stèle rapportent aussi que plus de 66 000 fermiers produisaient plus de 2 500 tonnes de riz par an pour nourrir la multitude de prêtres, de danseuses et d'ouvriers du temple.

 

 

 

Ta Prohm04

 

 

 

Comme les autres temples khmers, il est inclus dans une enceinte de grandes dimensions (1 km sur 700 m). Les portes (une à chaque point cardinal) sont ornées d'une tour aux quatre visages orientés aux quatre points cardinaux. Les douves qui l'entourent mesurent 40 m de largeur.

 

 

 

Ta Prohm05

 

 

 

L'Ecole française d'Extrême Orient a décidé de laisser le Ta Prohm dans un état proche de sa découverte au début du XXe siècle. Néanmoins beaucoup de travail a été nécessaire pour stabiliser les ruines et en permettre à l'accès.

 

 

 

Ta Prohm06

 

 

 


 

Ta Prohm07

 

 

 

Description du site par Pierre Loti dans son livre "Le pèlerin d'Angkor" (1913) :

 

 

 

Ta Prohm08

 

 

 


 

Ta Prohm09

 

 

 

"Il y a un entêtement de destruction même chez les plantes. Le Prince de la Mort, que les Brahmes appellent Shiva, celui qui a suscité à chaque bête l'ennemi spécial qui la mange, à chaque créature ses microbes rongeurs, semble avoir prévu, depuis la nuit des origines, que les hommes tenteraient de se prolonger un peu en construisant des choses durables ; alors, pour anéantir leur œuvre, il a imaginé, entre mille autres agents destructeurs, les pariétaires, et surtout ce « figuier de ruines » auquel rien ne résiste.

 

 

Ta Prohm010

 

 

 

 


Ta Prohm011

 

 

 


 

Ta Prohm012

 

 

 

C'est le «figuier de ruines» qui règne aujourd'hui en maître sur Angkor. Au-dessus du palais, au-dessus des temples qu'il a patiemment désagrégés, partout il déploie en triomphe son pâle branchage lisse, aux mouchetures de serpent, et son large dôme de feuilles.

 

 

 

Ta Prohm013

 

 

 

 


Ta Prohm014

 

 

 

 


Ta Prohm015

 

 

 

Il n'était d'abord qu'une petite graine, semée par le vent sur une frise ou au sommet d'une tour. Mais, dès qu'il a pu germer, ses racines, comme des filaments ténus, se sont insinuées entre les pierres pour descendre, guidées par un instinct sûr, vers le sol, et, quand enfin elles l'ont rencontré, vite elles se sont gonflées de suc nourricier, jusqu'à devenir énormes, disjoignant, déséquilibrant tout, ouvrant de haut en bas les épaisses murailles ; alors, sans recours, l'édifice a été perdu."

 

 

 

Ta Prohm016

 

 

 

 

Pierre Loti :

Né Louis Marie Julien Viaud, le 14 janvier 1850 à Rochefort et mort le 10 juin 1923 à Hendaye, est un écrivain français qui a mené une carrière d'officier de marine. Après des funérailles nationales il fut enterré sur l'île d'Oléron.

Pierre Loti dont une grande partie de l'œuvre est autobiographique s'est inspiré de ses voyages de marin pour écrire ses romans. Parmi les plus connus "Mon frère Yves" et "Pêcheur d'Islande".

 

 

 

Ta Prohm017

 

 

 

 

Il écrivait également dans ce livre, à cette époque (1913) :

 

…D'autres aventuriers, venus d'un pays plus à l'Occident (le pays de France), troublent quelque peu la forêt éternelle, car ils ont fondé non loin d'ici un semblant de petit empire. Mais ce nouvel épisode manquera de grandeur, et surtout manquera de durée ; bientôt, lorsque ces pâles conquérants auront laissé encore, dans la terre indochinoise, beaucoup des leurs – hélas ! Beaucoup de jeunes soldats irresponsables de l'absurde équipée – ils devront plier bagage et fuir…

 

Il semblerait que l'avenir lui ait donné raison.

 

 

Ta Prohm018

 

 

 


 

 

Ta Prohm019

 

 

 

 

Par Jean Yves - Publié dans : Cambodge - Communauté : images du monde
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Lundi 28 mars 2011 1 28 /03 /Mars /2011 10:45

Le fils et successeur d'lndravarman, Yaçovarman (889-910), complétant et amplifiant le programme de constructions religieuses de son père, créa la première Angkor plus au Nord Ouest, appelée d'un nom qui rappelle le sien propre, Yaçodharapura, "la ville séjour de la gloire".

 

 

 

AngkorVat031

 

 

 

Ce fut la cité hydraulique angkorienne qui connut la plus longue durée d'occupation et ce grâce à son baray (réservoir). Le nouveau réservoir était énorme : 7.120 x 1.700 m entre digues, soit une capacité allant de 36 à 60 millions de m3 d'eau. Yašodharapura, modèle de citée du point de vue hydraulique, deviendra Angkor (La Ville) jusqu'à la fin du règne Khmer.

 

 

 

AngkorVat032

 

 

 

Chaque puissant souverain se devait d'avoir sa propre capitale. C'est ainsi que sur le site d'Angkor se trouvent les ruines d'une dizaine de capitales royales qui se sont plus ou moins superposées et imbriquées les unes dans les autres avec leur réseau hydraulique.

 

 

 

AngkorVat033

 

 

 

Dès leur avènement, les souverains les plus puissants se devaient de mener à bien trois objectifs importants qui se succèdent dans le même ordre :

 

Le premier était d'ordre d'utilité publique en faisant construire des bassins (baray) de rétention d'eau.

 

Le second était un devoir rendu aux ancêtres du roi en leur élevant un temple, devoir familial en quelque sorte pour le bonheur et la délivrance des parents ou grands-parents.

 

Le troisième, le devoir royal par excellence, était l'édification et la consécration du temple-montagne dédié au dieu-roi.

 

 

 

AngkorVat034

 

 

 

Le règne de Suryavarman II (1113-1150), le constructeur d'Angkor Vat, fut un des plus glorieux qu'ait connu le Cambodge. L'expansion territoriale était pratiquement à son apogée.

 

Ci-dessous, la carte de l'Empire Khmer tel qu'on le suppose, les limites exactes ne sont pas précisément connues. Au Nord Est, le Dai Viet est encore sous l'emprise de la Chine ; à l'Est, le royaume Cham indianisé est le principal adversaire de l'Empire.

 

 

 

EmpireKhmer001

 

 

 

Mais c'est avec Angkor Vat que l'Empire éblouit les ambassadeurs étrangers. Aucun temple jusqu'à présent n'avait autant de sculptures, ni surtout de bas-reliefs mettant en scène la mythologie hindoue.

 

 

 

AngkorVat035

 

 

 

En italique, quelques extraits du livre de Pierre Loti, "Le pèlerin d'Angkor" :

 

 

"Quelques marches de granit à monter et m'y voici, dans une première galerie infiniment longue qui a l'intimidante sonorité des cavernes.

 

 

 

AngkorVat036

 

 

 

La torche en passant me révèle, sur les parois d'un gris sombre, une mêlée inextricable de guerriers qui gesticulent avec fureur; tout le long du chemin, un bas-relief ininterrompu déroule à perte de vue des batailles, des combattants par milliers…

 

 

 

AngkorVat037

 

 

 


 

AngkorVat039

 

 

 

 

 

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…des éléphants caparaçonnés…

 

 

 

AngkorVat041

 

 

 


 

AngkorVat040

 


 

 

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…des monstres…

 

 

 

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…des chars de guerre...

 

(Les chars de guerre, n'étaient pas utilisés lors de batailles, mais se retrouvent dans les combats mythiques. Aux chars de guerre, on préférait les éléphants de combat).

 

 

 

AngkorVat044

 

 

 

 

 

AngkorVat044 2


 


Oh! Les adorables créatures inscrites çà et là aux parois, sans doute pour reposer les yeux de la longue bataille : un lotus à la main, elles se tiennent deux par deux, ou trois par trois, calmes et souriantes sous leurs tiares archaïques. Et ce sont les Apsaras divines des théogonies hindoues".

 

 

 

AngkorVat045Angkorvat046

 

 

 

 


 

AngkorVat047

 

 

 

 

Ci-dessous, Yama assis sur un buffle, dieu de l'au-delà, juge des morts. C'est une divinité assimilé au roi Suryavarman II, constructeur du bâtiment.

 

 

 

AngkorVat048

 

 

 

Ci-dessous, le roi Suryavarma II sur son trône, entouré de parasols soulignant son rang suprême.

 

 

 

AngkorVat049

 

 

 

Dessous, le "barattage de la mer de lait" :

 

 

 

AngkorVat050

 

 

 

D'autres bas-reliefs :

 

 

 

AngkorVat051

 

 

 


 

AngkorVat052

 

 


 

AngkorVat053

 

 

 

Des travaux de restauration sont toujours en cours, et des instruments de mesure, placés discrètement ici et là, surveillent linteaux et murs.

 


 

AngkorVat055

 

 

 


 

AngkorVat056

 

 

 

Par Jean Yves - Publié dans : Cambodge
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Lundi 21 mars 2011 1 21 /03 /Mars /2011 10:43

"Au bout de la clairière réapparue, les tours du temple d'Angkor-Vat se dressent très haut ; elles ne sont plus, comme à midi, pâlies par un excès de soleil, presque nébuleuses; d'une netteté violente à présent, elles découpent à l'emporte-pièce, sur fond d'or vert, leurs silhouettes de tiares à plusieurs rangs de fleurons, et une grande étoile, l'une des premières allumées, scintille au-dessus, magnifiquement... Alors revient chanter en moi la phrase enfantine de jadis : «Au fond des forêts du Siam, j'ai vu l'étoile d'or se lever sur les grandes ruines d'Angkor. »(Pierre Loti, "Le pèlerin d'Angkor")

 

Ci-dessous, peinture de Louis Delaporte, explorateur français né à Loches le 11 janvier 1842 et mort à Paris le 3 mai 1925.

 

 

 

AngkorVat01

 

Maquette du temple :

 

 

 

AngkorVat001

 

 

 

Edifié par Suryavarman (le protégé du Soleil) qui a régné de 1113 à 1150, il est dédié à Vishnou (sa statue trônait à l'origine dans le sanctuaire central), et donc orienté vers l'Ouest. Selon la cosmologie indienne, la partie occidentale de l'univers est associée à Vishnou.

 

 

 

Vishnou

 

 

 

Le complexe d'Angkor Vat forme un carré de 1 500 sur 1 300 mètres. On estime à une trentaine d'années le temps de sa construction.

En France, vers cette époque, sous Louis VII et la célèbre Eléonore d'Aquitaine, on en est à la deuxième croisade, et l'évêque Maurice de Sully fait commencer la construction de Notre Dame de Paris (1163). Elle sera terminée vers 1300.

 

 

 

Angkor4

 

 

 

AngkorVat03

 

 

 

A sa mort, Suryavarman a pris le nom de Paramavisnouloka et le temple est devenu son mausolée. Au XIIIe siècle, l'Empire Khmer ayant adopté le bouddhisme, et Angkor Vat, de sanctuaire, est devenu "Vat", mot d'origine thaïe signifiant "monastère". Angkor voulant dire "ville" en khmer, je vous laisse le soin de la traduction d'"Angkor Vat".

 

 

 

AngkorVat04

 

 

 

Comme les autres "temples-montagnes", Angkor Vat est une réplique de l'univers. La tour centrale symbolise le mont Méru, entourée de pics plus petits (les autres tours), de cinq enceintes (les continents) et de l'océan (la douve). Pour faire simple, Angkor Vat est une pyramide à trois niveaux, chacun entouré d'une galerie avec quatre tours d'angle et quatre gopura (entrées) aux quatre points cardinaux. Le niveau du sommet porte cinq tours, celle du sanctuaire central et les tours d'angle.

 

 

 

AngkorVat022

 

 

 

Angkor6

 

 

 

Le mur d'enceinte du temple proprement dit (le quatrième en partant du centre) est en latérite et mesure 1023 sur 825 mètres. Le fossé qui en fait le tour est large de 200 mètres et est alimenté par la rivière de Siem Reap via un canal.

 

 

 

AngkorVat06

 

 

 

Deux chaussées digues permettent de traverser cette douve : l'une à l'Est, et la plus importante à l'Ouest.

 

 

 

AngkorVat07

 

 


 

De cette dernière, une large voie de 250 mètres de long sur 12 mètres de large, pavée de blocs de grès, bordée de naga-balustrades représentant l'arc en ciel, pont symbolique entre le monde des hommes et celui des dieux, conduit au gopura (entrée) de la troisième enceinte.

 

 


 

AngkorVat08

 

 

 

Au-delà de l'entrée, les murs commencent à se peupler de "devata", divinités féminines de la mythologie indoue. On en compte plus de cinq cents sur tout le site.

 


 

AngkorVat09AngkorVat010

 

 

 

 

AngkorVat011

 

 


 

Le mur de la troisième galerie (la galerie extérieure du temple) sert de support à une série de bas-relief qui se déroule en une bande de 2 mètres de haut sur 600 mètres de long. Ces bas-reliefs sont comme un livre ouvert sur la mythologie indoue et sur l'histoire des rois Khmers de l'époque.

 

 


 

AngkorVat013

 

 

 

 AngkorVat012

 

 

 

 

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Certaines parties luisantes laissent supposer l'application d'un vernis protecteur. En certains endroits, on remarque la trace de pigments rouges, noirs ou dorés.

En raison de la destination funéraire d'Angkor Vat, certains experts pensent que les bas-reliefs devraient être lus dans le sens contraire aux aiguilles d'une montre.

 

 

 

AngkorVat015

 

 

 

 


 

 

AngkorVat016

 

 

 


 

AngkorVat017

 

 


 

Douze escaliers très raides, inclinés à 70 degrés, dont les dimensions respectives de la marche et de la contremarche sont inversées par rapport aux normes habituelles, mènent au quadrilatère de 60 mètres de côté de la première galerie.

 


 

AngkorVat018

 

 


 


 

AngkorVat019

 

 

 


Les pavillons d'angles sont des prasat, dont la disposition en quinconce renvoie aux cinq pics du mont Méru. Le prasat central domine le tout de ses 42 mètres de hauteur. Palais des dieux sur le mont Méru, ce troisième étage n'était accessible que par le prêtre et le souverain.

 

 


 

AngkorVat020

 

 

 


 


 

AngkorVat021

 

 


 

Les cinq prasat du sommet ne sont pas les seuls tours sanctuaires du temple. Il y a douze prasat en tout, douze escaliers pour le deuxième étage, autant pour la plate-forme sur laquelle se dresse le temple, et douze escaliers pour accéder au troisième étage et douze entrées pour la troisième enceinte. Douze, nombre empreint de symbolisme astrologique.

 

 


 

AngkorVat05

 

 

 

"L'une de ces tours colossales à profil de tiare, qui apparaissent de si loin dans la plaine, s'élève au bout de chaque branche de la croix formée par les quatre nefs, et, au-dessus du Saint des Saints où ces nefs se rejoignent, une cinquième tour encore, la plus étonnante et la plus compliquée, surpassant toutes les autres, domine d'une hauteur d'environ soixante-dix mètres l'épais linceul vert de la forêt. D'après un lettré chinois qui visita ce mystérieux empire à la veille de son déclin, vers le treizième siècle, et qui nous a laissé les seuls documents connus sur sa splendeur, cette tour centrale était couronnée d'un lotus d'or, si grand, que, de tous les points de la ville aujourd'hui ensevelie, on voyait briller en l'air sa fleur sacrée". (Pierre Loti).

 

 

 

AngkorVat027

 

 

 

La perfection d'Angkor Vat est due aux respects de certains paramètres :

 

L'allée entre le pavillon d'entrée et le temple est presque deux fois plus longue que la façade Ouest. Il est donc possible d'appréhender l'ensemble du monument puisqu'il est à une distance égale à deux fois sa plus grande dimension.

 

 

 

AngkorVat023

 

 

 


Chacune des trois terrasses est deux fois plus haute que la précédente et deux fois plus petite en superficie, empêchant ainsi la galerie de la terrasse inférieure de cacher celle de la terrasse supérieure.

 

 


 

AngkorVat024

 

 


 

Chaque terrasse est décalée vers l'Est, c'est-à-dire à l'opposé de l'entrée, par rapport à la précédente, pour que le monument ne donne pas l'impression de tomber vers l'avant.

 

 


 

AngkorVat025

 

 

 


Comme plusieurs Temples khmers, Angkor Vat comporte, au centre du sanctuaire, un profond puits qui représentait les Enfers opposés au mont Méru.

 

 


 

AngkorVat028

 

 

 

Les fouilles effectuées dans ce puits en 1935 ont permis de découvrir, à 23 m de profondeur, le dépôt de fondation du Temple sous la forme de deux blocs de latérite superposés qui enfermaient dans une cavité circulaire, creusée dans le bloc inférieur, deux feuilles d'or martelé, posées sur de la latérite concassée, séparées entre elles par quatre autres feuilles d'or de forme carrée, recouvertes de sable pur très fin, auquel étaient mêlés deux saphirs de couleur blanche.

 

 

Sources pour l'article : Marilia Albanese "Angkor"

 

 

 

AngkorVat029

 

 

 

"Ces enceintes colossales et ses tours, qui viennent de nous apparaître comme quelque mirage de la torride chaleur, ce n'est pas la ville même, mais seulement Angkor-Vat, son principal temple.

La ville, Angkor Thom, on nous dit qu'elle gît plus loin, immense et imprécise, ensevelie sous la forêt tropicale." (Pierre Loti, "le pèlerin d'Angkor")

 

 

 

AngkorVat030

 

 

 

En descendant l'escalier encadré par ces deux nagas, on pénétrait dans la ville là où aujourd'hui poussent ces arbres.

 

 

 

AngkorVat031

 

 

 

Marilia Albanese :

Titulaire d'une maîtrise de sanscrit et de civilisation indienne, diplômée de langue hindi et culture indienne, Marilia Albanese dirige la section lombarde de l'Instit italien d'Afrique et d'Orient et coordonne l'enseignement assuré à l'Ecole des langues et cultures orientales de Milan. Ses recherches sur l'art indien l'ont amenée à entreprendre des voyages en Indochine et notamment au Cambodge pour étudier la civilisation khmère à la lumière de la symbolique hindoue.

 

 

Les bassins miroirs devant le temple, fournissant une image réfléchie du temple montagne, représentent la partie "enfouie" du Meru qui s'enfonce sous le sol autant qu'il s'élève au-dessus.

 

 

 

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Lundi 14 mars 2011 1 14 /03 /Mars /2011 10:29

"Voici où furent des palais, voici où vécurent des rois prodigieusement fastueux, de qui l'on ne sait plus rien, qui ont passé à l'oubli sans laisser même un nom gravé sur une pierre ou dans une mémoire. Ce sont des constructions humaines, ces hauts rochers qui, maintenant, font corps avec la forêt et que des milliers de racines enveloppent, étreignent comme des pieuvres." (Pierre Loti 1913, "le pèlerin d'Angkor").

 

 

BengMealea01

 

 

 


 

BengMealea02

 

 

 


 

BengMealea03

 

 

 

Edifié au XIIe siècle sous le règne de Suryavarman II (1113 – 1150 env), découvert dans les années 1920, en partie dégagé de la végétation en 1957, abandonné à la jungle pendant la guerre avec les khmers rouges qui occupaient le site jusqu'en 1999, son accès a été retardé à cause des routes impraticables. De plus, il a fallu sécuriser l'endroit, la région étant couverte de mines anti personnel laissées par les khmers rouges.

 

 

 

BengMealea04

 

 

 


 

BengMealea05

 

 

 

Beng Mealea est situé à environ 2h de route au Nord d'Angkor. Un peu débarrassé des lianes et des arbres qui en obstruaient les entrées, on peut le visiter depuis peu. D'une superficie d'un hectare, il est contemporain du temple d'Angkor-Vat (1113/1150). On pense généralement que ce temple fut la maquette grandeur nature qui permit ensuite la construction de ce dernier. Ses pierres proviennent d'une carrière, toujours existante, située à 2 km de là. Les énormes blocs furent transportés par la rivière sur des radeaux de bambous jusqu'à son emplacement. Ci-dessous, la carrière :

 

 

 

Carriere01

 

 

 

Les pierres extraites de nos jours, selon la méthode employée à l'époque khmère, sont destinées à la restauration des temples.

 


 

Carriere02

 

 

 

Les pieux sont rougis au feu avant utilisation :

 

 

 

Carriere03

 

 


 

 

Carrière04

 

 

 

En grande partie effondré, Beng Mealea est habillé de végétation, lianes, racines, arbres, qui ont remodelé ses formes. On peut circuler dans certaines parties grâce à des passerelles jetées au-dessus des ruines.

Une passerelle en bois permet d'accéder au centre de l'édifice. Elle fut édifiée en 2004 pour le tournage du film "Les deux frères" de Jean Jacques Annaud, qui met en vedette deux tigres de l'Indochine Française dans les années 1930.

 

 

 

BengMealea06

 

 

 

 


BengMealea07

 

 

 

En italique, ci-dessous, extraits du livre de Roland Dorgelès (*), "la Route Mandarine" (1925) :

 

 

"Les arbres comme les bêtes ont appris à combattre. Le banian, aux racines aériennes, ne renverse pas les ruines, il les enveloppe, les étreint tandis que le fromager, plus brutal, fait éclater les murs, par une lente poussée de son tronc grandissant.

 

 

 

BengMealea08

 

 

 

 


BengMealea09

 

 

 

 

Des arbres ont poussé, jusque sur les corniches et leurs racines surgissent, entre les pierres disjointes, ainsi que des serpents. Impossible de suivre ces galeries dont les murs ouvragés sont restés debout : les toitures se sont abattues sur les statues, les stèles qu'elles ont brisées et c'est un empierrement chaotique dont les hautes fougères cachent les pièges. Quelles bêtes venimeuses peuvent grouiller dans ces trous ?

 

 

 

BengMealea010

 

 

 


 

BengMealea011

 

 

 

Des plantes aux feuilles tranchantes, comme des sabres verts, ont grandi sur le vieux temple, colonnes trapues d'où retombent en cascade des herbes, des ronces, des lianes, des grappes de fleurs sauvages. On enjambe des pans de murs, on contourne des tours à gradins, on revient, sur ses pas, on s'égare... Jamais de soleil. L'air est humide des vapeurs de la terre et des tiges gonflées. Sous la mousse, les pierres sculptées moisissent."

 

 

BengMealea012

 

 

 


 

BengMealea013

 

 

 

La douve qui entourait le temple, longue de 1,2 Km et large de 900 m, est presque entièrement asséchée. Il ne subsiste que cet étang.

 

 

 

Douve01

 

 

 


 

Douve02

 

 

(*) Roland Lecavelé, dit Roland Dorgelès, né le 15 juin 1885 à Amiens et mort le 18 mars 1973 à Paris, est surtout célèbre pour son roman publié en 1919 "Les Croix de bois", inspiré de son expérience de la guerre. Après son voyage en Indochine, il écrit, en 1925, "La Route Mandarine".

 

Par Jean Yves - Publié dans : Cambodge - Communauté : images du monde
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Lundi 7 mars 2011 1 07 /03 /Mars /2011 18:36

Une petite pause dans la découverte des temples khmers avec cette série de portraits accompagnée d'une légende cambodgienne recueillie par Adhémard Leclère(*) en 1912. Une légende qui parle aussi de corruption. Il semblerait que ce  fléau du Cambodge remonterait à la nuit des temps et soit pratiquement devenu une institution malgré un bouddhisme omniprésent.

 

 

 

Portrait01

 

 

 

L'art de plier les pétales de fleurs de lotus :

 

 

 


 

 

 

Le Juge Lièvre

 

 

Deux amis, s'étant entendus, allèrent un matin tendre des pièges dans la brousse. L'un monta au sommet d'un arbre et posa un piège à prendre les oiseaux ; l'autre déposa son piège au pied même de l'arbre. Cela fait et bien fait, ils s'en allèrent de compagnie et rentrèrent chacun chez soi.

 

 

 

portrait02

 

 

 

Dans l'après-midi, celui qui avait posé un piège à oiseau vint, sans prévenir son camarade, voir si du gibier s'était fait prendre. Il trouva qu'un oiseau avait été pris au lacet du piège posé par lui au sommet de l'arbre, et qu'un cerf avait été étranglé par le nœud coulant que son ami avait déposé au pied de l'arbre.

 

 

 

Portrait03

 

 

 


 

portrait04

 

 

 

Il détacha le cerf et, l'ayant mis sur son dos, le monta au sommet de l'arbre et le mit à son propre lacet comme s'il y avait été pris naturellement, et redescendant l'oiseau, il le plaça dans le piège de son ami. Ceci fait et bien fait, il rentra chez lui, attendant, comme il avait été convenu, que son ami vint le chercher pour aller de compagnie visiter les deux pièges.

 

 

 

Portrait05

 

 

 

 

 


portrait06

 

 

 

L'ami vint, et tous deux allèrent dans la brousse. Arrivés au pied de l'arbre, celui qui avait posé son piège au sommet monta, détacha le cerf qui s'y trouvait, redescendit et, chargé de sa prise qu'il plaça sur son cou, les pattes en avant, s'en alla chez lui.

 

 

 

Portrait07

 

 

 

 

 


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L'autre, très surpris de voir qu'un cerf se trouvait dans un piège à oiseau, tendu au sommet d'un arbre, et de trouver un oiseau dans un piège tendu à ras le sol, dans l'herbe, réclama, cria et, finalement, alla porter plainte aux juges.

 

 

 

portrait09

 

 

 

 


 

Portrait010

 

 

 

Pendant qu'il s'en allait conter son affaire au Juge Lièvre, son ancien ami, rentré chez lui, détachait les deux cuissots du cerf et les plaçait chacun dans un plateau. Cela fait et bien fait, suivi de sa femme, il s'en alla aux maisons de deux juges que son ami n'avait point vus, et fit à chacun d'eux présent d'un morceau de cerf, en prenant bien soin d'offrir le plus beau morceau au premier juge.

 

 

 

Portrait011

 

 

 

 


 

Portrait012

 

 

 

Le Juge Lièvre fit citer le plaignant et l'autre partie au tribunal pour le lendemain matin.

Le lendemain, vers la troisième heure du jour (neuf heures du matin), les deux parties se trouvaient au tribunal avec les deux juges auxquels le défendeur avait fait des présents.

 

 

 

Portrait013

 

 

 

Seul le Juge Lièvre manquait, mais, comme on l'attendait, il arriva.

Le chef du tribunal lui dit "Eh ! Sauphéa Tonsaï (Juge Lièvre), d'où vient que vous êtes ainsi en retard ?"

 

 

 

Portrait014

 

 

 

Le Juge Lièvre répondit : "Je suis en retard parce que je me suis intéressé à voir des poissons Kranh qui montaient sur un arbre Krasang et qui en mangeaient les fleurs. Le fait est assez extraordinaire pour que, le voyant, je me suis arrêté un moment pour le voir."

 

 

 

portrait015

 

 

 

Un des juges demanda d'un air méprisant : "Vous avez donc eu, Juge Lièvre, des ancêtres qui ont vu des poissons monter dans les arbres et en manger les fleurs ?"

 

 

 

Portrait016

 

 

 

Le Juge Lièvre répondit : " Et vous, ô juge intelligent, dont l'esprit est subtil, avez-vous eu beaucoup d'aïeux qui aient vu un cerf s'aller faire prendre à un piège tendu au sommet d'un arbre ?"

 

 

 

Portrait017

 

 

 

On rit beaucoup de la réponse du Juge Lièvre et de la malice avec laquelle il avait procédé pour amener le juge à poser une question qui l'aurait mis dans l'embarras.

 

 

 

Portrait018

 

 

 

 


 

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Et la sentence fut équitablement rendue dans ce procès de cerf pris à un piège posé au sommet d'un arbre.

 

 

 

portrait020

 

 

 

A ce moment, un de ceux qui étaient là posa cette question au conteur : "Le Juge Lièvre n'avait donc pas reçu de présent ?"

 

 

 

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Le conteur répondit : "Le Juge Lièvre avait reçu du plaignant l'oiseau qu'il avait trouvé dans son piège à prendre les cerfs."

 

 

 

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Portrait023

 

 

 

(*) Adhémar Leclère, né le 12 mai 1853 à Alençon où il est mort le 16 mars 1917, est un homme politique, administrateur colonial, économiste, littérateur, poète et indianiste français.

Né dans un milieu de tradition républicaine anticléricale, il s’intéresse très tôt au socialisme. Il est d’abord ouvrier typographe, puis correcteur et enfin directeur d’imprimerie.

En mai 1886, il est nommé résident de France au Cambodge. En 1908, il est nommé inspecteur et conseiller à la résidence supérieure jusqu’en 1911.

Fondateur et vice-président de la Société d’ethnologie de Paris, il a rédigé de très nombreux ouvrages sur la langue, les mœurs, le droit, la religion et la culture du Cambodge. (Source : Wikipédia).

 

 

 

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Par Jean Yves - Publié dans : Cambodge - Communauté : Les Bretons sont dans la place
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Lundi 28 février 2011 1 28 /02 /Fév /2011 10:31

C'est peut-être le temple le plus raffiné de tous les temples d'Angkor. Construit en briques et en grès rose, c'est l'un des plus décorés.

Plusieurs pavillons, dont les façades sont finement sculptées d'une multitude de motifs fleuris et de scènes de la mythologie hindoue, sont très bien conservés.

C'est aussi le temple à l'origine de l'aventure d'André Malraux. Les statues qu'il avait dérobées ont été remises à leur place.

 

 

 

Banteay SreiStatue1

 

 

 

Les oies sacrées (Hamsa) qui soutiennent la niche suggèrent que le temple est un palais volant se déplaçant dans les cieux :

 

 

 

BanteaySrei Statue2

 

 

 

L'entrée située à l'extrême Est était peut-être le gopura (c'est-à-dire l'entrée) de la 4e enceinte, probablement en bois, aujourd'hui disparue. La porte d'entrée est flanquée de colonnettes baguées à facettes.

 

 

 

Banteay Srei01

 

 

 

Le tympan du fronton triangulaire est décoré d'une représentation d'Indra sur un éléphant tricéphale.

 

 

 

Banteay Srei02

 

 

 


Au delà cette porte, une voie dallée passant entre deux files de petits piliers mène au gopura de la troisième enceinte.

 

 


 

Banteay Srei03

 

 

 

Avec le gopura Est de la 3e enceinte (ci-dessous),

 

 

 

Banteay Srei04

 

 

 

commence le Temple lui-même, entouré de douves. Son mur forme un grand quadrilatère de 95 m de large sur 110 m de long, d'une hauteur moyenne de 2,20 m.

Ci-dessous la maquette du temple :

 

 


 

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Une allée, traversant les douves, mène au gopura de la deuxième enceinte en forme de quadrilatère de 38 m de large sur 42 m de long.

 

 

 

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L'intérieur de cette deuxième enceinte forme une cour périphérique de 9 mètres sur 7 entourant le mur de la première et dernière enceinte. Là, un dernier gopura permet d'accéder au centre du temple où l'on débouche sur une deuxième cour intérieure occupée par plusieurs bâtiments : les «bibliothèques», le sanctuaire central et les sanctuaires annexes.

 

 

 

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Banteay Srei011

 

 


 

Le sanctuaire central, dédié à Shiva en tant que "Seigneur suprême des trois mondes", comprend trois tours (prasat) disposées de front sur une seule terrasse pourvue de six volées de marches.

 

 


 

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Un des prasat surmonté d'une représentation de la fleur de lotus :

 

 

 

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Les échiffres d'escaliers sont gardées par des personnages à tête fantastique et par des dieux-singes (Hanumam), les fils du Vent.

 

 

 

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Aux angles, à l'extrémité des frontons, de la gueule de deux monstres aquatiques au corps en guirlande, émerge une sorte de lion à quatre bras :

 

 

 

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Ce petit temple, qui date de 967, n'a pas été construit par un souverain, mais par deux brahmanes, Yajnavaraha et son frère Visnukumara qui possédaient des terres et des biens dans cette région. Ces brahmanes étaient sans doute les conseillés spirituels du souverain et aussi les précepteurs de l'héritier au trône.

 

 


 

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C'est le premier bâtiment reconstruit par anastylose (c'est-à-dire démontage et reconstruction pierre à pierre)  de 1931 à 1936 sous la direction de Henri Marchal (*). C'est un "temple plat" bâti selon l'architecture indienne. C'est sans doute pour ne pas froisser le souverain de l'époque que ce temple est de démentions modestes.

 

 


 

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Le nom de Bantéay Srei (la Citadelle des Femmes) lui a été attribué par les habitants du lieu, admiratifs devant les nombreuses "devata" sculptées dans les niches du temple. D'autres traduisent ce nom par "Temple Sacré".

Construit avec du grès de qualité supérieur aux teintes chaudes et rosées sensible au changement de lumière, avec ses murs couverts de sculptures, Beantey Srei est l'un des chefs-d'œuvre de l'art khmer.

 

 


 

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(*) Henri Marchal (Paris, 1876 - Siem Reap (Cambodge), 1970)

 

Bachelier ès lettres et philosophie et bachelier ès lettres et mathématiques en 1895, Henri Marchal est admis à l'École des beaux-arts, section architecture. Il est nommé Inspecteur des bâtiments civils du Cambodge en 1905.

En 1910, il passe le Brevet de langue cambodgienne ; il est nommé conservateur-adjoint du musée à Phnom Penh, en tant que responsable de la nouvelle section des antiquités khmères.

 

 

 

Ci-dessous, détail du fronton de la "bibliothèque" nord [Krishna (avatar de Vishnou) tuant Kamsa (un démon)] :

 

 

Banteay Srei026

 

 

 

En 1916 Henri Marchal est détaché auprès de l'EFEO (Ecole Française d'Extrême Orient) pour assurer la direction de la Conservation d'Angkor. Il entreprend tout d'abord le débroussaillement d'Angkor Vat et des principaux monuments construits à la périphérie.

Il prend cependant conscience des limites des méthodes de consolidation utilisées jusqu'alors et, en 1930, part à Java pour étudier les principes de l'anastylose auprès du service archéologique des Indes néerlandaises.

 

 

 

Ci-dessous : Détail du fronton de la "bibliothèque" sud [Râvana (roi des démons) secouant le mont Kailâsa (mont sacré du Tibet et résidence des dieux pour les Hindous)] :

 

 

 


Banteay Srei27 

 

 

 

 

À son retour, Henri Marchal décide de les mettre en oeuvre sur le temple de Banteay Srei, récemment découvert (1931-1933). Cette restauration est unanimement saluée.

En 1947 il est rappelé comme Conservateur d'Angkor et y reste six ans. Il restaure les édifices situés le long de la chaussée ouest d'Angkor Vat.

En 1957 il prend définitivement sa retraite et décide de rester au Cambodge. Il s'installe alors à Siem Reap, où il décède à l'âge de 94 ans. Toute la population de Siem Reap suit ses funérailles.

La vie d'Henri Marchal se confond pendant près de quarante ans avec les travaux de restauration menés sur le site d'Angkor.

 

 

 

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Lundi 21 février 2011 1 21 /02 /Fév /2011 08:46

"La Voie Royale", est un livre écrit par André Malraux qui relate sous forme d'aventure son expérience de chercheur de temples au Cambodge. Un livre, parmi d'autres, qui me faisait rêver de voyages vers ces pays lointains. Il paraît qu'il faut avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue. Aujourd'hui, nous partons "sur les traces" de Malraux, extraits :

 

 

VoieRoyale0001

 

 

La forêt s'était refermée sur cet espoir abandonné. Depuis des jours, la caravane n'avait rencontré que des ruines sans importance ; vivante et morte comme le lit d'un fleuve, la Voie Royale ne menait plus qu'aux vestiges que laissent derrière elles, tels des ossements, les migrations et les armées…

 

 

VoieRoyale01

 

 

 

La nuit et le jour, la nuit et le jour ; enfin un dernier village grelottant de paludisme, perdu dans l'universelle dégradation des choses sous le soleil invisible. Quelquefois, de plus en plus proches, les montagnes…

Enfin, ils atteignirent un mur.

 

 

 

VoieRoyale002

 

 

 

Le regard de Claude commençait à s'habituer à la forêt ; assez près pour distinguer les mille-pattes qui parcouraient la pierre, il vit que ce guide, plus ingénieux que les précédents, les avait conduits à un affaiblissement qui ne pouvait marquer que la place de l'ancienne entrée…

 

 

 

VoieRoyale003

 

 

 

Perken indiqua une direction : là, la masse des roseaux était moins dense : "les dalles". Elles conduisaient certainement au sanctuaire. Les conducteurs se mirent à l'ouvrage. Dans un bruit de papier froissé, les roseaux tranchés tombaient à droite et à gauche avec mollesse… Le guide le toucha doucement pour attirer son attention : après la chute d'une dernière touffe, protégés par des pierres, rayés par quelques roseaux restés debout, les blocs qui formaient la porte se distinguaient…

 

 

 

VoieRoyale004

 

 

 

Des pierres, des pierres, quelques-unes à plat, presque toutes un angle en l'air : un chantier envahi par la brousse. Des pans de mur de grès violet, les uns sculptés, les autres nus, d'où partaient des fougères ; certains portaient la patine rouge du feu.

 

 

 

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Devant lui, des bas-reliefs de haute époque, très indianisés, mais très beaux, entouraient d'anciennes ouvertures à demi cachées sous un rempart de pierres éboulées… Au-dessus, trois tours démolies jusqu'à deux mètres du sol, leurs trois tronçons sortant d'un éboulement si total que la végétation naine seule s'y développait…

 

 

 

VoieRoyale007

 

 

 

Il semblerait que la tour principale se fût écroulée tout entière d'un seul côté, car trois de ses murs étaient restés debout, à l'extrémité du gros amoncellement.

 

 

 

voieRoyale008

 

 

 

Entre eux, le sol avait jadis été profondément creusé : les indigènes chercheurs de trésors étaient venus, après les incendiaires siamois…

 

 

 

VoieRoyale009

 

 

 

Plus les bas-reliefs montraient leurs formes ravagées, plus s'imposait de nouveau à Claude la certitude que, seules, les pierres qui formaient  l'un des pans restés debout du temple principal pourraient être emportées…

 

 

 

voieRoyale010

 

 

 

Sculptées sur les deux côtés, les pierres d'angle figuraient deux danseuses : le motif était sculpté sur trois pierres superposées. Celle du sommet, sous une poussée assez forte, tomberait sans doute.

- Combien ça vaut-il, à votre avis ? demanda Perken.

- Les deux danseuses ?

- Oui.

- Difficile à savoir ; en tout cas, plus de cinq cent mille francs.

 

 

 

VoieRoyale011

 

 

 

Déjà Claude faisait dégager le sol afin que la pierre ne se brisât pas en rencontrant une autre. Pendant que les hommes maniaient les blocs, il la regardait : sur l'une des têtes, dont les lèvres souriaient comme le font d'ordinaire celles des statues khmères, une mousse très fine s'étendait, d'un gris bleu, semblable au duvet des pêches d'Europe. Trois hommes la poussèrent de l'épaule, en mesure : elle bascula, tomba sur sa tranche et s'enfonça assez profondément pour rester droite…

 

 

 

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Mais la seconde pierre, dont la face supérieure apparaissait maintenant, n'était pas posée comme la première ; elle était encastré dans le mur encore debout, prise entre deux blocs de plusieurs tonnes… Il fallait donc couper ou casser cette pierre pour séparer la partie sculptée de la partie brute encastrée dans le mur…

 

 

 

VoieRoyale013

 

 

 

Cette pierre était là, opiniâtre, être vivant, passif et capable de refus… De rage, il cogna sur la pierre de toute sa force ; le marteau rebondit plusieurs fois avec un bruit ridicule dans le silence ; le pied-de-biche poli qui le terminait brilla en traversant un rayon de soleil… Un morceau de plusieurs centimètres de long sauta… Il recommença à frapper… Sous chaque coup, une large écaille sautait…

 

 

 

VoieRoyale014

 

 

 

Soudain, un vide : tout repris vie, retomba à sa place comme si ce qui entourait Claude se fût écroulé sur lui : il resta immobile, atterré : les deux pattes du pied-de-biche venaient de casser…

 

 

 

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Perken venait de se courber devant l'angle du mur.

- Attention : la pierre que nous attaquons est seule encastrée. Voyez celle du dessous : elle n'est que posée comme l'était celle du dessus : il faut d'abord la dégager.

 

 

 

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Claude appela deux des Cambodgiens et tira de toute sa force la pierre du dessous, tandis qu'ils la poussaient. En vain : la terre, et sans doute, des petits végétaux, la retenaient. Il savait que les temples khmers n'ont  pas de fondations ; il fit aussitôt creuser une petite tranchée autour d'elle, puis au-dessous, pour la dégager… Enfin, Perken et lui purent extraire la pierre.

 

Ils possédaient maintenant les têtes et les pieds des danseuses. Les corps restaient seuls sur la seconde pierre dégagée.

 

 

 

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Perken pris la masse et recommença à frapper sur la pierre supérieure. Il avait espéré qu'elle cèderait au premier coup, mais il n'en était rien, et il continuait à frapper, mécaniquement, repris par la fureur…

 

 

 

VoieRoyale018

 

 

 

Soudain – différence de son sur le coup - sa respiration se suspendit : la cassure ! Le soleil scintillait sur elle : la partie sculptée portant, elle aussi, sa cassure nette, gisait dans l'herbe comme une tête tranchée.

 

 

 

VoieRoyale019

 

 

 

En face de cette pierre tombée, la cassure en l'air, un accord soudain s'établissait entre la forêt, le temple et lui-même. Il imagina les trois pierres, superposées : deux danseuses parmi les plus pures qu'il connût.

 

Il fallait maintenant les charger sur les charrettes…

 

 

 

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André Malraux (novembre 1901/novembre1976) :

 

 

 

Malraux

 


 

 

André Malraux arrive à Angkor en octobre 1923, accompagné de sa femme et d'un ami. A la mi-décembre, ils arrachent sept statues de pierre au Temple de Banteay Srei, qu'ils emballent et emportent pour les revendre à un collectionneur.

 

Arrivés à Phnom-Penh, le 23 décembre 1923, ils sont arrêtés et assignés à résidence. André Malraux est condamné, le 28 octobre 1924, à trois ans de prison ferme et son ami à un an et demi. Clara, sa femme, est acquittée. Elle repart pour Paris et mobilise en faveur de son mari les intellectuels de l'époque.

 

 

 

 

VoieRoyale020

 


 

En appel, la peine de Malraux est réduite à un an et 8 mois avec sursis et il rentre en France en novembre 1924.

 

En 1930, il publie La Voie royale (prix Interallié), un roman d’aventures largement inspiré par ces événements.

 

 Ci-dessous, le temple "découvert" par Malraux, reconstruit par anastylose :

 


 

VoieRoyale021

 

 

 

Il a été Ministre d’État, chargé des Affaires culturelles de juillet 1959 à juin 1969.

 

 


Par Jean Yves - Publié dans : Cambodge - Communauté : images du monde
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Lundi 14 février 2011 1 14 /02 /Fév /2011 08:44

 

Si Angkor est la cité la plus célèbre, elle n'était pas l'unique capitale du royaume. D'autres cités, parfois perdues dans les forêts, riches en ruines grandioses, pouvaient se parer du titre de capitale.

 

 

 

Koh Ker01

 

 

 

Après l’établissement de l’Empire Khmer dans la région d’Angkor (Roluos), Jayavarman IV déménagea la capitale en 928 à pratiquement 100 kilomètres au Nord-Est à Koh Ker. Capitale éphémère, occupée par un souverain dissident, son "activité" ne dura que vingt-cinq ans.

Un nombre important de temples a été construits sur ce site sous son règne, jusqu'à ce que son successeur retourne à Angkor.

 

 

 

 

Koh Ker02

 

 

 

 


Koh Ker03

 

 

 

Le site de Koh Ker est dominé par le Prasat Thom un temple montagne en forme de pyramide de 7 étages et de 40 mètres de haut, sur une base de 55 m2, s’élevant au-dessus de la plaine et les forêts alentours.

 

 

 

Prasat Tom01

 

 

 


 

Prasat Tom03

 

 

 


 

Prasat Tom02

 

 

 

Le long du site de Koh Ker se trouve de nombreux Prasat ou tours sanctuaires.

Tous ces temples sont très dégradés, d'une part par la végétation, d'autre part par la visite de nombreux pillards qui prélèvent statues et sculptures pour un commerce très lucratif.

 

 

 

TemplesSatellites01

 

 

 


 

TemplesSatellites02

 

 

 


 

TemplesSatellites03

 

 

 

Actuellement, chaque temple un peu important est gardé par un ou deux gardiens ou gardiennes.

 

 

 

Gardien01

 

 

 

 


Gardien02

 

 

 

La zone a seulement été déminée récemment (2008). Les équipes de déminage ont déterré dans le secteur 1 382 mines et 1 447 212 pièces d'engins explosés ou non. S'éloigner des chemins tracés serait encore dangereux.

 

 

 

Mine01

 

 

 

Ce site est situé à deux heures de Siem Reap par une piste maintenant entretenue. Cela donne à Koh Ker un côté attrayant de temples déserts, recouverts en partie par la forêt.

 

 

 

Chemin01

 

 

 

Le nom des rois de l'Empire khmer se termine toujours (ou très souvent) par le suffixe "varman" qui signifie "qui a pour cuirasse…", (ou "le protégé de …"). Le premier terme est une désignation de Shiva ou d'un autre dieu (Indra, Surya) ou d'une entité abstraite, tel que "Jaya" (Victoire), "Yasas" (Gloire) ou encore "Harsa" (Joie).

 

 

 

Koh Ker04

 

 

 

Ainsi Indravarma se traduit par "Celui qui a pour cuirasse Indra" ou "le Protégé de Indra", Jayavarman par "Celui qui a pour cuirasse la victoire" et Suryavarman par "Celui qui a pour cuirasse le soleil" ou "Le Protégé du Soleil".

 

 

 

Koh Ker05

 

 

 

Et, sans doute, pour rendre plus confuse l'histoire des Khmers aux futurs explorateurs, ces rois changent de nom à leur mort. Ce nom posthume est le seul qui sera par la suite utilisé sur les stèles.

Ainsi Suryavarman, "le Protégé du Soleil", devient Paramavinuloka, "Celui qui est parti au monde suprême de Visnu".

 

 

 

Stele01

 

 

 

Le roi accède normalement au pouvoir par voie de filiation, et les généalogies royales remontent aux origines mythiques du royaume. A ces origines se rattachent deux lignées dynastiques qui selon le schéma indien traditionnel sont respectivement "lunaire" et "solaire".

 

 

 

Koh Ker06

 

 

 

La lignée lunaire remonte au couple constitué par le brahmane Kaundinya et la naga Soma à l'origine de la naissance du Funan.

 

 

 

Koh Ker07

 

 

 

La lignée solaire descend d'un couple constitué par Kumbu (un sage ancêtre des kambuja) et de Mera, une "Apsara".

 

 

 

AsparaAngkorVat

 

 

 

Les Apsaras, littéralement "celles qui glissent sur l’eau", sont des nymphes célestes d'une grande beauté, sorties des flots lors du barattage de la mer de lait. Ce sont les compagnes des Deva autant que des Asura.

 

Les Deva (dieux en sanskrit, entité bienfaisantes) qui étaient alors mortels, épuisés par leur lutte pour la maîtrise du monde, ont décidé d'unir leurs forces à celles des Asura (êtres divins et puissants principalement connus pour faire le mal) afin d'extraire la liqueur d’immortalité, appelée l’amrita (l'ambroisie, dans la mythologie grecque), de la mer entourant le mont Méru.

 

 

 

AsparaBayon01

 

 

 

Après de nombreux efforts, le barattage produisit des objets et des êtres merveilleux dont les Apsaras.

Les Apsaras symbolisent le plaisir des sens et de l'esprit. On dit qu'elles connaissent 64 manières d'éveiller les sens.

 

 

 

AsparaBayon02

 

 

 

Les Apsaras sont ainsi associées aux rivières et à la mer (c'est l'équivalent des néréides de la mythologie grecque). On leur adjoint des oiseaux comme le cygne.

 

 

 

 

TemplesSatellites04

 


 

 

"En pleine mêlée de ronces et de lianes ruisselantes, il faut se frayer un chemin à coup de bâton pour arriver à ce temple. La forêt l'enlace étroitement de toutes parts, l'étouffe et le broie ; d'immenses «figuiers de ruines», achevant de le détruire, y sont installés partout jusqu'au sommet de ses tours qui leur servent de piédestal. Voici les portes ; des racines, comme de vieilles chevelures, les drapent de mille franges…" (Pierre Loti, le pèlerin d'Angkor)

 

 

 

TemplesSatellites05

 

 

 

Sources pour la royauté Khmer : "Les Khmers" de Bruno Dagens

 

Bruno Dagens :

Né à Nimègue (Pays-Bas) en 1935, il obtient le CAPES d’histoire et géographie et enseigne de 1964 à 1965 à Obernai. Puis il est détaché auprès du ministère des Affaires étrangères comme expert auprès de la Conservation d’Angkor de 1965 à 1969. Il intègre l’EFEO (Ecole Française d'Extrême Orient) en 1969, et reste en poste pour trois ans au Cambodge, effectuant parallèlement des missions en Inde…

 

 

 

 

TemplesSatellites06

 

 

 

Au Cambodge, il fait des recherches sur l’iconographie et l’architecture de monuments de la période angkorienne accompagnées de prospections systématiques.

Affecté à Pondichéry en octobre 1977, il assure la direction (par intérim) de la section d’indologie de l’Institut français de Pondichéry, entreprend des missions d’évaluation au Cambodge (EFEO/ministère des Affaires étrangères, avril 1985) et au Laos (Unesco, projet de restauration de Vat Phu, avril 1986).

 

 

 

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Depuis février 1986, professeur d’histoire ancienne et d’archéologie de l’Asie du Sud et du Sud-Est (université Paris-III), B.Dagens est également responsable de programmes EFEO/ministère des Affaires étrangères/Unesco.

 

 

 

TemplesSatellites08

 

 

 

Par Jean Yves - Publié dans : Cambodge - Communauté : images du monde
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Lundi 7 février 2011 1 07 /02 /Fév /2011 10:39

On rencontre au Cambodge une autre catégorie de temples, et, qui par opposition au Temple Montagne présenté dans l'article précédent, sont désignés par le terme "temple plat". Ces derniers sont des sanctuaires dont la fonction est de rendre hommage aux ancêtres défunts du roi. Ci-dessous, maquette du temple :

 

 

 

Preah Ko001

 

 

 

Vue arrière :

 

 

 

 Preah Ko002

 

 

 

 

En 879 sont consacrées les six tours de brique du monument de Preah Kô, abritant trois images de Çiva, et trois images de la Déesse, pour trois prédécesseurs d'lndravarman 1er et leurs épouses, considérés comme des protecteurs du royaume.

 

 

 

Preah Ko03

 

 

 


 

Preah Ko04

 

 

 


 

Preah Ko05

 

 

 

Edifié par Indravarman 1er le temple de Preah Kho comporte six "prasat" alignés sur deux rangées. Ornés de bas-reliefs de grès et de plâtre, ils font face à l'Est. Trois "Nandin", taureaux sacrés, monture de Shiva, se dressent devant les tours. (D'où le nom du temple : le Taureau Sacré).

 

 

 

Preah Ko06

 

 

 


 

Preah Ko07

 

 

 

Prasat est un mot thaï et khmer qui veut dire palais ou château et, par extension, pour certains édifices, temple, mais aussi chapelle, gite d'étape, hôpital. Le prasat est une structure en forme de tour reproduisant la montagne cosmique, le mont Méru.

 

 

 

Preah Ko08

 

 

 

Le prasat n'est jamais directement en contact avec le sol : il est édifié sur une plate-forme de latérite ou de grès avec un escaler d'accès.

 

 

 

Preah Ko09

 

 

 

Les monuments khmers (temple d'état ou sanctuaire) n'utiliseront jamais l'arc pour leurs voûtes mais uniquement l'encorbellement. La raison de cet emploi exclusif de la voûte encorbellée semble d'ordre religieux, peut-être par désir d'exprimer les mondes superposés au sommet desquels trônent les dieux.

 

 

 

Preah Ko10

 

 

 

Chaque sanctuaire abrite la cella, minuscule cellule de cérémonie, ayant une seule ouverture, une porte, généralement orientée à l'Est, autrefois munie de battants en bois. C'est un tabernacle qui protège la présence divine.

 

 

 

Preah Ko011

 

 

De chaque côté des portes, des niches en grès abritent les gardiens du seuil : les "dvarapala" pour les ancêtres masculins et les "devada", divinités féminines pour les ancêtres féminins.

 

 

 

Preah Ko012 1Preah Ko012 2

 

 

 

 

Aux autres points cardinaux, il comporte par symétrie des fausses-portes en pierre, probablement à l'identique de celle en bois.

 


 

Preah Ko013

 

 

 

Le sanctuaire n'est pas un lieu de réunion pour les fidèles appelés à prier ; ils n'y sont d'ailleurs pas admis et seuls les brahmanes initiés peuvent y pénétrer pour célébrer l'office. Le prasat abrite tout juste la représentation du dieu principal.

Ci-dessous, sculpture d'un linteau de porte :

 

 

Preah Ko014

 

 

 


 

Preah Ko015

 

 

 

En Asie du Sud-Est des mois de quasi-sécheresse suivent les mois de mousson, particulièrement dans la région au nord du lac Tonlé Sap. Cette région ne peut être réellement exploitée qu'avec abondance d'eau, que les rivières ou les pluies ne peuvent assurer.

 

 

 

Preah Ko016

 

 

 

Pour assurer un approvisionnement constant en eau, réguler la production de riz et maîtriser les crues, les Khmers édifièrent tout un réseau de canaux, de fossés, de bassins et de réservoirs.

 

 

 

Preah Ko017

 

 

 

Dès son avènement, Indravarman 1er  entreprit la construction d'un immense lac artificiel, le baray de Lolei (connu des archéologues sous le nom de Indratatâka). Ce lac est aujourd'hui asséché.

Un baray est, dans l'empire khmer, un vaste quadrilatère entouré de hautes digues. L'aménagement des baray permet un réseau hydraulique élaboré. Le mode de fonctionnement des baray est simple : son remplissage se fait par les eaux de pluie ou des rivières. Ces eaux alimentaient aussi les douves des deux temples, le Bakong et le Preah Kho.

 

 

 

Preah Ko018

 

 

 

Le baray de Loleil avait une superficie de quelques 300 ha et une capacité, au minimum, de dix millions de m3 et se trouvait constitué par des digues en terre qui retenaient les eaux captées d'un des deux cours d'eau permanents de la région : le stung Roluos (la rivière de Roulos).

Le baray fut disposé de façon à se remplir par une simple prise en son point le plus haut, son angle N.E., puis à redistribuer automatiquement les eaux à partir de son point le plus bas au S.W. suivant la pente naturelle du terrain.

 

 

 

Preah Ko019

 

 

 

En période de sécheresse, et grâce à la pente naturelle du terrain, l'eau est redistribuée par un système de canaux dans les rizières. La réserve d'eau accumulée dans le baray et dans les douves des deux temples permettait de produire deux à trois récoltes de riz par an au lieu d'une seule.

 

 

 

Preah Ko020

 

 

 

Les seules nécessités techniques et alimentaires ne sauraient expliquer ces travaux colossaux s'il n'y avait en parallèle d'importantes considérations religieuses. Bien souvent la toponymie khmère ancienne montre cette volonté de reconstituer au Cambodge la géographie sacrée des Indes, avec ses montagnes, ses fleuves, ses sources.

 

 

 

 

Preah Ko021

 

 

 


 

Preah Ko022

 

 

 

 

 


 

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